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vendredi 2 mars 2012
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DERIVE DU GENRE/STABILITE DES SEXES

Nicole-Claude MATHIEU - Paru in Michel Dion (éd.), Madonna. Erotisme et pouvoir, Paris, Editions Kimé (coll.
Le sens de l’histoire), 1994, 132 p. 54-70

"I don’t know about the women’s movement. It’s not my goal, it’s not my intention. This is not about me being a woman but about me being a human being."

Madonna

"Je ne connais pas le mouvement des femmes. Ce n’est pas mon but, ce n’est pas mon intention. La question pour moi n’est pas d’être une femme, mais d’être un être humain" (souligné par moi).

Cette réponse de Madonna à l’antiféministe tranquille de service Norman Mailer [1] me semble particulièrement significative : 1° parce qu’elle est typique de la majorité des femmes, qui ne veulent pas ou plus entendre parler de féminisme ; 2° parce qu’elle est aussi typique des femmes homosexuelles qui préfèrent travailler au côté des hommes dans les mouvements de libération "gay" ; 3° parce que, paradoxalement, l’expression "il ne s’agit plus d’être stigmatisé comme étant ceci, ceci ou cela, mais d’être un être humain" exprime aussi le but même des contestations les plus radicales des minorités opprimées.

L’ennui est que pour tendre à ce but fort louable, il y a différentes stratégies : selon que l’on veut ignorer son identité minoritaire, ou bien s’accrocher à elle pour la faire reconnaître comme équivalente à celle des dominants, ou bien la constituer en force politique pour détruire le rapport de pouvoir qui la crée et donc pour se détruire elle-même en même temps que l’autre catégorie. Ces stratégies ne sont pas équivalentes et certaines ne parviendront pas au but, car tout dépend de ce qu’on entend par le mot "femme" (et "homme"). Et ce que l’on entend par "déconstruire" et brouiller les catégories. La question est de savoir qu’on peut avoir brouillé les cartes avant et en dehors du jeu, mais que dans le jeu, si les règles n’ont pas été changées, le Roi est toujours plus fort que la Reine.

Mon propos ici n’est en aucune manière d’attaquer Madonna, dont je reconnais l’inflexible courage, mais de m’interroger sur le courant de pensée dans lequel elle s’insère. Comme l’a dit fort justement Cathy Schwichtenberg dans son exposé, Madonna, du moins dans ses derniers spectacles, est à la jonction entre la théorie "queer" américaine d’origine homosexuelle et le féminisme postmoderne, dans leur commune prétention à subvertir les catégories fixes du système hétérosexuel et raciste (homo/hétéro, homme/femme, blanc//noir/jaune, etc.) . Elle serait une "métaphore intergenre" et en "sur-signifiant le genre" elle déplacerait les signifiants. Nous verrons que la question est de savoir si les signifiés (les catégories sociales de sexe) sont tellement modifiés, ce qui revient à s’interroger sur les limites que les conditions sociales objectives imposent à une métaphore et corrélativement sur l’influence possible d’une métaphore sur la "réalité".

Réalité, mot particulièrement détesté du postmodernisme, qui m’apparaît comme un nouvel obscurantisme, et particulièrement dangereux sous la forme qu’il prend dans les Women’s studies nord-américaines, non seulement en critique littéraire [2] et en histoire, mais aussi en ethnologie. Il va de pair avec un relativisme extrême qui tend à interdire toute généralisation transculturelle ou transclassiale sur les rapports entre les sexes au nom des infinies différences culturelles ou sub-culturelles entre les "femmes".

Car on ne parle que de femmes dans le féminisme postmoderne. Selon les textes et les contre-textes, les moments et les contre-moments, ou bien on nous dit qu’il faut déconstruire la catégorie femme (car le féminisme précédent l’aurait, paraît-il, "essentialisée" ! Rappelons quand même qu’une grande part de ce mouvement avait voulu rassembler les femmes contre leur essentialisation, c’est-à-dire leur naturalisation dans et par le rapport de pouvoir imposé par les hommes) — mais on se garde bien de parler des hommes dans ce type de "féminisme", on ne sait pas s’il existe une catégorie "hommes", il n’est question que de masculin. Ou bien on nous dit qu’il faut, cette catégorie "femme", la rehausser (enhance), lui donner de la force, du "pouvoir" ou de la puissance (power/empowerment), mais on ne voit jamais que ce soit la force de se défendre contre quelque chose, contre le pouvoir des hommes encore moins [3] .

