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vendredi 2 mars 2012
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Pourquoi les gays ne peuvent-ils les alliés objectifs des lesbiennes ?

Michèle Causse, 22 juin 1996. Texte diffusé par Bagdam Caffée (Toulouse)

A cause de la persécution dont les gays et les lesbiennes font l’objet dans un régime hétérosocial, certaines lesbiennes croient juste de mener une action de résistance avec les gays. Les uns et les unes vivent dans une culture misogyne, sexiste, où règne l’oppression des femmes par les hommes. Nombre de lesbiennes jugent les gays moins sexistes que les hétéros parce qu’ils ne les importunent pas sexuellement. Et elles croient à tort que des intérêts communs les unissent.

Or la déviance (sic) des gays ne recouvre pas la déviance des lesbiennes. Le mouvement de lutte des uns n’a pas le même objectif que le mouvement des unes. Les gays en effet :

a) appartiennent à la classe des hommes et jouissent des privilèges de cette classe
b) ont le culte du pénis
c) privilégient l’homosocialité
c) méprisent les femmes et leur dévoluent un statut inférieur

a) l’appartenance à la classe des hommes confère aux gays des accès à tous les droits des hommes (liberté de mouvement, salaires plus élevés, etc.). Tant il est vrai que, privé de ses droits pour son « orientation sexuelle », le gay se sent émasculé et réplique en faisant valoir non seulement sa « virilité », mais son état civil mâle. Dans les droits de l’homme (et partant du gay) ne sont pas inclus les droits de la femme (ni a fortiori des lesbiennes). Il n’a pas semblé politiquement logique ni urgent aux gays traités « d’efféminés » ou de « femmelettes » de se ranger du côté des opprimées absolues de la société. Seuls quelques individus, appelés effeminist faggots, en nombre infime en France, soutiennent pleinement cette position. Les autre clament leur « mâlitude » et entendent bien garder leur citoyenneté privilégiée. Ce faisant, ils signifie leur loyauté à la suprématie masculine.

b) En phallocratie, le pénis est déifié, fétichisé, mythifié. Les hommes s’identifient à leur pénis, et ce sont des hommes (Freud et ses épigones) qui ont tranquillement affirmé que la femme était un homme castré. Le pénis, dit aussi en haut lieu, phallus, signifie pouvoir économique, symbolique, politique, législatif, etc. Rien dans la culture mâle homosexuelle (ni dans la gay pride où le pénis est exhibé et exalté) n’infirme la prétention à l’hégémonie. Bien au contraire. Dans la lutte contre le sida, ce qui est préservé en tout premier lieu c’est le pénis. Totem, emblème montré à des millions d’exemplaires avec ou sans condom. On attend encore une lutte médiatique d’une ampleur aussi vaste pour le cancer du sein ou de l’utérus. Or le sida, sexuellement transmissible, est une maladie évitable. Ce qui n’est pas le cas du cancer dont meurent nos amies. De même, alors que dans un temps donné meurent 24 000 sidéens, 30 000 femmes meurent sous les coups portés par des hommes. Des premiers l’on s’inquiète, des secondes nul ne fait état. Le pénis, exalté par les gays, est indifférent aux femmes et totalement rejeté par les lesbiennes. Non seulement il ne leur a pas offert de plaisir (voir les statistiques sur la frigidité des femmes) mais il a été l’arme la plus redoutable de leur asservissement sous la forme du viol. Les lesbiennes féministes et radicales ont des attitudes opposés à celles du gays sur les « vertus » du pénis.

c)les gays, contrairement aux hétéros, ne « baisent pas les femmes ». Ils ne les utilisent pas sexuellement. Ils enfreignent donc le premier commandement du régime hétérosexiste. Du moins sont-ils parfaitement cohérents : ils ne font pas l’amour à des êtres qu’ils n’estiment pas. A coup sûr, cet écart de la norme leur vaut la sympathie des lesbiennes. Mais semblables cependant aux frères hétéros, les êtres qu’ils admirent, fréquentent, imitent, favorisent et aiment, sont des hommes. Leurs attachements les plus sincères vont aux hommes comme le veut le système symbolique depuis la Grèce antique, codificatrice absolue de la viriocratie. Ils se confèrent les uns aux autres honneurs, reconnaissance, respect, amour et pouvoir. Ils se préfèrent aux femmes. Ils se réfèrent aux hommes.

c) Pour les lesbiennes, ne pas aimer les hommes est précisément perçu comme le crime social par excellence. Et dans cette société, il ne peut manquer d’en être ainsi. Ne pas servir les hommes, ne pas les reproduire, ne pas les admirer, ne pas penser comme eux, est inconcevable. C’est dire quel abîme sépare les gays –loyaux aux principes de la société androcratique– et les lesbiennes, loyales aux intérêts de la classe des femmes.

