La Barbare, un espace de luttes et initiatives politiques et culturelles entre 1998 et 2007

samedi 16 juin 2012
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"La Barbare : un espace de luttes et d’initiatives politiques et culturelles entre 1999 et 2007"

Atelier présenté par Esther, Sylvie, Catherine, Isa P.,Isa M., Faina, Franciella et Natasha.

Ou comment un collectif de lesbiennes et féministes ont autofinancé et géré en non-mixité de façon collective et non-lucrative deux espaces culturelles et politiques publics en Seine-Saint-Denis. Deux espaces de pratiques multiples, où les lesbiennes se sont réunies, ont pu tisser des liens avec d’autres lesbiennes et féministes, pour nourrir des réseaux de solidarité et d’action.

Au travers de réflexions et débats sur l’autonomie des femmes et des lesbiennes, la solidarité, le racisme, la lesbophobie et le féminisme, La Barbare a tenté de créer une socialité affranchie des normes hétéro-patriarcales et créer ainsi un espace de contre-culture. Retour sur ces 8 années d’expériences et d’innovations politiques et culturelles en milieu urbain, au travers de témoignages, de films et d’archives pour nous inspirer dans nos luttes de demain.

"En préambule de notre intervention, nous souhaitions rappeler que le collectif des 8 barbares ici présent ne se prétend pas représentatif de l’ensemble des barbares puisque les barbares ont été très nombreuses, certaines autres sont d’ailleurs présentes dans la salle. On ne peut pas compter les dizaines et dizaines de barbares qui ont fait fonctionner ce lieu, s’y sont succédées et y ont organisé des choses. A celles-ci, il faudrait ajouter les centaines de lesbiennes qui fréquentaient La Barbare et y participaient chacune à leur manière. Cet atelier est donc l’initiative de seulement quelques-unes d’entre nous. Nous avons cependant tâché d’informer le maximum de barbares de la tenue de ce projet, puis de créer des réunions de concertations et de préparation auxquelles le plus grand nombre d’entre elles ont été conviées. Nous avons enfin essayé de glaner des traces documentaires de La Barbare partout où cela nous a été possible, c’est à dire principalement dans nos tiroirs et nos armoires. Nous y avons retrouvé des films, des photos, des programmes, des affiches etc. que nous allons vous présenter dans le cadre de cet atelier" :

La Barbare est née en janvier 1999 à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis (93). C’est l’existence d’un squat dans le 20e arrondissement de Paris qui est à l’origine de la création de ce lieu. Ce squat a en effet été occupé par des femmes et des lesbiennes. Bien qu’ouvert aux hommes, certains de ses espaces étaient cependant déjà non mixtes, tels le café-bar appelé "Toxine" qui ouvrait une fois par semaine. Dans ce lieu, des lesbiennes séparatistes italiennes sont aussi venues tout spécialement de leur pays pour dispenser un stage de self défense féministe. Cette pratique d’auto-défense est par ailleurs indissociable de la naissance de La Barbare dans la mesure où elle a été fondatrice de sa propre démarche politique. Dans ce squat du 20ème arrondissement était en effet apparu un réel besoin de non-mixité.

Mais ce lieu restait de fait très précaire et est arrivé le jour où son détenteur l’a revendu. Par chance, n’ayant pas voulu procéder à une expulsion manu militari, le nouveau propriétaire des locaux a proposé aux occupantes du squat une négociation financière. Dans un premier temps, il nous a proposé d’autres endroits : des places provisoires, des friches industrielles, mais dans des lieux assez ingrats ou sans chauffage, que donc nous avons refusés. Nous avons alors décidé d’accepter un dédommagement pécunier dans le but de louer de nouveau locaux et d’anticiper leurs loyers. Après quelques recherches, nous avons enfin trouvé ce beau lieu à Bagnolet : un vaste espace ressemblant à un atelier et muni d’une grande, grande verrière sur le toit. Fatiguées de la précarité du squat, nous avons donc choisi d’y continuer l’aventure de la collectivité.

Ce lieu sera loué de janvier 1999 à novembre 2002. Il continuera à vivre avec les cotisations des adhérentes mais aussi avec les loyers de ses résidentes, puisqu’une partie de La Barbare servait également d’habitation.

Malheureusement, une fois de plus, le propriétaire des lieux a décidé de vendre et nous nous sommes à nouveau trouvées dehors. Durant cette année 2002, La Barbare est errante. Elle sera hébergée ici, à la Maison des Femmes de Paris, et initiera plusieurs actions dans différents endroits, notamment dans des parcs, à nouveau dans un squat, etc.