Bien que ces discours (déconstruire ou renforcer la catégorie femme) aient l’air contradictoires, ils ont un point commun : le psychologisme et l’abandon de l’analyse des rapports sociaux concrets. Ainsi ne s’intéresse-t-on plus qu’au gender, auquel on donne un contenu uniquement symbolique, représentationnel, et au "corps" individuel qu’on se représente finalement comme pur donné anatomique, même quand on prétend le "dénaturaliser". Cela me donne l’impression d’un fruit dont on ne verrait que la surface, la pelure d’une part, et d’autre part le noyau. La pelure : les aspects symboliques/imaginaires de l’opposition de genre masculin/féminin, d’où l’intérêt au spectacle de la différenciation vestimentaire et donc au travestissement, d’où aussi l’intérêt psychanalytique à "déplacer" le fameux phallus. Le noyau dur : le corps anatomique, d’où l’intérêt à la différence sexuelle et le désir d’une indifférenciation des sexualités. Ce qui est oublié dans tout ça, c’est la chair du fruit, le centre, ce qui constitue le fruit en fruit et le rend mangeable — et en l’occurrence inmangeable sous sa forme actuelle —, la réalité des rapports quotidiens entre hommes et femmes. Ce qui est oublié c’est le sexe, non pas au seul sens de sexualité, mais au sens de catégorisation biologique continuant à fonctionner socialement — le sexe social.

Le postmodernisme m’apparaît comme un nouveau nominalisme, un nombrilisme individualiste. Ce n’est pas la mort du Sujet, c’est la mort du sujet politique, relationnel. Malgré sa prétention à "situer" les discours (il est vrai que ça n’est
que par rapport à... d’autres discours), c’est la mort de toute pensée sociologique et historique — bref un nouvel obscurantisme, qui me semble particulièrement grave lorsqu’il s’agit de la situation des femmes. Comme le dit Michèle Riot-Sarcey (1993, p. 6), "la domination comme phénomène social [est] détournée par un certain postmodernisme en jeux épistémologiques" [4].

De ces jeux (de mots) obscurs des postmodernes, je me sentis obligée, en introduction à une conférence récente sur le concept de genre dans la réflexion féministe, de faire le pastiche suivant, que je me permets de reproduire ici :

"Je pense qu’ils avec leurs elles ne désavoueront pas le mot d’obscurantisme puisqu’ils avec leurs elles (leurs elles/ailes, c’est avec quoi ils volent et nous revolent la parole) sont contre le rationalisme des Lumières. Je sors épuisée, et même hébétée, par dix jours de replongée dans les fluides du postmodernisme. J’ai toutefois failli en obtenir un effet bénéfique quoique pervers — je voulais dire pervers donc bénéfique (et pardonnez-moi de dire "je" ; il était voulu dire : voyez-moi ici comme la surface corporelle, le lieu de passage où se joue, où se performe la répétition des normes régulatoires de la perversité postmoderne) —, un effet bénéfique donc, en ceci qu’il m’est venu à l’idée : puisqu’il n’y a plus de Je ni de Je/moi, Je (ni moi) n’ira faire son exposé. Exposé point ne sera ! Vous voudrez bien m’excuser si ma décision de me présenter tout de même à vous, située sans doute aucun dans un vieux reste d’opposition binaire globalisante, totalitaire et occidentale (du genre moralité/immoralité vis-à-vis de personnes qui m’ont invitée à parler), si donc ma décision va vous imposer mon logos, bien entendu situé dans le phallo-logos, qu’en conséquence je vais m’attacher à couper au plus vite et au plus court pour laisser place à l’infinie diversité des différences toujours en train de différer (toujours différAntes) qui ne manqueront pas ici j’espère d’être mises en actes discursifs et pratiques signifiantes dans l’exquise performativité de ce qu’on appelait, au temps de la préhistoire, une discussion. Merci d’être encore là."

Merci d’être encore là pour que nous en arrivions à Madonna. Une chose est l’interprétation que les intellectuels et/ou les mouvements politiques en font, une autre chose ce que Madonna veut faire et les limites qu’elle ne peut franchir dans les moyens scéniques et médiatiques qu’elle utilise, une autre encore ce que son public en comprend et en retient.

Ce qu’elle veut, apparemment : transcender les oppositions (et les oppressions) de sexe et de race pour parvenir à une communion de l’humanité tout entière. "Aimezvous les uns les autres", avait dit le Christ, ce qu’elle reprend, mais pour elle le message moral de la communion spirituelle passe aussi et surtout par l’appel à la communion physique, un communisme sexuel en quelque sorte où les catégories "sexuelles" se mélangent de même que les catégories "de genre" et les catégories "raciales".

Sexualités multiples...

