Texte 11

vendredi 2 mars 2012
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A propos de l’homosexualité féminine

Courrier non signé, Révolution ! 15 octobre 1976

Dans le numéro 152 de Révolution ! était publié un dossier sur l’homosexualité. Ce dossier qui avait le mérite d’exister essayait d’aborder la question du point de vue du débat dans la classe ouvrière. Ce dossier, parfois trop théorique et abstrait a provoqué des réponses. Nous publions ci‑dessous une contribution d’une camarade de l’OCR sur l’homosexualité féminine. Cette lettre appelle dans certains de ses aspects des réponses et des réserves. Le débat se continuera dans de prochains numéros.

Le fait qu’il y ait eu un dossier homosexualité dans le journal Révolution est une bonne chose en soi : c’est reconnaître l’existence et l’importance du problème. Le fait qu’il contienne des éléments d’analyses intéressants est aussi à saluer.

Cependant, ce dossier est. à mon avis, très Incomplet. Il y manque tout simplement le point de vue du vécu, le point de vue des camarades homosexuel(le)s. C’est particulièrement clair pour l’article sur l’homosexualité féminine. Voilà donc quelques éléments (évidemment très Insuffisants) que je proposerai pour continuer le débat.

1. L’homosexualité est un problème qui concerne toutes les femmes.

Les femmes, dans l’ensemble, expriment facilement leurs sentiments, se manifestent spontanément de l’affection les unes pour les autres. Beaucoup s’embrassent en arrivant au travail et refont de même en partant. Les relations entre femmes laissent en général une grande place à l’affectivité. Rien à voir avec la "virile camaraderie" qui est en fait une négation de la sensibilité, de la tendresse. Ceci, c’est un atout pour les femmes.

Il ne faut évidemment pas oublier que les homosexuelles ont des problèmes spécifiques ; cependant, on peut dire que la plupart des femmes sont directement concernées par l’homosexualité à cause de la forme de relations qu’elles ont entre elles.

2. Le droit à l’homosexualité pour les femmes.

Dans une société bourgeoise et phallocrate, l’homosexualité féminine, latente ou réelle, n’existe pas. Elle n’est pas reconnue tout simplement parce que l’homme n’y est pas. Et rien de bon ne peut se faire en dehors de l’homme. Comme l’homosexualité masculine. l’homosexualité féminine est considérée comme une maladie. Mais, ce qu’il y a de particulier chez les femmes, c’est que, contrairement aux hommes, on ne leur reconnaît pas de sexualité. Et les phallocrates de se demander : "Bon sang de bonsoir, comment peuvent‑elles faire ?"

Un bon moyen de nier le droit à l’homosexualité pour les femmes, c’est de dire que les lesbiennes sont toutes des bourgeoises. Mais, qui a le droit d’affirmer son homosexualité publiquement ? On voit mal, par exemple, une femme de milieu populaire, mère de famille le déclarer tout haut. Ce serait forcément une mauvaise mère. Et son mari un pauvre type qui n’a trouvé rien de mieux qu’une femme frigide. Au travail, si elle est dactylo, par exemple, elle "sèmera la zizanie dans le pool". Non, l’homosexualité n’est pas réservée à la classe dominante. Mais, la classe ouvrière est tout simplement réprimée de manière féroce dans sa sexualité, comme dans tous les autres domaines. Une homosexuelle de milieu populaire n’a pas le droit de s’affirmer pour ce qu’elle est. Question à méditer : ceux qui affirment que les ouvrières ne sont jamais lesbiennes ne cautionnent‑ils pas cette répression de la sexualité, cette obligation au silence ?

3. Les homosexuelles vues par les bourgeois et les phallocrates.

Certains ont tendance à penser qu’aujourd’hui, l’homosexualité est acceptée et qu’à la limite ce n’est plus un problème. Qu’ils lisent la littérature de grande diffusion ! Qu’ils écoutent la radio ! Comment les homosexuelles sont‑elles définies : des adolescentes attardées, des femmes laides, des mal baisées, des femmes qui rejettent les hommes, des obsédées sexuelles, des femmes hommasses, des déréglées hormonales, des femmes dont les hommes ne veulent pas, etc.

Enfin, heureusement, il y a ceux qui aiment les homosexuelles. Comme ils les aiment ! Deux femmes ensemble, rien de plus excitant ! Cela fait recette dans les cinémas porno. Mais attention ! Il y a toujours un homme quelque part. Le spectateur doit pouvoir s’identifier à quelqu’un. Et même quand elles sont deux femmes pour un homme, il est quand même le plus fort, celui qu’elles désirent en réalité toutes les deux.

Que meure le voyeurisme avilissant, abêtissant !

4. En réalité, qu’est‑ce que c’est qu’être homosexuelle ?

D’autres camarades présenteraient les choses d’une autre façon. Mais pour moi, être homosexuelle, pour une femme, c’est connaître et aimer le corps d’autres femmes. Alors que dans la société bourgeoise, celui‑ci n’existe que par rapport au regard et au plaisir de l’homme.
C’est aussi se retrouver entre opprimées. Certaines ne peuvent pas avoir de rapports sexuels avec des hommes parce qu’elles ne supportent pas l’attitude de la plupart d’entre eux. D’autres, qui ont des rapports avec des hommes, éprouvent aussi le besoin de se retrouver entre femmes pour une autre forme d’expression qui, n’étant pas inculquée de force par la société, permet de chercher ensemble des rapports d’un type nouveau. Ce qui est difficile, c’est justement de ne pas reproduire le schéma oppresseur‑opprimé, homme‑femme, ou même mère‑enfant. Ce qui est difficile aussi, c’est que tout rapport humain, quel qu’il soit, s’inscrit dans un cadre social et... nous n’avons pas encore fait la révolution !

5. Lutter pour la libre expression affective et sexuelle des femmes.

Il ne s’agit évidemment pas pour moi de faire l’apologie de l’homosexualité. Ce serait aussi débile que de faire l’apologie du couple hétérosexuel. Ce serait remplacer une norme par une autre.

Les divisions qui existent entre hétérosexualité, bisexualité, homosexualité, sont des divisions créées par la société bourgeoise pour laquelle seule l’hétérosexualité, dans le cadre du mariage bourgeois, est permise. Nous devons lutter pour abolir toutes ces divisions (et non pas imposer une forme d’expression contre une autre !). Nous devons revendiquer la libre expression affective et sexuelle pour les femmes. Pour les femmes et pas pour les hommes. Étant donné qu’à l’heure actuelle, dans la société capitaliste, ils jouent tous objectivement le rôle d’oppresseurs (ce qui n’empêche pas d’être solidaire des courants homosexuels masculins luttant contre le phallocratisme bourgeois et rejoignant d’ailleurs par là le combat des femmes).

Lutter pour la liberté sexuelle des femmes, ça peut prendre des formes variées : le droit pour des femmes, par exemple, de danser ensemble dans un bal sans qu’un hidalgo viril se sente obligé d’intervenir ; le droit de ne pas s’habiller de manière "féminine". ; le droit de ne pas fonder une famille, etc.

L’article paru dans Révo explique bien que c’est au mouvement de femmes, principalement, à reprendre en charge ces luttes. Je ne reviendrai donc pas sur ce point. La question de l’homosexualité ne doit pas diviser les femmes mais au contraire les unir.

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