En septembre 2003, nous retrouvons enfin un nouveau lieu en location à Montreuil qui permettra à La Barbare de perdurer jusqu’en 2007, année de dissolution du collectif.

Nous avons préparé cet atelier de la façon la moins magistrale possible afin d’essayer d’en faire un lieu convivial ressemblant à La Barbare et non pas à une conférence. Dans un premier temps, nous allons donc vous diffuser un film réalisé sur La Barbare à ses débuts, en 2000. Puis, après une présentation des différents panneaux d’archives exposés autour de vous, nous inviterons toutes Les Barbares présentes à intervenir sous la forme qu’elles désirent dans le cadre d’une scène ouverte et à écrire chacune leurs sentiments sur cette expérience sur un panneau prévu à cet effet.

Voici donc le film réalisé en 2000, très représentatif de ce moment, de cette époque, un an après l’ouverture de la première Barbare.

FILM sur La Barbare, 2000 : extraits d’ateliers, concerts, témoignages.

Sylvie : On va vous lire maintenant un programme que nous avons réalisé spécialement pour cet atelier, même si La Barbare n’existe plus. Vous pouvez le prendre, il est sur la petite table là-bas. On a essayé de remettre dedans un peu l’esprit Barbare. C’était un programme mensuel, réalisé par des individues différentes à chaque fois, qui créaient des images, qui élaboraient des textes.

Natacha : Ce sont des textes que nous n’avons pas écrit, mais qui proviennent directement des textes écrits à La Barbare.

La Barbare est un espace politique dans son contenu et dans son fonctionnement

C’est un espace associatif par des lesbiennes et des féministes, géré de façon collective et non-lucrative, qui se veut accessible à toutes. Ce qui s’y déroule est possible grâce aux adhésions et à l’engagement de chacune. Ces choix mettent l’accent sur l’esprit de participation plutôt que de consommation. C’est également un lieu destiné à promouvoir la création, à développer les activités culturelles, artistiques et politiques des lesbiennes et des féministes.

C’est un lieu d’échange et de rencontres

Un espace de pratiques diverses (politiques, artistiques, culturelles...), où on peut se réunir, débattre, tisser de nouveaux liens avec d’autres lesbiennes et féministes pour que les réseaux de solidarité et d’actions grandissent.

Un espace de désir et de plaisir.

Un espace pour répondre au besoin vital des lesbiennes et féministes de s’organiser collectivement.

Un espace pour faire la fête, se rencontrer, se retrouver.

Pour toutes celles qui désirent s’y impliquer, proposer, inventer

La Barbare est un lieu non-mixte

Faina : : la non-mixité est la condition d’une politique autonome, héritée des mouvements féministes et lesbiens des années 70.

Celles qui viennent dans le lieu politique qu’est La Barbare se considèrent comme un groupe opprimé par un système, "classe des femmes" opprimée dans un système de domination patriarcale.

La non-mixité, choisie et féministe, est la base d’une nouvelle socialité, toujours expérimentale et en devenir, qui rend possible l’analyse et la compréhension des rapports de force.

La Barbare est un lieu féministe

Isa M : Considérer les femmes et les lesbiennes comme actrices de leurs propres vies, de leur propre histoire. Reconnaître qu’elles sont actrices de changements de la société. Sans nier les autres formes d’oppressions qui nous séparent et que nous reproduisons (âgisme, racisme, classisme, lesbophobie, normes d’apparences et de capacités physiques et mentales...)

La Barbare est un lieu lesbien et féministe

Esther : le lesbianisme comme pratique politique.

Le lesbianisme comme une résistance à l’oppression.

Le lesbianisme pour créer une socialité hors de l’hétérosocialité.

Une socialité où les référentes sont les autres lesbiennes, les autres femmes.

Notre énergie, notre temps, notre force, nos désirs, notre solidarité... sont pour les lesbiennes et les femmes, avec les lesbiennes et les femmes.

Deux cents aménagés selon nos envies et nos projets :

Isa P : Créer une culture féministe en rupture avec la culture dominante qui nie les femmes et les lesbiennes. Créer une culture dans laquelle se développe notre révolte...

S’allier à d’autres lesbiennes et féministes, mettre en commun rage, joie et moyens...