La partie du Girlie show (filmé à Sydney en 1993) où Madonna délivre son message d’amour universel sous forme d’apologie des amours (sexualités) multiples est la chanson "Why it’s so hard to love each other ? Why it’s so hard to love ?" C’est aussi le moment où l’homosexualité féminine est le plus explicitement mise en scène puisque la séquence débute par Madonna et deux danseuses (les trois habillées "en femmes") se désirant et se caressant sur une plate-forme surélevée. Puis, sur les paroles "love your brother, love your sister", l’ensemble des danseurs et danseuses miment des scènes d’amours collectives, hommes et femmes, hommes et hommes, femmes et femmes. On notera déjà que les gémissements amoureux proviennent uniquement de voix de femmes — ce qui reproduit une caractéristique de l’état actuel des rapports hétérosexuels (il est souvent impossible de distinguer si votre voisine crie de plaisir ou de souffrance, ce qui rend d’autant plus impressionnant le silence de l’homme ; d’autant que l’on sait que pour la plupart des hommes forcer une femme est érotique). Ceci est d’ailleurs largement exploité dans les films pornographiques, et mimé par les prostituées dans leur travail, en connaissance de cause. Enfin, la chanson se termine sur la plate-forme à nouveau surélevée présentant, derrière Madonna, un homme très grand entourant tendrement de ses bras deux femmes moins grandes.

Si le message pourrait s’interpréter comme antiraciste, dans la mesure où l’homme-référent est non plus blanc mais noir et les femmes, l’une blanche, l’autre noire (mais il est vrai que, comme l’a signalé sur d’autres points Thomas Nakayama [5], certains Américains-Africains pourraient l’interpréter à l’inverse, comme une sur-sexualisation des noirs), on remarquera en revanche que l’homosexualité a disparu en faveur du multipartenariat masculin hétérosexuel... (on aurait pu présenter en finale une femme et deux hommes). En outre, je dirais que l’homosexualité féminine a encore plus disparu que la masculine (et ce, paradoxalement, dans la mesure même de l’audace première de Madonna qui était de mettre en exergue le lesbianisme) puisque deux femmes pour elles-mêmes au début se transforment symboliquement à la fin en deux femmes (fussent-elles homosexuelles) pour un homme.

Le public peut donc être rassuré. On sait d’une part combien les scènes dites lesbiennes sont appréciées des hommes dans les productions pornographiques et dans les parties à trois (ou plus). D’autre part l’expression, que j’utilisai tout à l’heure, de "communisme sexuel" rappellera non seulement que c’est un fantasme principalement masculin, mais que dans la réalité ce qui est parfois appelé ainsi est la mise à disposition de toutes les femmes, ou de plusieurs, au gré de la volonté des hommes.Ceci est particulièrement clair dans un certain nombre de sectes spiritualocommerciales, ou dans les groupes de skin-heads, pour prendre des exemples extrêmes, mais n’est pas étranger non plus à des formes d’organisation de la sexualité considérées comme normales (selon les époques et les sociétés), telles que les relations sexuelles dans les groupes de jeunes où ce sont les garçons qui décident et choisissent, les "partouzes" des adultes modernes (ou postmodernes) où l’argent provient généralement des hommes, les formes les plus courantes de prostitution, ou bien la polygynie (plusieurs femmes simultanément sous le contrôle d’un homme dans le mariage), fort répandue dans le monde.

Ceci pour dire que, quelles que soient les intentions subversives de Madonna, en l’état actuel de l’imaginaire érotique, basé pour le moment sur le pouvoir réel des hommes sur les femmes, il semble difficile d’imaginer et encore plus de présenter à un grand public un érotisme "pour tous et toutes indistinctement" qui ne soit pas finalement réinterprétable comme un érotisme au service/bénéfice des hommes.

Posons-nous en effet la question du public de Madonna, et surtout du public jeune, celui qui est au début de la vie sexuelle et est sans doute le plus dépendant des normes sociales hétérosexuelles : la femme doit se faire désirable, l’homme décide si elle est désirable ; autrement dit , la femme doit induire le désir de l’homme, se produire pour l’homme, elle ne doit pas produire son propre désir, "se produire elle-même" – comme le dit et le craint Jean Baudrillard de Madonna. Que Madonna conseille explicitement aux femmes de "s’exprimer" (Express yourself), de s’affirmer comme être autonome dans la sexualité, la fait considérer par ses fans et certains analystes comme "un modèle de rôle positif pour les jeunes filles adolescentes" [6]. Mais de quelle "positivité" s’agit-il ?

