Texte 5

vendredi 2 mars 2012
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OUI ! Notre corps est politique

Anne-Marie Fauret et Guy Maës, l’Antinorm, n°2, février-mars 1973

Oui, nous affirmons que le corps est politique. Les problèmes sexuels sont des problèmes politiques ! Pour de nombreux Français, la sexualité est encore un sujet tabou, un sujet de haine et de honte. Dans les universités, dans les milieux syndicalistes et politiques où l’on se dit plus avancé dans ce domaine, la pratique ne correspond guère à la théorie. Encore faut‑il qu’il y ait théorie... Pour cela. Il serait nécessaire de voir la situation telle qu’elle est, de la dénoncer sans restrictions démagogiques du genre : les masses ne sont pas encore prêtes, elles ne sont pas sensibilisées à ces problèmes...

Car la réalité. c’est la misère sexuelle, c’est la domination exercée sur les jeunes par les adultes. C’est le totalitarisme du pouvoir mâle, toutes ces aliénations qui sont, dans le cadre de la famille, les plus surs garants de la survie du capitalisme. Depuis trois ans, nous assistons à la création d’un certain nombre de mouvements de luttes spécifiques. M.L.F., M.L.H. (mouvement de libération des hommes). M.L.E. (mouvement de libération de l’école). F.H.A.R., sans oublier le front libération des jeunes (F.L.J.), dispersé en été 71, par les charges de C.R.S.. à Palavas‑les‑Flots... Ces mouvements visent tous une politisation du vécu, et en particulier du vécu sexuel, domaine pour lequel ils n’ont pu que constater l’incurie des groupes révolutionnaires.

Qu’est‑ce que la misère sexuelle ? Aucune organisation ouvrière révolutionnaire n’a effectué des recherches sérieuses en ce domaine, alors que ces recherches permettraient de lutter contre l’idéologie bourgeoise à laquelle les masses ouvrières ne peuvent opposer une faible résistance. Les conditions sociales déterminent les Idées et les attitudes des masses ; Il faut tenir compte aussi du fait que la situation extérieure s’intériorise en Idéologie : ainsi, les travailleurs se posent en défenseurs de la famille et des tabous sexuels. Qu’en est‑il, d’ailleurs, de leur pratique sexuelle ? Épuisés par leur travail, mal logés, face à des difficultés financières Insurmontables en raison d’une progéniture trop nombreuse, ignorant pour la plupart les moyens contraceptifs ou craignant de les utiliser parce que des journaux de la bourgeoisie ont prétendu que la pilule donnait le cancer, comment pourraient‑Ils avoir une vie sexuelle satisfaisante ? Face à cette misère, le P.C.F. se déclare défenseur de la famille et de la morale... ou bien Il prétend que ces problèmes, qui ont des causes économiques, sont secondaires et se résoudront d’eux‑mêmes dans une société socialiste. C’est pour cela, sans doute, que le P.C. vient de rompre la silence, prenant, comme à son habitude, le train en marche... Secondaires. les ennuis conjugaux, les querelles de famille, les enfants criards et mal‑aimés. Allons donc !

Quant aux jeunes, victimes d’une répression sévère, toute pratique sexuelle leur est interdite : interdiction de se masturber, de recevoir trop longtemps un ami dans sa chambre, de sortir sans les parents le soir. Et bien sûr, aucun moyen de se procurer les contraceptifs. Pour nous, toute organisation politique doit étudier ces problèmes, car Il y a là un potentiel de colère et de force à canaliser vers la révolution. Vouloir intégrer la lutte pour la liberté sexuelle des jeunes à la lutte révolutionnaire, c’est rappeler que Lénine, aux lendemains d’octobre 17, avait soustrait l’éducation des jeunes à l’autorité des familles.

Et qu’est-ce que le totalitarisme du pouvoir mâle, à notre époque où l’on reconnaît enfin que le principe à travail égal salaire égal n’est mime pas appliqué pour les femmes ? Oui. il existe encore une dictature phallocratique, culte de la virilité et du baiseur. C’est l’homme le plus fort, le plus intelligent, c’est lui qui commande, lui qui drogue, lui qui baise. On dirait que pour le P.C.F., libérer les femmes, c’est leur donner plus d’allocations familiales, plus de frigidaires, plus de machines à lever, etc. Est‑ce là l’égalité des sexes ? C’est au contraire, une attitude sexiste qui tend par tous les moyens à maintenir les femmes dans leur rôle traditionnel : ménagère et torche‑cul des gosses.