Développer des réseaux de lesbiennes et de féministes, échanger compétences et savoirs, s’autofinancer et chercher à créer une culture en rupture...

Catherine :

Scènes ouvertes

Café politique

Jam Session

Cybercafé

Infoshop

Ateliers

Fêtes

Concerts

Expositions

Soirées à thèmes

Chantiers d’aménagements

Projections de films et débats

Journées de réflexion politique

Réunions de groupes d’actions politiques

Assemblées générales techniques et politiques

...

Nous allons donc continuer en vous présentant tous les panneaux affichés.

Nous commencerons par vous présenter la compilation Rebellesound#1. Un CD, compilation de musiques des femmes et des lesbiennes, que nous avons réalisé avec La Barbare en 2002. Loin du contrôle des majors, des hommes et de l’hétérosexisme de l’industrie musicale, les artistes réunies sur ce CD sont issues de la scène musicale indépendante internationale et sont toutes interprètes, compositrices, auteures et arrangeuses de leurs musiques, parfois même ingénieuses du son.

Tous les bénéfices de la vente ont servi à financer La Barbare et à la promotion de musiques de lesbiennes et de femmes. Ainsi la vente de cette compilation sert par exemple aujourd’hui en 2010 à l’achat d’instruments pour "Batucadykes", une Batucada de lesbiennes autogérée (batucadykes@hotmail.fr).

Le panneau "Fonctionnement"

Ici sont présentés des textes internes sur la manière dont La Barbare était financée, par exemple l’appel au soutien financier, puisque c’était un lieu qui n’existait que grâce aux cotisations. C’était un loyer énorme : 1300 € charges comprises, donc un vrai investissement financier et personnel des lesbiennes et des féministes qui soutenaient l’existence du lieu. Ça vous donne un aperçu du fonctionnement interne, en autogestion.

Le panneau Autodéfense féministe

De là ont émergé différents groupes, notamment le groupe d’autodéfense féministe, comme je vous disais tout à l’heure, c’est vraiment une histoire indissociable de l’histoire de La Barbare. C’est une pratique d’autodéfense féministe en non-mixité, autogérée, où il n’y a pas d’instructrices, qui se transmet entre les femmes. Elle a beaucoup nourrit La Barbare. C’est une démarche offensive par rapport à la violence des hommes et qui repose sur la solidarité des femmes, les unes avec les autres.

Il y a différentes initiatives de soutien qui sont nées de ces pratiques. Par exemple le groupe de soutien à Roberta, une copine féministe italienne qui a été incarcérée sur de fausses allégations du gouvernement italien. Elle a été incarcérée pendant neuf mois. Il y a eu une compagne internationale, et nous, nous avons aussi essayé d’œuvrer à sa libération.

Le panneau "Bricolage, déménagement, aménagement"

Catherine : le panneau "Bricolage, déménagement, aménagement". Là, il y a surtout des photos de gros travaux, mais en fait, il n’y a pas eu que des gros travaux !

Les travaux ont été nécessaires lors de l’installation dans la deuxième Barbare à Montreuil, car les locaux n’étaient pas du tout adaptés.

Ils ont été réalisés sous forme de journées. Il y a eu différentes appellations : "Ateliers du BTP", pour "Barbares Travaux Pratiques" ; "Journées d’aménagement" ; "Journées de rangement". L’idée était de construire et d’aménager un espace en donnant libre cours à notre imaginaire constructif, en échangeant des connaissances, des trucs, des astuces, des tours de main et des solutions hors normes. Pour créer un lieu accueillant, fonctionnel, beau, agréable et convivial. Ces journées étaient annoncées dans les programmes, pour que toutes celles qui voulaient y participer puissent venir. Ce qui est dommage, c’est qu’on n’a pas vraiment de photos de La Barbare en fin d’aménagement, on n’a pas beaucoup de photos où on voit que La Barbare était un beau lieu.

Natacha : Les barbares présentes dans la salle peuvent si elles le veulent, ajouter quelque chose.

Le panneau "Soirées, Films, Débats"

Sylvie : Nous passons au panneau qui s’intitule "Soirées, Films, Débats". Ca n’expose pas tout ce qui a été montré, découvert, mais des films, des débats, des soirées. Plusieurs collectifs et des commissions se sont succédés pour montrer des films de femmes et de lesbiennes, pour sortir ces films des placards, des archives, des tiroirs, pour amener des réflexions et des discussions aussi. Pour montrer des films autoproduits qui nous donnent aussi envie d’en produire, pour créer des images qui sortent des clichés.