Les quelques échos que j’ai eus de jugements favorables chez de jeunes Français (du niveau B.E.P. : Brevet d’études professionnelles, et qui deviendront secrétaires, vendeuses, coiffeuses, agents de production, etc.) sur les clips de Madonna (notons qu’ils ne peuvent s’offrir les spectacles) sont, du côté des garçons, qu’elle n’a pas peur de s’exhiber, qu’elle est provoquante sexuellement, du côté des filles, qu’elle danse bien, qu’on danse bien sur ses musiques et qu’elle a l’air de "dominer les hommes".

Mais qu’entendre dans ces derniers mots ? Il y a tout lieu de penser qu’il ne s’agit pas de ce que redoutent tant les hommes de la part du féminisme (elles vont prendre le pouvoir sur nous, voir l’interview de Mailer avec Madonna — et, le possédant, le pouvoir réel, ils savent de quoi ils parlent et auraient raison d’avoir peur si tel était le but du féminisme), mais plutôt du fameux et très anciennement fantastique et fantasmatique "pouvoir érotique" de La Femme, qui n’est pas propre à la seule civilisation occidentale [7]. Une jeune secrétaire, auprès de qui on s’étonnait qu’elle aille voir un film de Madonna, répondit : "C’est pour voir comment elle fait, pour savoir quels dessous je dois acheter pour être sexy, car là je viens de rencontrer un homme" (elle s’était fait battre dans ses deux premières relations, dont une fois parce qu’elle refusait la sodomisation — on voit là combien les jeunes femmes peuvent "dominer" les hommes).

Concernant ces jeunes Françaises, on doit compter avec le fait qu’en général elles ne peuvent comprendre les paroles en anglais des chansons de Madonna. Mais une enquête (Rowley 1994) a été faite en Angleterre auprès de jeunes filles blanches, de 14 à 16 ans, se définissant comme hétérosexuelles, et d’un milieu (classe ouvrière) comparable à celui que j’ai évoqué plus haut. Leur discours est d’une lucidité que devraient leur envier bien des universitaires, quant à l’asymétrie des relations entre les sexes et l’impossibilité concrète pour ces filles de prendre Madonna pour "modèle" dans la vie quotidienne.

D’une part, elles "résistent" à Madonna, conscientes que leurs copains de classe voient surtout en elle un objet sexuel, et cela les renvoie à l’objectification, au harcèlement, aux provocations et aux insultes sexuelles qu’elles subissent quotidiennement de la part des garçons, notamment à l’école. D’autre part, certaines la voient bien comme une femme forte par rapport aux hommes, une femme libre qui couche avec qui elle veut, mais "moi, je pourrais jamais faire ça" (elles n’osent même pas avoir de préservatifs sur elles, car... "tout le monde dira que t’es une traînée, une salope — a slag"). Donc, nécessité pour les filles de veiller à leur réputation, par ce que l’auteur appelle "l’auto-surveillance". Bref, on reconnaît là l’éternel double standard moral selon le sexe et la double contrainte psychologique où toute idée de "libération sexuelle" place les femmes tant qu’elles ne seront pour les hommes que des objets d’appropriation.

Madonna imagine un érotisme généralisé, toutes catégories précédentes confondues. Mais, dans une société où les rapports de pouvoir entre sexes et entre races sont, comme tous les rapports de pouvoir, ancrés dans l’économique, le juridique, le culturel et perpétués par la violence, verbale et physique, au moindre faux-pas des dominé(e)s, peut-on vraiment inventer un érotisme "pour tous", égalitariste ? L’imaginer est déjà difficile ; croire, comme le mouvement queer, qu’on peut le réaliser en "déplaçant" les catégories de pensée sans s’attaquer à leurs racines est inconséquent : illogique et courant le risque de la récupération [8].

Il faut, nous dit-on, "amener les marges au centre"... Cela peut apparaître insensé sur le plan des définitions... puisque c’est prendre un ensemble (minorités/majorité) à définition dialectique hiérarchique (verticale) pour un échiquier (horizontal) où cases blanches et noires sont distinctes mais équivalentes, et où n’importe quel pion, noir ou blanc, peut en effet toujours être amené au centre. Cette vision des minorités, et plus largement de tout groupe social, semble propre à la pensée commune américaine [9]. Mais il est peut-être une autre manière de considérer la question : à supposer qu’il soit possible d’amener certaines marges au centre, ne serait-ce pas que, d’un certain point de vue, elles y étaient déjà ?