Mao Tse Toung dit : "Une véritable égalité entre l’homme et la femme n’est réalisable qu’au cours du processus de transformation socialiste de l’ensemble de l’ensemble de la société." Cela signifie qu’un programme politique n’est pas révolutionnaire s’il ne pose pas les bases d’une véritable égalité entre l’homme et la femme. Cela est loin de la démocratie « avancée » du P.C.F., gestion de la société capitaliste, donc maintien de la culture bourgeoise !

Oui, le corps est politique, et politique réactionnaire dans le cadre de la famille. Le F.H.A.R. a compris la nécessité de détruire la cellule familiale, base de la société capitaliste, et de détruire la notion de chef de famille ‑le père- représentant l’autorité de l’État au sein de la famille.

En cela, oui, la lutte des homosexuels est révolutionnaire. Nous ne demandons pas aux révolutionnaires de comprendre l’homosexualité ou de s’en accommoder, mais de cesser d’agir en défenseur de l’ordre hétéro‑capitalo. Qu’ils prennent conscience du fait que l’hétérosexualité n’est qu’une partie du désir, une partie seulement. Cette prise de conscience est nécessaire avant d’envisager la possibilité d’un travail commun. Ainsi, en tant que groupe spécifique. pédés et gouines doivent critiquer l’attitude des groupes gauchistes qui, lors de la manifestation du 1er mai 72, ont réagi plus ou moins violemment contre l’apparition du F.H.A.R.

La palme revient à "Front Rouge", groupe particulièrement sectaire qui ne pouvait comprendre que le F.H.A.R. ne manifeste pas comme lui, d’une façon marginale et paramilitaire. Eh oui ! camarades de Front Rouge ! La révolution n’est pas seulement la capacité de savoir marcher au pas, en rangs serrés, mais aussi, entre autres choses, la remise en cause de certaines notions, comme celles de normalité. Si le F.H.A.R. vous a choqué par son comportement "anormal", c’est que vous êtes encore sous I’emprise de l’idéologie bourgeoise et qu’avant de vouloir faire la révolution et de vouloir vous mettre à la tête du mouvement ouvrier, vous devriez commencer par vous "révolutionnariser" vous‑mêmes.

Nous pouvons mettre sur le même plan l’A.J.S., qui ne pratique que l’insulte.

Eh oui, camarades de Lutte Ouvrière, la sexualité n’est pas un problème de second ordre. Puisque vous êtes soi‑disant implantés dans les usines, vous ne devriez pas négliger les problèmes sexuels. A moins que vous n’ayez pas remarqué la place qu’ils occupent dans les conversations des ouvriers aux heures de pauses. Pourtant. il y a chez vous des camarades qui ont pris conscience de ces problèmes, aussi bien au niveau des masses qu’à celui des militants de votre organisation... Le groupe critique n° 7 fait depuis longtemps pression sur votre direction pour l’influencer. Sans grand résultat hélas !

Quant à vous, camarades de la Cause du Peuple, si vous ne réprimez pas les homosexuels qui sont parmi vous, vous interrompez toute discussion qui porte sur la sexualité sous prétexte que ce n’est pas un problème de masse ! Qu’en est‑il pour l’homosexualité ? 6 % de la population est exclusivement homosexuelle, et 30 % a eu des expériences homosexuelles de plus ou moins longues durée. N’est‑ce pas un problème de masse ? Et peut‑on demander quelle frange de la population est touchée par la Cause du Peuple ?

Seule l’A.M.R. prend réellement position en matière de sexualité. Il y a aussi la Ligue Communiste et Révolution qui sont à notre égard protecteurs, serviables, paternalistes... n’est‑ce pas sans arrière‑pensée ?

Le F.H.A.R. constate que le Parti qui luttera contre toute forme de phallocratisme et de racisme anti‑sexuel n’existe pas encore. Nous étions seuls contre les fascistes du Congrès International de psychiatrie à San Remo, alors que nous participons avec les organisations révolutionnaires aux manifestations anti‑impérialistes, avec le M.L.F. aux défilés pour l’avortement et la contraception libres et gratuits.

Oui le F.H.A.R. est révolutionnaire. Car les luttes pour l’égalité des hommes et des femmes, pour la liberté du désir, pour le libre droit à la jouissance sont des luttes révolutionnaires.

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