Le panneau "Expositions"

Le panneau "Expositions", avec des artistes, photographes, dessinatrices, qui se sont succédées, qui ont trouvé à La Barbare un endroit où elles pouvaient montrer leur travail. Un flyer résume cet état d’esprit. Il a pour titre "Mon oeil sur nous et le reste", c’est en quelque sorte une trace de toutes nos créations féministes et lesbiennes.

Le panneau "Programmes"

Faina : Ce sont deux panneaux avec les exemplaires des programmes qu’on a produit au fil des années. Le programme mensuel était décidé en AG. Toutes celles qui voulaient proposer quelque chose, même celles en dehors du collectif, venaient et exposaient ce qu’elles aimeraient faire. Le collectif décidait et si c’était bon, ça apparaissait sur le programme.

Au début, les visuels représentaient des guerrières, on en voit de beaux exemplaires ici, et puis ils ont évolué vers d’autres iconographies.

Ce qui est important : chaque programme est unique, et parfois, la première page est une création de certaines d’entre nous. Une fois le programme réalisé, il a été distribué dans les lieux féministes et lesbiens, ici à la Maison des Femmes, dans les bars et les boîtes.

Nous les avons tous retrouvé ; ils ont dans les classeurs ici, à votre disposition.

Le panneau "Fêtes"

Isa M. Alors, il y avait des fêtes à La Barbare, des rendez-vous une fois par semaine, et des grosses fêtes une fois par mois. Le principe était de ne passer que de la musique des femmes et des lesbiennes. Le milieu de la musique est largement dominé par les hommes, les femmes sont souvent cantonnées au chant et à certains instruments. On a décidé d’aller à la rencontre de tous ce qui était créé par des femmes, de tous les styles, dans tous les circuits. Pendant toutes ces années, il y a eu une collecte énorme des musiques créées par des femmes et des lesbiennes de tous horizons. Ce qui fait que c’est quelque chose qu’on a toujours avec nous, cet héritage musical. Parfois, à certaines soirées, vous pouvez reconnaître le son Barbare.

Il y avait également des ateliers-créations, des soirées scènes ouvertes, des soirées slam, où chacune pouvait s’exprimer, des soirées où chacune pouvait ramener son instrument de musique, donc là, on était plus dans une dynamique de création collective, des jam-sessions, etc. On accueillait aussi à La Barbare des artistes, des chanteuses qui venaient faire des concerts. C’étaient des occasions pour faire des beaux et grands concerts. Des exemples : Zarmazones, Tribad, Avrile, Madigan, et bien d’autres.

Le panneau "La Barbare hors les murs"

Mais un jour, nous avons du partir. Ce qui semblait être un coup du sort, fut finalement l’occasion de lancer une expérimentation intéressante et nous a permis de rebondir sur autre chose. Donc, le lieu a fermé, on lui a dit "au revoir", c’était un moment très émouvant. Il faut quand même rappeler que La Barbare, c’était un endroit où on prenait beaucoup de notre force, et qu’avoir un espace à soi renforce énormément. Le fait de ne plus avoir un espace à nous était assez crucial. On a donc décidé de continuer faire vivre La Barbare hors les murs, d’investir d’autres espaces.

La Maison des Femmes nous a accueillies. On a été hébergées pour des événements au squat Lesvida et dans d’autres endroits. C’est pour tout ce qui se passait en intérieur : bouffes, discussions politiques, rencontres. Et puis, au cours de l’année, on a organisé différents événements en extérieur. Par exemple, on est parties deux jours à Étampes faire un week-end de création dans une grange : musique, théâtre, clowns.

Ce qui a été chouette, c’est que le réseau de soutien a bien fonctionné. Il y avait beaucoup de monde qui venait aux rendez-vous. Le réseau qui finançait La Barbare a continué de fonctionner lui aussi, et le défi était de conserver le sentiment collectif pour arriver à ouvrir un autre lieu et ça a marché, on a pu rouvrir un lieu.

Au cours de cette année, on a fait un pique-nique avec des lesbiennes d’autres groupes, un pique-nique lesbien politique et festif au bois de Vincennes : "Prenez un bain de lesbiennes". Il y a eu aussi des événements politiques, comme la présence d’un espace de résistance à la Marche des Fiertés LGBT ? un espace non-mixte d’autonomie lesbienne. Et on a décidé d’organiser une marche lesbienne !