C’est ce qui m’était apparu en comparant la place structurelle respective de l’homosexualité masculine et féminine dans différentes sociétés (Mathieu 1989) [10]. Certes, dans beaucoup de sociétés, les personnes homosexuelles sont méprisées et même réprimées. Toutefois, au niveau institutionnel, l’homosexualité masculine_ peut être utilisée à plus ou moins grande échelle pour permettre l’accession des hommes à la virilité, c’est-à-dire à la confirmation de leur statut de genre en opposition hiérarchique au statut féminin. Ceci est assez connu pour la Grèce ancienne, à Sparte et à Athènes. Mais il en est de même, par exemple, de l’homosexualité rituelle lors des initiations des garçons dans des sociétés mélanésiennes étudiées par l’ethnologie.

Plus près de nous, mais avec le même sens, on peut considérer que de nombreuses formes d’homosexualité ou d’homosocialité (si l’homosexualité n’est pas censée exister) masculines sont l’expression de la fraternité virile contre les femmes, qui exprime et renforce la hiérarchie des genres (voir les bars "cuir" homosexuels, les équipes masculines de sport, pour ne pas parler de l’idéologie nazie...).

Un autre mode d’institutionnalisation de l’homosexualité masculine existait en Afrique chez les Azandé à travers la pratique tout à fait officielle des mariages entre hommes dans la classe supérieure des guerriers. Les jeunes gens de cette catégorie étaient en manque de femmes à cause de l’accumulation de ces dernières par les hommes plus âgés (grande polygynie). En attendant de trouver une femme-épouse, chaque guerrier pouvait se marier avec un garçon-épouse qui lui devait les mêmes services sexuels et économiques qu’une femme (prenait donc le genre femme) mais deviendrait lui-même plus tard un homme-mari avec un garçon-épouse, avant de trouver femme, etc. On voit que l’inversion de sexe n’est pas obligatoirement une subversion du genre.

Tout ceci pour dire que l’homosexualité des hommes n’est pas forcément contradictoire avec le système hétérosexuel qui lui, par contre, est rigoureusement destiné au contrôle des femmes afin d’assurer la reproduction forcée (cf. Tabet 1985 pour les sociétés les plus diverses) — la dite maternité — mais aussi dans la même foulée le travail pour l’entretien matériel des hommes et de leurs dépendants [11]. Car le "genre" n’est pas seulement symbolique. L’opposition psychologique, sexuelle ou vestimentaire entre masculin et féminin n’est que l’épiphénomène du genre dans son fonctionnement économique et social — c’est-à-dire la bipartition hiérarchique des fonctions et des tâches entre deux groupes sociaux qui prend comme critère le sexe des individus.

C’est pourquoi l’homosexualité féminine risque d’être plus dangereuse pour l’organisation sociale tant que celle-ci est contrôlée par le groupe des hommes. Elle pourrait donner l’idée aux femmes qu’on peut contrer le pouvoir des hommes (ceci était explicitement dit par des hommes Azandé, et on reconnaîtra qu’ils ne sont pas les seuls au monde à le craindre). Les relations réelles entre femmes sont très rarement institutionnalisées, et elles ne font jamais partie du système symbolique global qui structure le monde et la société. Elles sont généralement passées sous silence, non "visibilisées" (de plus, on notera avec intérêt que si, chez les Azandé, elles étaient relativement officielles, elles nécessitaient alors l’autorisation du mari). Enfin, pour en revenir au mariage et à la procréation féminine, il est remarquable que même dans une des rares sociétés (les Swahili de Mombasa au Kenya) où, paraît-il, la vie en couple homosexuel est assez bien acceptée, tant pour les femmes que pour les hommes, les femmes ne peuvent le faire qu’après avoir été mariées, donc avoir procréé. Il est vrai qu’aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, même les lesbiennes célibataires se font faire des enfants... mais le mariage reste une valeur sûre (70 %, je crois, des jeunes interrogés tout récemment par M. Balladur mettent la famille au premier rang de leurs valeurs). Va-t-on s’étonner alors qu’à la fin de la séquence de Madonna dont j’ai parlé plus haut, le couple lesbien disparaisse ?

Travestissements, transvestismes, troisièmes genres...

Outre les catégories de sexualité, Madonna veut aussi brouiller les catégories de "genre" (gender), au sens simplifié de l’apparence du masculin et du féminin, en utilisant le travestissement, puis le travestissement du travestissement (de manière, je dois reconnaître, assez réussie parfois pour qu’on ait même du mal à reconnaître, du moins dans la version filmée du récent Girlie show, les catégories de sexe — disons les hommes et les femmes "biologiques"). La question que l’on peut se poser, concernant le travestissement, est de savoir s’il est une subversion des rôles de genre ou ce que j’appelle une "solution normée" à des inadéquations.

