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vendredi 2 mars 2012
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Pourquoi faisons-nous les Archives Lesbiennes ?

Catherine, Claudie, Ingrid, Bulletin des Archives lesbiennes, n°1, juin 1984

Lorsque je suis venue aux Archives, le projet était déjà en place. J’étais intéressée, d’abord confusément : je voulais voir de quoi il retournait et ce que cela représentait. L’idée de rassembler les documents concernant l’existence lesbienne me plaisait. Je voyais là la possibilité de fournir à toute lesbienne venant les consulter un moyen de connaître ce qui s’est passé et se passe encore, en France et dans différents pays.

Après plusieurs "passages", je me suis rendue compte que ce lieu pouvait et devait offrir plus qu’un simple moyen d’information : c’est aussi l’occasion de créer des liens, d’échanger des points de vue, de confronter idées et expériences. Bien sûr ce n’est pas spécifique à ce lieu : les Archives n’ont pas le monopole des échanges et de la réflexion et ne tiennent pas à l’avoir, mais elles doivent exister et servir de support à divers projets.

Après plusieurs mois de fonctionnement s’est précisé le rôle qu’elles peuvent jouer : par leur curiosité, leurs critiques, leurs demandes précises ou simplement leur envie de connaître le lieu, les filles qui sont passées ou ont écrit nous ont montré à quoi pouvaient servir les Archives.

Un aspect positif, à mon avis : la diversité, non seulement des informations demandées, mais des filles venues une ou plusieurs fois. Bien que nous soyons loin d’un fonctionnement parfait, par manque d’argent, d’espace, de disponibilité, je trouve nécessaire de continuer le projet, de recevoir vos avis, d’essayer d’améliorer ce lieu, à tout point de vue.

Catherine

C’est important et passionnant de rassembler et rendre accessible à toutes des ressources jusqu’alors dispersées, ou privées.

Par tous les contacts qui se font à travers les Archives, par les documents que nous recevons et rassemblons, nous sommes incitées à nous poser beaucoup de nouvelles questions, ou à reposer autrement les anciennes, à réfléchir sur une foule de choses. Là n’est pas la moindre de mes motivations pour m’être engagée dans un tel projet. Partout en fait beaucoup de choses se font, se pensent, se discutent. J’ai confiance que cela produire, à nouveau, ou davantage, une dynamique.

Les Archives lesbiennes sont un lieu qui crée et développe des liens : liens entre nous toutes, entre nos diverses pratiques et expériences, entre nos projets, entre les pays, entre le passé, le présent et le futur, entre la vie quotidienne et la politique, entre la réflexion et l’action, et c’est fondamental d créer des liens, des cohérences.

A l’étape où j’en suis de mon histoire personnelle, comme part d’une histoire collective, je ressens fortement le besoin de cette cohérence, de construire, pour moi, pour nous, un lieu ou faire le point, penser mon/notre histoire, mon/notre mouvement, le monde où nous vivons et notre rapport à ce monde.

Et je crois que cela correspond à un besoin pour le mouvement et les lesbiennes. Nous sommes à un moment difficile mais décisif.

Des questions, qui ne sont certes pas toutes nouvelles, se posent aujourd’hui avec acuité : celles de notre rapport avec l’ensemble du champ social, politique, idéologique, culturel. Comment pouvons-nous nous construire comme une force politique révolutionnaire (chacun de ces termes exige une redéfinition bien sûr !) qui, s’originant dans notre expérience particulière, personnelle et collective, et notre situation sociale particulière, soit l’instrument d’une analyse globale de la réalité et un facteur de bouleversement de l’ensemble des rapports sociaux ?

Plus que jamais, la mise en œuvre de pratiques transformant réellement notre vie, remettant réellement en cause la société existante, répondant aux interpellations que nous pose notre temps, ne peut naître que d’une réflexion approfondie, d’une confrontation des idées et des points de vue, d’une connaissance des débats et des expériences qui se déroulent ailleurs.

Je pense que avec ces Archives lesbiennes, nous construisons une place politique importante, en ce sens qu’elle est animée par un projet politique radical, et par une ouverture réelle, par une volonté de rendre en copte la diversité des pratiques de vie et de lutte, des préoccupations et des perspectives des lesbiennes, et de favoriser leur expression. Il m’importe que ce lieu soit, en même temps, un lieu de rencontre et d’information, ou toute lesbienne, quelque soit ses recherches et ses idées, trouve quelque chose de positif, et un lieu qui soutienne des initiative, répercute des débats, favorise les réflexions théoriques et politiques dans tous les domaines.

Claudie

Trouver le juste milieu, compromis, ou alliance, entre ma vie de lesbienne en moi-même, e celle avec les autres. Autres lesbiennes - alliance alors avec elles contre ou face aux comportements que nous ne voulons pas adopter, puis les comportements se font masse, les glissements vers d’autres images, d’autres conceptions des êtres - langue - mais alors tout s’accumule. Une chose est certaine pour moi au départ, la réflexion sur l’existence est nécessaire pour progresser - acquérir une plus grande liberté d’agir et de penser en soi - soi-même avec nos possibilités propres - venir aux Archives lesbiennes et rencontrer des êtres et apprendre à additionner les pensées autres - éviter l’englobement dans une pensée fermée sur soi et sur les groupes.

Dans une démarche selon laquelle nous n’acceptons pas les conditionnement sociaux -rapports entre les êtres -philosophie-images- nous ne pouvons tout balayer derrière nous, partir de rien. Pour créer il faut une stimulation, des échanges. Or les groupes minoritaires, lorsqu’ils ont élaboré une théorie en désaccord avec l’environnement, sont obligés de défendre cette théorie contre un laxisme qui lui ferait perdre de sa force, mais cela les entraîne obligatoirement dans une orthodoxie sclérosante. C’est le même phénomène qui se répète tout au long de l’histoire.

Pour éviter cela, il faut se confronter à ce qui se fait de par le monde, voir - comprendre - expérimenter pour intégrer ensuite une partie de toutes ces multiplicités lesbiennes. Les Archives sont là pour cet accroissement - enrichissement, avec et par des êtres d’autres régions, pays, civilisations. Si nous ne pouvons puiser notre inspiration dans notre société hétérosociale, échangeons dans le monde lesbien.

Ingrid

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