Le panneau "Lesbienne Rage"

Esther : Je vais présenter le panneau "Lesbienne Rage".

Puisque la Barbare était un lieu féministe et lesbien, on a choisi de faire un groupe de lesbiennes politiques, pour faire des actions et porter une parole lesbienne politique, à la fois dans la rue et dans des événements lesbiens et/ou féministes. On a écrit toute sorte de tracts. Le nom de groupe officiel, c’était "Lesbienne Rage", et puis on s’amusait bien à inventer des nouveaux noms de collectifs à chaque fois, pour être un peu anonymes, pour brouiller les pistes et faire croire qu’il y avait plein plein plein de collectifs lesbiens partout.

On s’appelait des fois des "Lesbiennes indigestes", "Collectif Lesbiennes en liberté", "Lesbiennes anticapitalistes", "Lesbienne, je t’aime", il y a eu plein de noms différents.

Dans les actions qu’on a faites, on a écrit un tract qu’on a distribué par exemple à l’occasion du festival "Quand les lesbiennes se font du cinéma" organisé par Cineffable. Le titre du tract, c’était : "On préférerait que la société s’étouffe plutôt qu’elle ne nous avale", pour dénoncer la tendance normative des grosses productions de films pour les lesbiennes, qui imitent les scénarios hétéros au détriment des créations lesbiennes et féministe. On a créé aussi un groupe qui s’appelle "le SLURP", le Syndicat des Lesbiennes Usagères des Réseaux de transports Parisiens. On avait un petit badge comme ça, on avait l’air très officielles dans le métro ! Toutes les femmes et lesbiennes croisées recevaient un petit questionnaire "Enquête pour une mobilisation générale de toutes les femmes et les lesbiennes", à l’occasion du 25 novembre 2002, Journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. Le questionnaire indiquait des stratégies pour se solidariser en cas d’agression et savoir identifier les différentes formes de violences des hommes contre les femmes.

Ce furent de bons moments...

A notre actif, plusieurs pique-niques politiques dont un qui s’appelait "Prenons un bain de lesbiennes. Se retrouver, se rencontrer, se faire signe"

On a aussi distribué des tracts à plusieurs freprises lors de la Marche des Fiertés LFGT pour dénoncer l’hégémonie des gays et le caractère commercial de la marche, on s’est installées une année sur un abribus, avec des grandes banderoles qui disaient : "Lesbiennes subversives... " mais alors je n’ai pas la banderole écrite en entier sur la photo…. Lesbiennes subversives, qu’est-ce qui ne sera jamais notre modèle ?! Le monde hétéro peut-être ? C’était ça... (rires dans l’audience).

Une autre fois, on a écrit un tract qui s’appelait "S’arrêter" tout simplement, parce qu’on avait marre de cette gaypride. Il y a un autre qui disait : "L’égalité, ça vous tente ?" Et la conclusion disait : "Rien ne changera. Les lesbiennes ne seront jamais aussi bien intégrées que quand elles seront des mecs blancs, hétéros, valides et riches." Une année, à la veille de la Marche des Fiertés LGBT nous avons recouvert les bars du Marais d’auticollants, même les bars des garçons, notamment les toilettes -on s’est bien amusées.

Et on avait envie de vous lire quelques petits autocollants :

  • "Les femmes ont leurs maris, les lesbiennes ont leurs gays, les prisons sont bien gardées", signé
  • "Lesbiennes en liberté".
  • "Le lesbianisme n’est pas un produit de consommation", signé "Lesbiennes anticapitalistes".
  • "Pour les lesbiennes, rien ne vaut les lesbiennes. Non-mixité, autonomie pour construire nos utopies.", signé "Autonomie lesbienne".
  • "Publicitaires gays ou hétéros, on vous fera la peau", signé ’Fureur lesbienne".
  • "Ni inséminées, ni assimilées, nous ne reproduirons pas le système", signé "Lesbiennes en liberté".
  • "Nous ne porterons pas les enfants dont les gays rêvent pour s’intégrer", signé "Lesbiennes contre la maternité".
  • "Bite et bar et boîte et fric. A bas l’hégémonie gay", signé "Lesbiennes anticapitalistes".
  • "Mysogyne, on te coupera la pine", signé "Promesse de lesbienne".
  • "Tant les lesbiennes ramaient et payaient, que les gays empochaient la monnaie", signé "Lesbiennes réalistes".
  • "Portons nos paroles lesbiennes plutôt que les enfants des gays", signé "Lesbiennes contre la maternité".

et le dernier :

  • "Lesbienne, je t’aime", signé "Lesbienne optimiste".

