Vivre et mouRir(e) dans la gouinité

samedi 16 juin 2012
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Vivre et mouRir(e) dans la gouinité

Atelier présenté par « Repaire de Jubilation »

Monique Blachon et Henriet Genin

Jubilation signifie retraite en espagnol !!

L’association « Repaire de Jubilation » fut créée en mai 2007 avec les statuts suivants :

« développer un réseau de solidarité féministe pour la création de lieux de vie lesbienne, alternative à une société âgiste et validiste, et expression de notre lutte contre les discriminations et violences faites aux lesbiennes et aux femmes ».

L’on nous questionne sur l’origine du projet : rêve intemporel d’espaces de visibilité lesbienne bien sûr, et aussi 1986, quand jeunes lesbiennes nous fûmes impressionnées par les allemandes à l’atelier sur le vieillissement lors de la rencontre internationale de Genève [1].

Si nous prîmes la relève lors d’ateliers aux différentes rencontres de la CLF de 1996 à 2003, nous nous sentîmes ensuite amenées à concrétiser ce qui n’aurait pu rester qu’un doux rêve.

Dans l’immédiat, nous créâmes un réseau de solidarité lesbienne pour aider, par des chantiers les lesbiennes isolées, tout en continuant à nous réunir pour réfléchir au projet plus ambitieux d’un lieu de vie non-mixte pour celles qui ne pouvaient plus vivre seules.

Le colloque « Utopies féministes et expérimentations sociales » nous donna l’occasion de présenter Repaire de Jubilation à Tours en mars 2006. Ce fut notre première apparition publique, (à côté des Babayagas).

Cette présentation parut dans Lesbia accompagnée d’un questionnaire. Plus d’une centaine de lesbiennes répondirent exprimant leur vif enthousiasme pour un tel projet.

Encouragées, nous le fûmes très souvent verbalement mais la difficulté de ce projet réside dans son financement. Comment réunir les capitaux nécessaires dans la mesure où nous ne voulons pas créer un îlot de privilégiées fortunées mais un espace de solidarité qui n’exclue pas les précarisées ?

Notre projet de lesbiennes politiques se revendiquant haut et fort non-mixte, nous avons décidé de ne pas avoir recours aux subventions pour garder les coudées franches.

En effet les subventions sont aléatoires : elles peuvent être promises et non versées. Et même dans le cas idéal où elles seraient accordées sans condition, elles peuvent être retirées sans explications. Des projets ont échoué faute d’avoir reçu les subventions promises. Les fondatrices de « Lo Paratge » en Dordogne, après des années d’un énorme travail, ont dû dissoudre l’association, usées et découragées de ne pas recevoir les subventions sur lesquelles elles comptaient. Quand aux « Babayagas » elles ont dû, après avoir longtemps résisté, céder sur la non-mixité.

Par contre, les fonds européens semblent être plus favorables à des projets non-mixtes. En France, nous sommes renvoyées systématiquement à l’argument de discrimination. Celles qui voudraient travailler sur leur obtention sont les bienvenues. Notre projet se voulant international, il remplit ainsi une des conditions nécessaires pour obtenir de tels fonds.

Les prêts : parmi nous, certaines ont des capitaux mais immobilisés dans la maison qu’elles occupent. Elles peuvent obtenir un prêt relais (4,5 à 5 % d’intérêt) qui leur permettrait de conserver leur logement jusqu’à ce que Repaire soit construit.

Elles peuvent aussi obtenir un prêt hypothécaire viager qui sera proportionnel à leur âge et à un pourcentage de la valeur de leur habitation. Dans ce cas, le prêt n’est pas lié à la vente de leur maison.

Certaines aussi disent avoir envie de soutenir financièrement le lieu, sans nécessairement vouloir l’habiter.

Les fondations : leurs règles contraignantes en France les rendaient très difficilement utilisables. La loi du 4 août 2008 a créé le fonds de dotation : personne morale à but non lucratif qui reçoit des biens de toute nature, donnés à titre gratuit, pour les redistribuer à une association porteuse d’un projet d’intérêt général. Cette structure permet donc de recevoir des donations et legs ce que ne peut faire une simple association. Seule une association reconnue d’utilité publique peut recevoir donations et legs.

Les adhésions enfin, qui bien que ne pouvant suffire à elles seules au financement, sont importantes aussi en tant que soutien symbolique.

En conclusion, il est dit que l’argent doit circuler entre nous, être mutualisé ; qu’il faut penser en termes de collectif large et que des règles claires et transparentes doivent permettre d’instaurer une confiance nécessaire tant pour la mise en place du projet que pour sa pérennité.

Nous avons évoqué ensuite l’aspect juridique qui est très important dans la mesure où nous ne voulons pas exclure celles qui n’ont pas de capitaux financiers.

Après de longues recherches, nous avons retenu deux structures :

1. La Société Civile Immobilière de location qui est basée sur le principe de propriété partagée : propriété individuelle de parts sociales sans propriété personnelle de l’habitat occupé par chaque participante.