Je me suis intéressée (Mathieu 1989) à différents phénomènes de passage de genre (et de sexe) non seulement dans les sociétés occidentales (travestis et transsexuels modernes), mais aussi dans bien d’autres sociétés car enfin il faut rappeler que dans le domaine de la traversée des genres (cross-gendering), nous ne sommes pas les premiers !

La forme la plus connue et la plus répandue de travestissement dans les sociétés traditionnelles est ce que les ethnologues appellent des rites d’inversion, cérémonies collectives où les hommes se déguisent et/ou se comportent en femmes et inversement avec, d’ailleurs, un aspect de caricature et de parodie très proche de la théâtralisation des spectacles modernes de travestis et de ceux de Madonna. Une chose qui m’a frappée dans ces rites périodiques ou de circonstance, qu’il s’agisse des rites du Carnaval en Sardaigne ou du fameux Naven des Iatmul de Nouvelle-Guinée, est que la caricature des femmes par les hommes est beaucoup plus forte que celle des hommes par les femmes. Cette asymétrie dans la représentation symbolique d’un groupe de sexe par l’autre me semble directement liée à la hiérarchie qui existe de fait entre les deux. On peut davantage se permettre de caricaturer l’inférieur. D’ailleurs, les cérémonies de désordre momentané (un jour par an, par exemple) sont faites pour réaffirmer combien est bon l’ordre "normal" des sexes et des genres.

Cathy Schwichtenberg nous dit que Madonna est "une femme qui se déguise en homme qui se déguise en femme". Elle est donc obligée de passer par l’homme pour caricaturer la féminité ? Est-ce à dire que pour brouiller les catégories de genre, il serait insupportable sur le plan symbolique qu’elle soit simplement une femme qui se déguise en homme ?

Je me demande si l’accaparement du féminin par les hommes au niveau du jeu symbolique n’est pas d’autant plus possible que s’abaisser jusqu’au féminin leur est impossible dans la réalité. Certaines populations, comme les Gimi de Nouvelle-Guinée, ont poussé cet accaparement à l’extrême, puisque dans leur représentation du monde il n’y a qu’un seul sexe, le masculin ; mais dans la vie quotidienne les deux "genres" sont parfaitement tranchés et reposent sur la hiérarchie des groupes de sexe.

Dans nos sociétés, les femmes ont obtenu la possiblité de porter le pantalon (mais pas le salaire qui va avec) mais il est impossible à un homme "normal" de sortir en jupe dans la rue. Ce que signifie une jupe — je veux dire une femme sociale – est parfaitement clair si on considère par exemple l’affiche-réclame d’une revue pornographique associée à une sex-shop parisienne, placardée au cours de la première semaine de septembre dans les vitrines du 5ème arrondissement. On y voit un homme nu, à genoux, les bras un peu levés comme un chien qui fait le beau, sur lequel est montée, le tenant par des rênes (il a le mors dans la bouche), une femme bottée et vêtue de cuir. Sous la photo, grand titre en rouge : "Les dominatrices, ces nouvelles libertines qui soumettent les hommes." Jusque-là, rien de nouveau, aurait-on envie de répondre. Plus intéressant, sinon plus nouveau, est le titre placé tout à côté du corps de l’homme : “Féminisez votre mari, il n’attend que ça.”. On ne peut mieux dire que, dans notre société comme ailleurs, “féminité” égale “à genoux, attelée, et faisant la belle”.

La petite fille qui se promène dans la rue pourra en tirer toutes les conclusions (malheureusement inconscientes) nécessaires à son éducation, la femme ne regardera pas l’affiche. Mais le petit garçon et l’homme n’auront pas à s’inquiéter, car l’homme sur l’affiche n’est pas vraiment harnaché, tout est plutôt posé sur lui de façon flottante. (D’ailleurs, dans les revues pornographiques, les hommes ne sont jamais photographiés dans des positions aussi totalement objectifiées, contraintes et humiliantes que les femmes — et pour cause.) C’est l’occasion de rappeler ce que disait en 1913 la romancière anglaise Rebecca West (citée par Susan Faludi, 1993, p. 30) : "Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson."

Les hommes veulent bien se travestir en femme, c’est même amusant dans l’intimité comme fantaisie érotique, ou publiquement comme spectacle, mais ils n’ont pas l’intention de faire le moindre pas vers la réalité réservée aux femmes. On m’a rapporté qu’en Grèce du Nord, encore actuellement, lors de la journée annuelle d’inversion des rôles de sexe, les femmes, avant de partir au café boire et converser à la place des hommes, leur laissent une liste de travaux à faire pendant qu’ils seront à la maison à la place des femmes. Il apparaît qu’à la fin de la "fête", les travaux féminins n’ont pas été complètement accomplis ("trop dur", disent les hommes). Ce sont pourtant ces mêmes hommes qui, en faisant allusion à ce jour, vous diront : "Le 8 janvier, c’est la gynécocratie !"

