Texte B1

vendredi 2 mars 2012
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Lettre ouverte aux groupes femmes

Tract, Les Baragouineuses, Groupe lesbiennes Banlieue-Nord, 1980

Quelle lesbienne n’a pas ressenti la spécificité de son oppression à travers l’attitude des féministes de son groupe femmes vis-à-vis de sa réalité homosexuelle ?

S’il y a volonté de "comprendre" la lesbienne, c’est encore sur le mode de la compassion. C’est le cas que l’on écoute, dans une position facile de désengagement personnel, dans le confort de la reconnaissance sociale et de la consécration de l’hétérosexualité.

La mauvaise foi aussi transparaît à travers l’étonnement confinant parfois à l’indignation de certaines, face à notre revendication d’un regroupement autonome. C’est la porte ouverte à la suspicion, d’où sortirait un relent de sectarisme. Pourtant, il n’est plus d’actualité de remettre en cause, dans le mouvement, la nécessité de la non mixité, excluant tout mec ressenti comme oppresseur de par son sexe. C’est vrai qu’accepter l’existence d’un regroupement autonome de lesbiennes, au sein du mouvement, c’est reconnaître dans les faits l’idée qu’une majorité de femmes puisse en opprimer une minorité. Idée difficilement supportable, quand partout sont remis en cause les rapports de pouvoir d’un sexe sur l’autre.

Pourquoi des lesbiennes quittent-elles leurs groupes femmes ? Arriver à cette extrémité peut inquiéter. Est-ce refuser définitivement toute tentative de dialogue sur la question ? C’est aussi prioriser sa propre répression et se reconnaître avant tout comme lesbienne. Et bien oui ! Cela ne fait-il pas assez longtemps que nous sommes niées ?

C’est qu’il devient invivable de se savoir étiquetée en objet de crainte ou de désir, mythifiée ou fantasmée à partir du moment où l’on annonce la couleur. Là, nous ne sommes plus les "tendres" copines que l’on peut embrasser sans danger, mais nous devenons le Danger, la Tentation, la Perversion.

La lesbienne n’est-elle pas encore pour beaucoup de féministes celle des stéréotypes sexistes largement diffusés par une certaine presse. A propos, là même où s’insurgent les féministes contre cette presse, il n’est pas question des lesbiennes.

C’est qu’il est dur aussi de voir relativiser la question homosexuelle par un discours caricaturale du style "nous sommes toutes homosexuelles" ; des déclarations si faciles ont pour fonction d’empêcher une réflexion de s’élaborer et une remise en cause plus profonde de s’effectuer. Dans tous les cas, la lesbienne reste marginalisée.

Alors, pour ne plus avoir à supporter l’image que leur renvoient les autres femmes, et qu’elles refusent justement parce qu’elles se réclament du féminisme, certaines s’en vont… pour se regrouper…

Il s’agit tout simplement du refus de se voir étiquetées, sacrifiées à une cause qui oublie souvent l’essentiel de notre vécu et de la volonté de s’approprier notre parole.

Même si certaines lesbiennes restent dans les groupes femmes, on ne peut pas dire que les problèmes soient réglés. Le groupe lesbiennes nous permet de vivre notre homosexualité de façon moins culpabilisée ; il crée aussi une certaine solidarité entre nous.

Je remarque que les femmes de mon groupes s’interrogent assez peu sur la répression de l’homosexualité. Parfois il y a bien quelques allusions, mais c’est souvent pour réduire le fossé entre nos vécus si différents. Besoin d’effacer par la parole nos différences ? Tentation de nier ce qui fait notre oppression spécifique ? Prenons pour exemple cette affirmation "il n’empêche que dans les rapports, quel que soit le sexe, c’est toujours le même schéma !"

On s’entend reprocher de ne pas dire ce qui se passe dans le groupe lesbiennes, mais est-ce à nous de toujours provoquer les réflexions sur l’homosexualité ? Certes non. Nous ne voulons pas servir de bouc émissaire, d’alibi en jouant le rôle de la lesbienne type.

Nous ne pourrons avoir des échanges réels que quand les femmes su mouvement se remettront en cause en assumant leur homosexualité et celle des autres.

Dans l’avenir notre groupe lesbiennes désirerait participer à des actions communes avec les groupes femmes de la banlieue Nord, ainsi qu’aux débats qui peuvent avoir lieu dans notre région.

Nous souhaiterions aussi que les groupes femmes se sentent partie prenante dans la lutte des homosexuelles, quand certaines lesbiennes sont traînées en justice, ou en hôpital psychiatrique, ou quand elles se voient retirer la garde de leurs enfants…

En conclusion, notre bilan semble assez négatif dans l’ensemble. Pourtant, en participant à la rencontre nationale des groupes lesbiennes, à la Maison des femmes de Lyon, nous avons pu constater que le groupe lesbiennes lyonnais, autonome depuis plus de trois ans, avait des perspectives optimistes et dynamiques avec les groupes femmes.

Il est même possible, de part et d’autre, de dépasser une situation d’enfermement. Ces pratiques différentes devraient donc être possible ensemble.

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