Pour coller ces autocollants la veille de la Marche des Fiertés LGBT, en 2002, nous portions toutes de très beaux t-shirts avec des signes lesbiens et féministes. Et puis ça nous a donné l’envie, l’année d’après, en 2003, d’organiser une marche lesbienne.

"Sortir des placards, des lits, des bars pour prendre la rue. Créer des espaces, construire et montrer notre force". Voilà, une belle marche lesbienne.

Des slogans, peut-être qu’on peut les chanter d’ailleurs :

  • "Nous sommes lesbiennes, nous sommes féministes, ce monde est à vomir, il faut le subvertir"
  • "Contre l’ordre hétérosexiste, désirs et désordres lesbiens"
  • "Lesbiennes visibles, fières et solidaires"
  • On avait repris la phrase de Nicole Brossart : "Une lesbienne qui ne réinvente pas le monde est une lesbienne en voie de disparition"
  • "Contre l’ordre familialo-obligatoire, résistance lesbienne"
  • "Saute, bouge, crie et frappe, démolis les fascistes, saute, bouge, crie et frappe, les machos aussi. Oh lesbiennes, subversives pour toujours, oh lesbiennes, rejoignez-nous !"
  • "Marche, marche, marche pour les lesbiennes, résistance, à bas le système, patriarcat hors de la scène, des espaces pour les lesbiennes".

Voilà, c’était un très beau groupe "Lesbienne Rage", très divers.

Le panneau "Le groupe du 6 novembre"

Franciella  : Bonjour à toutes. Je vais vous présenter le groupe du 6 novembre.

Le groupe du 6 novembre est né de la réunion de femmes, de lesbiennes issues de l’immigration. Leur histoire est liée à l’esclavagisme, au colonialisme, aux migrations forcées. Elles se sont réunies en 1999, le 6 novembre, comme son nom l’indique, à La Barbare.

Le groupe s’est créé pour diverses raisons. D’une part, pour lutter contre l’hétéropatriarcat qui est très présent, comme vous pouvez le constater, dans cette société, et pour lutter contre le racisme qui est également présent dans le milieu lesbien féministe, notamment pour éviter que certaines femmes s’arrogent le droit de parler à notre place, de parler de nous, sans nous et de manière misérabiliste. D’autre part, la création de ce groupe a permis de mettre en lumière, de mettre en avant des femmes, des penseuses, des théoriciennes, des plasticiennes, des auteures...

On a eu la présence de Barbara Neely, une romancière afro-américaine, qui met en scène une femme noire, femme de ménage, qui porte le doux nom de Blanche White. On a eu l’occasion d’accueillir des musiciennes de Strasbourg, telles que Meufia, un groupe de Hip-Hop composé uniquement de filles, et ça a été une réelle découverte. Ces filles étaient formidables.

On a eu des débats enflammés, on a eu l’occasion d’accueillir des femmes telles que Aishah Simmons dont vous connaissez le très beau documentaire, fait de manière intelligente, forte : No !. On a également eu la présence de Dalila Kadri, bref, une quantité de femmes formidables dont on n’aurait peut-être jamais entendu parler, car invisibilisées dans le milieu lesbien féministe français.

Par ailleurs, les débats, les réflexions ont permis la publication de textes - je ne veux pas dire des bêtises, je regarde mes camarades - je pense qu’ils ne sont plus du tout disponibles.

Celui-ci (en pointant du doigt la couverture du livre sur un des panneaux) : Warriors / Guerrières. Une belle production.

Le groupe du 6 novembre a permis de créer un réseau national/international pour mettre en place une solidarité entre les femmes venant des quatre coins du monde.

Pour conclure

En 2007, après huit années d’existence, la Barbare a définitivement fermé ses portes.

Les Barbares gardent avec elles le sentiment de force et de jubilation incroyable que confère la liberté d’avoir un lieu à soi, autogéré, féministe et lesbien.

Les Barbares n’ont pas été épargnées par les conflits, par les difficultés que pose la nécessité de gérer un lieu politique.

La Barbare a vécu longtemps, grâce à l’énergie et au don de celles qui la soutenaient. Elle est la preuve de ce que les lesbiennes et les féministes peuvent construire, peuvent s’offrir, en-dehors du système, pour elles-mêmes.

Une promesse pour l’avenir.



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