d) le mépris des femmes par les hommes est le corollaire direct de la symbolique phallocratique. Ce mépris est si diffus, si absolu, il imprègne si bien toutes les manifestations de la politique, de l’économie ou de la culture qu’il n’est même pas perçu par la majorité de celles qui en sont victimes. La haine des femmes, dénoncée par les féministes, s’étale aussi bien dans la mode, dans les disciplines universitaires, dans les lieux de travail, dans l’enseignement que dans les divertissements télévisuels de tous les jours. La haine s’accompagne d’une dérision qui fait passer pour de la plaisanterie de plus constant harcèlement dont les femmes font l’objet. Cela est si vrai qu’il n’est pire insulte pour un homme que d’être traité de bonne femme. Ni plus beau compliment pour une femme que d’être comme un homme. Les gays sont donc dénigrés (ne sont-ils pas baisés ? Comble de honte, cette « abomination » accompagnée de réification, étant normalement réservée aux femelles de l’espèce) et n’endurent-ils pas ce que les femmes subissent toute leur vie ? Du moins peuvent-ils en appeler à leur anatomie et clamer qu’ils n’appartiennent pas à cette classe honnie. Et d’arborer des moustaches et des uniformes martiaux, des pratiques sexuelles violentes (fist-fucking) pour le prouver ! Lorsqu’ils jouent à la drag queen ou à la folle, ils ne deviennent pas pour autant solidaire des femmes. En les caricaturant outrageusement, ils maîtrisent le féminin, en font un art, un jeu et un métier. Certes ils se moquent ainsi des vrais hommes qui ont peur de passer pour des femmelettes, mais ils le font en toute impunité sachant qu’ils appartiennent d’abord et avant tout à la classe des dominants. Leurs minauderies sont la preuve par neuf que « la femme » comme construction sociale vise l’anéantissement des femmes somme sujets pensants, à l’origine de leur monde. On peut y voir, dans le meilleur des cas, une irrévérence envers les genres, l’amorce d’un vrai débat politique, où les gays dénonceraient les abus perpétrés contre « le féminin » ainsi construit dans notre société, malheureusement le vrai débat n’a pas lieu… sinon chez les lesbiennes radicales. Lesquelles, précisément, n’apparaissent pas aux côtés des gays dans le rôle, généralement dévolu aux lesbiennes, de subordonnées, subalternes, silencieuses, subsumées – comme dans la grammaire où le masculin l’emporte toujours sur le féminin sans que personne y trouve rien à redire.

L’objectif des gays est d’obtenir impunément l’accès au corps des hommes dans une société hétérosexiste. Sans pour autant remettre en cause les fondements de l’hétérosocialité. Ni un système du monde androcentré. Bien au contraire. Réclamer le droit de baiser et d’être baisé par le seul sujet exalté dans la société est considéré par les législateurs hétéros comme un amoindrissement de l’être masculin. Une chute ontologique. Alors qu’en fait les gays sont le produit le plus cohérent d’un régime planétaire où tout le monde aie les hommes, y compris et surtout la classe de sexe des femmes, appropriée dans son ensemble et dressée à servir les intérêts des hommes.

Les gays demandent tous les pouvoirs, sans discrimination.

L’objectif des lesbiennes est d’avoir accès au corps les unes s autres pour faire exister sur cette planète ce qui n’a jamais eu lieu la philogynie (un mot évidemment inconnu puisqu’ils signifie amour des femmes, le contraire de la misogynie). Cet objectif est considéré comme en contradiction absolue avec les règles de la société dans laquelle elles vivent puisqu’elles préconisent l’alliance entre individuEs et la disparition des classes de sexe, garantes de la hiérarchie des pouvoirs.

Les lesbiennes demandent la fin de l’impouvoir absolu des femmes et de leur discrimination en tous domaines.

L’alliance des gays et des lesbiennes ne saurait avoir lieu que dans une critique radicale de la phallocratie et des privilèges qu’elle confère aux mâles hétéros comme aux gays. C’est à ces derniers que revient le devoir de se désolidariser de leur classe de sexe, de refuser l’intégration-assimilation aux hétéros et de mener une vraie politique contre le déterminisme génétique dissimulant le fait que l’hétérosexualité est un régime de pouvoir. A eux de reconnaître que, dans la lutte, la véritable force révolutionnaire est celle des lesbiennes, auxquelles la première place doit être cédée de toute urgence.

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