Le principal avantage est de permettre l’acquisition d’une propriété grâce à la mise en commun de capitaux même minimes pour constituer ensemble l’apport suffisant demandé par toute banque pour contracter un prêt.

Une fois la propriété acquise, chaque habitante verse, en échange de l’occupation de son logement un loyer qui permettra d’assurer le remboursement du prêt souscrit.

2. La société coopérative d’habitation qui repose sur les valeurs d’égalité, de transparence dans la gestion et de participation de chacune aux décisions : "Une personne = Une voix". Si une personne investit plus de capitaux qu’une autre, elle n’aura pas pour autant plus de pouvoir.

Société sans but lucratif, elle permet d’échapper à la spéculation en proposant des logements dont les loyers correspondent au coût réel d’exploitation.

Ainsi celles qui n’auront pas mis de capitaux dans la construction du lieu pourront quand même venir habiter. Elles verseront un loyer et pourront aussi toucher l’APL.

Une fois évoquées les façons de nous unir, nous nous demandons où nous voulons implanter Repaire.

Dans l’idéal, nous aimerions respecter les multiples envies : être près de la mer, au cœur d’une grande ville... alors que les opportunités se présentent plutôt ailleurs ! Au centre du Limousin par exemple !

Jusqu’à présent, la majorité a toujours été pour élire la campagne, au-dessous de la Loire et à proximité d’une gare, d’une ville moyenne,...

Les charmes de la ville sont évoqués ainsi que ce qu’elle offre de possibilités de rester indépendantes, ne serait-ce que pouvoir aller s’asseoir à la terrasse d’un grand café. L’insistance est aussi portée sur l’importance des échanges avec un réseau de lesbiennes déjà implantées.

Terrain pour construire ou bâtiments existants, voire mélange des deux ? Le projet s’adaptera en respectant les critères d’une architecture écologique et bioclimatique.

Nous avons pensé à une « marguerite » dont le centre serait réservé aux espaces collectifs (bibliothèque, cuisine, salon de musique, laverie…) et dont les pétales offriraient à chacune des lieux privés d’un minimum de 35 m². Tous ces espaces seront accessibles quelles que soient nos aptitudes physiques.

Mais un cercle vicieux s’instaure : pour que les architectes établissent des plans, il leur faut un terrain ; pour acheter le terrain, il faut de l’argent ; et pour obtenir l’argent, il faut présenter des plans !

Nous redisons que ce lieu accueillera sans critère d’âge. Les catégories d’âge sont une construction hétérosociale et nous insistons sur une vision ni misérabiliste de la vieillesse, ni idyllique de la jeunesse. Nous ne voulons pas être enfermées dans des représentations qui nous contraindraient à la performance puis au repos … éternel !

C’est pour cela que l’utilisation des lieux sera plurielle : certaines pourront résider en permanence, alors que d’autres pourront choisir de s’installer temporairement, que ce soit pour une activité artistique, artisanale ou la célébration du farniente.

« Alternative à la maison de retraite » rebute certaines qui insistent sur la nécessité de rendre le lieu attractif. Il est certain que la vieillesse peut être associée au déclin et à la dégradation mais nous ne voulons pas que faute de choix et par refus des institutions existantes, nous soyons acculées au suicide : 10 fois plus après 65 ans qu’entre 15 et 25.

L’attrait de ce lieu tiendra à ce qu’il nous permettra de continuer à inventer le monde ensemble tout en résistant à l’appropriation sociale et collective et qu’il sera un foyer pour lutter contre les discriminations, quelles soient liées à la couleur ou à la texture des peaux, aux différences d’aptitudes... : un monde lesbien d’échanges, partages et transmissions.

Un tel projet sera long à mettre en place et à réaliser. Toutes sont d’accord pour dire que nous devons mobiliser nos énergies ainsi que nous investir intellectuellement et financièrement.

Des propositions de travail sont émises :

  • Rédiger un texte attractif en direction de tous les publics de lesbiennes en faisant ressortir qu’il s’agit de créer un espace lesbien comme il n’en existe pas, une lesbopole ! Faire ressortir qu’il s’agit d’un projet enthousiasmant où les lesbiennes pourront passer, habiter, créer, vivre et vieillir.

Une véritable opération de marketing est nécessaire.

  • Rédiger une charte de fonctionnement avec des règles très précises. Plus il y aura de détails, plus l’adhésion au projet sera claire. Les règles définies par la charte pourront être réajustées périodiquement.
  • Travailler sur le juridique et le financier en incluant la réglementation européenne.
  • Créer un groupe sous Yahoo afin de pouvoir faire circuler rapidement le résultat de notre travail, nos réflexions et propositions.

Depuis ce groupe a été créé : http://fr.groups.yahoo.com/group/repairedejubilation/

www.repairedejubilation.org

06 73 45 46 88


[18ème conférence internationale ILIS organisée par le groupe Vanille Fraise de Genève du 23 au 31 mars 1986



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