On voit donc que le travestissement (et à plus forte raison l’inversion des tâches) a ses limites, qu’il est asymétrique car "informé" par les relations concrètes de pouvoir entre les sexes. Mais qu’en est-il des transvestismes, si l’on désigne par là des passages de genre, non plus occasionnels ou saisonniers, mais relativement stables dans le temps chez les individus qui les pratiquent ?

Le cas des Inuit (Eskimos) est un des plus intéressants qui soient parce qu’on y trouve des changements non seulement de genre, mais de sexe (ce qui les rapprochent d’une certaine façon de la pensée des transsexuels modernes). En exposer ici les complexités serait beaucoup trop long. Disons seulement — en nos termes – que certaines filles vont dès leur jeune âge être élevées en garçon, et certains garçons en fille, parce que l’on estime que ces enfants sont de l’autre sexe. Ils peuvent aussi être des deux sexes à la fois. Tout cela donne d’infinies nuances dans le "troisième sexe" et les passages de genre, et fait qu’on leur attribue des pouvoirs spirituels particuliers. Je retiendrai seulement ici qu’il semble bien que ces pouvoirs soient moins "puissants", si j’ose dire, chez les individus (initialement) femmes que hommes.

Mais venons-en plutôt aux "berdaches" amérindiens (Amérique du Nord), ne serait-ce que parce qu’actuellement ils font rêver d’un "troisième genre" ou d’un "genre mixte" possible toute une partie des communautés homosexuelles aux Etats Unis et au Canada — y compris les homosexuels amérindiens eux-mêmes. Il s’agissait d’hommes et de femmes qui, à titre individuel, décidaient d’adopter le genre, c’est-à-dire les vêtements, les activités et le statut social de l’autre sexe, et ceci était entériné par leur société. On a longtemps, en ethnologie, appelé ce phénomène "homosexualité institutionnalisée" puisque ces gens se mariaient ou avaient des relations sexuelles avec des personnes de même sexe, mais de nouvelles interprétations font remarquer qu’il s’agit plutôt d’une "hétérosexualité sociale", ou hétérosocialité, puisque les genres, dans ces couples, demeuraient bien opposés, conformément à la norme hétérosexuelle : la femme devenue homme social épousait une "vraie" femme (en sexe et en genre), l’homme devenu femme sociale épousait un "vrai" homme. Je soutiens que la véritable homosexualité aurait consisté par exemple pour un homme-en-femme à épouser un autre homme-en-femme, ce qui n’est pas attesté. Toujours est-il que leur société attribuait à ces berdaches des pouvoirs spirituels hors du commun (un peu donc, comme chez les Inuit), à cause de leur traversée des genres.

Mais il faut remarquer que, malgré (ce que j’ai appelé) leur commune "transgression du sexe par le genre", la situation des berdaches hommes et femmes n’était nullement symétrique, et ce, en fonction de leur sexe d’origine [12]. Ainsi voit-on une femme devenue homme social aller se mesurer à l’amant de son épouse, comme tout homme normal, et... se faire menacer de viol. Il y a donc des limites à se prétendre homme. En revanche, les hommes devenus femmes sociales étaient considérés comme bien meilleur(e)s que les femmes ordinaires dans les tâches féminines (l’inverse n’est pas attesté). Il vaut donc toujours mieux être biologiquement homme que femme.

Le travestissement et le transvestisme "dénaturalisent le genre", nous dit-on. Mais ils ne semblent pas dénaturaliser le sexe, si l’on entend par là non pas seulement ce qui entre en jeu dans la sexualité, mais le statut matériel assigné à des gens sous le prétexte du sexe. L’organisation du sexe social continue dans nos sociétés, et de façon bien pire ailleurs, à reposer sur l’oppression des femmes, et ce n’est pas en discourant "à côté" que le postféminisme va sauver la situation.

Il y a des discours aussi obscurs mais plus drôles que ceux du postmodernisme. Ainsi cet extrait du manuel d’une voiture que j’avais louée au Portugal dans les temps jadis. Pour savoir comment changer une roue (tâche demeurée masculine), je consultai la version "en français" :

"Dans le côté latéral du char, existe un bocal pour appliquer le macaque localisé dans la chappe de couverture latérale. S’assurer que ce bocal n’est jamais obstrué. Introduire le bras de levage du macaque complètement dans le bocal. S’assurer que la base du macaque soit sur un plancher ferme."

