Texte 12

vendredi 2 mars 2012
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Des Lesbiennes : pourquoi au GLH-PQ ?

Tribune libre, Des lesbiennes du GLH-PQ, Rouge, 21 avril 1977

Femmes travailleuses et lesbiennes. De la double exploitation des femmes découle et s’ajoute, pour nous, une oppression bien spécifique liée à la manière dont nous vivons notre sexualité.

En effet, dans la société actuelle, la sexualité de la femme est niée. Elle est réduite à la fonction sociale de la maternité et/ou celle de réceptacle du plaisir des hommes : dans la rue, dans le métro, au boulot, les regards ou les plaisanteries (drague, etc.) qui nous entourent, nous assignent ce rôle social.

C’est, entre autres, ce contre quoi lutte le mouvement des femmes.

Mais, pour nous, lesbiennes, cette lutte prend une signification particulière :

* Nous ne nous battons pas seulement pour que dans les rapports entre hommes et femmes disparaissent cette quotidienne mise au pied du mur, cette injonction d’être à la disposition de l’homme.

* Nous ne nous battons pas seulement pour aménager des rapports entre hommes et femmes, qui soient débarrassés de toute trace d’oppression et d’exploitation.

* Nous luttons aussi :

- pour qu’il ne soit plus impensable que des femmes puissent s’aimer hors du regard des hommes ;

- pour qu’il ne soit plus impensable qu’elles puissent préférer vivre avec des femmes ;

- pour qu’on ne justifie plus le désir des femmes pour d’autres femmes, en disant que c’est une réaction contre les hommes ;

- pour que le désir des femmes ne soit plus nié et interdit, dès qu’il n’a plus l’homme pour objet.

Les lesbiennes n’ont pas de famille comme "refuge" affectif. Leur autonomie est une nécessité qui fait l’objet de l’agression des hommes : "On n ’est pas une vraie femme quand on vit sans un homme".

Il paraît facile que des femmes sortent ensemble dans la rue, aillent au restaurant ou au cinéma… Mais qu’elles y ajoutent un comportement amoureux et la répression s’abat…il ne reste plus que le ghetto.

Si leur famille ou des collègues de travail les invitent à dîner (!), il leur faut, soit refuser, soit y aller seules, soit prendre le risque de se "déclarer" lesbiennes.

Si notre oppression est spécifique, notre combat concerne l’ensemble des femmes en lutte pour leur libération.

Notre lutte, c’est la remise en cause des rôles sociaux et sexuels assignés aux hommes et aux femmes.

C’est la remise en cause de la phallocratie.

C’est la remise en cause de l’institutionnalisation du mariage et de sa fonction dans la société de classes. C’est, enfin, la remise en cause de la normalisation de la sexualité au profit de la classe dominante.

C’est pourquoi la plupart d’entre nous appartiennent au mouvement des femmes. Mais cette appartenance n’est pas exclusive, et ceci, pour de multiples raisons.

Le mouvement des femmes n’aborde trop souvent l’oppression des femmes que du point de vue de la situation du plus grand nombre. Or, la remise en cause de la dominance des hommes n’implique pas toujours une remise en cause de la sexualité elle-même. Ainsi, la non-mixité du mouvement qui a permis la mise en commun de nos vécus et de nos luttes a engendré une homosexualité latente…Et pourtant, cela ne nous a pas permis à nous lesbiennes, de sortir de la marginalité. Nous ne sommes pas rejetées par le mouvement. Mais si nous pouvons discuter dans nos groupes, nos problèmes restent extérieurs et n’interrogent pas la sexualité des copines. Cela entraîne que les lesbiennes n’ont que partiellement la possibilité de voir prendre en compte leurs problèmes.

Voilà pourquoi, aussi, des lesbiennes ont jugé nécessaire de rejoindre le GLH-PQ. Cela permet, aussi, un échange d’expériences à propos d’un vécu assez semblable, par des débats mixtes enrichissants sur le viol, l’exhibitionnisme, le travestisme, le ghetto etc. ; de même cela permet de mener une lutte plus efficace pour traquer et dénoncer tout le comportement phallocratique (qui vient aussi des homosexuels eux-mêmes) en concrétisant de plus en plus la convergence de la lutte des homosexuels et des lesbiennes avec la lutte des femmes.

Les lesbiennes, d’ailleurs, se réunissent en commission non mixte pour les mêmes raisons que les groupes femmes sont non mixtes pour discuter entre elles de leur oppression et des problèmes rencontrés dans le GLH-PQ lui-même.

Aujourd’hui, nous posons la nécessité d’une commission au sein du mouvement des femmes.

Nous espérons en débattre largement tout au long de la Semaine homosexuelle à l’Olympia et notamment vendredi soir. Thème du débat : l’homosexualité féminine.

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