Un plancher ferme, ça, je l’avais compris. Le féminisme (?) postmoderne et le mouvement queer croient pouvoir changer une roue, mais la pente est savonneuse. Et, à chaque fois que chez moi je lave les vitres (tâche demeurée féminine, sauf quand elle est payée : il n’y a que des hommes pour laver les vitrines des magasins), je me dis que je préfère clarifier l’économie politique du genre que le "troubler" [13] à l’économie. Les Cultural studies ont beaucoup de succès aux Etats Unis, mais où sont les sociétés ? Où est la vie des femmes, celle qu’ont dénoncée, au risque de leur vie, Taslima Nasreen (1994) et bien d’autres ? [14] ;

RÉFÉRENCES

AIT SABBAH, Fatna, La femme dans l’inconscient musulman. Désir et Pouvoir, Paris, Le Sycomore, 1982.

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[1Entretien avec Norman Mailer, Esquire, the Magazine for Men, août 1994. Il faut noter que Mailer ne réussit pas, tout au long de l’entretien, à faire dire un seul mot à Madonna contre le mouvement féministe : à sa remarque sur le fait que le mouvement "féminin" (female) ne laisserait place à aucun compromis avec les hommes, elle rétorque même : "Il faut bien commencer quelque part."

[2Le comble de la sophistication rhétorique étant atteint dans les ouvrages de Judith Butler (1990 et 1993).

[3Pour des vues critiques sur l’étonnante "déconstruction" de la catégorie femme, cf. Jackson (1992) et sur Madonna et le jeu avec le "pouvoir", cf. Hawkins (1992).

[4On trouvera dans le même ouvrage (Féminismes au présent) de bonnes critiques du rapport féminisme/postmodernisme, notamment les articles de Françoise Collin et d’Eleni Varikas (1993).

[5Cf. “ ‘Race’, culture populaire et Madonna”, in Madonna. Erotisme et pouvoir, op. cit.

[6Signalé par Laurie Schulze, Anne Barton White & Jane D. Brown (1993, p. 16).

[7Voir par exemple le livre de Fatna Ait Sabbah (1982) où elle explore le discours érotique du patrimoine musulman (la femme comme omnisexuelle) en même temps que le discours du pouvoir sur la réalité, celui de l’islam légal ("la beauté" des femmes comme silence et immobilité). "Pourquoi un corps d’homme est-il embrasé par le désir de s’accoupler avec un corps de femme qui se déclare soumis et dominé ?" se demande-t-elle entre autres. Ayant écrit ce livre pour se "défendre contre l’oppression et la bêtise", on ne s’étonnera pas qu’elle ait pris un pseudonyme.

[8Pour une critique de la politique du mouvement queer, cf. Parnaby (1993).

[9Sur la définition radicalement différente de la notion de groupe social et de société aux USA et en France et ses conséquences sur les théories féministes, voir l’article de Gail Pheterson (1994).

[10Afin de ne pas alourdir la bibliographie, les références ethnologiques ne sont pas données dans la suite de ce texte. Elles le sont, bien sûr, dans l’article cité.

[11Cf. pour les sociétés occidentales, Guillaumin (1978) sur l’appropriation privée et collective des femmes, et Delphy & Leonard (1992) sur la famille comme système économique. Et pour le travail "familial" (et autre) des femmes dans les sociétés actuelles du tiers-monde, voir par exemple Shami et al. (1990).

[12Notons de plus que sur une centaine de populations à berdaches recensées, seules une trentaine avaient des berdaches femmes.

[13Selon le titre du livre de Judith Butler : Gender trouble

[14De l’esprit postmoderne comme insulte à la réalité : Après avoir conspué les intellectuels qui "signent des pétitions et partent en vacances" (mais passons sur ce détail mesquin), Philippe Sollers (Libération, 10 août 1994) conseille à Taslima Nasreen : "N’écoutez personne, ne faites confiance à personne. Sauvez-vous !" C’est tout simple. Vous êtes condamnée à mort, femme en pays musulman. Vous avez dénoncé les exactions diverses dont vous êtes témoin. Des milliers de fondamentalistes hurlent après vous dans les rues. Vous êtes terrée quelque part chez des gens qui risquent leur vie pour vous sauver. Mais vous ne faites confiance à personne, vous ouvrez la porte, et hop ! vous avez fait tranquillement le voyage de Dacca à Stockholm. Quelle insulte ! A Nasreen, à ses amis, à la réalité.



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