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vendredi 2 mars 2012
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Rencontres de lesbiennes organisée par le MIEL (Mouvement d’information et d’expression des lesbiennes), 20-21 février 1982

Compte Rendu des Commissions

Compte-rendu de la Commission : "LESBIANISME ET TRAVAIL"

Ont participé une vingtaine de femmes de Lille, Angoulême, Paris, Bourges, Strasbourg.

Le groupe formé dans cette commission se situe comme non représentatif des lesbiennes dans le travail, d’un point de vue général. La présence des femmes émane d’un choix personnel à participer à cette commission et de nombreuses branches d’activités ne, sont pas représentées, notamment dans le milieu ouvrier.

Parmi nous : 5 enseignantes, 2 infirmières psychiatriques, 1 bibliothécaire, 1 documentaliste, 1 comptable dans un lycée,1 assistante sociale, 1 contrôleur du travail,1 employée de la Sécurité Sociale, 1 agent technique électronique, 1 technicienne de théâtre, 1 animatrice, 1 secrétaire au Ministère de la Justice, et une autre copine qui n’a pas voulu préciser sa profession.

Donc une forte majorité de fonctionnaires. Ce qui nous a amené à nous demander si les lesbiennes recherchaient plus particulièrement : un emploi stable en fonction de la nécessité d’une autonomie financière.

Les réponses apportées aux questions suivantes ne représentent que des cas individuels.

1)Les lesbiennes choisissent elles leur travail en fonction de leurs goûts personnels ?

Une seule femme s’est exprimée sur ce sujet. Elle souhaitait s’engager dans une voie sociale : psychologie thérapeutique. Elle se culpabilisait de choisir un tel métier en étant lesbienne !. En apprenant ; qu’il y avait de grand psychologues homosexuels, elle a été rassurée sur son choix.

2)Peut-on affirmer son lesbianisme dans le travail ?

Quatre femmes présentes ont pu affirmer leur lesbianisme sur les 20 présentes.
Parmi ces quatre femmes une l’a affirmé étant fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture. Elle a été l’objet ; de nombreuses discriminations qui l’ont, conduite à avoir un infarctus, une dépression nerveuse impliquant un arrêt de travail de longue durée. Ces discriminations ont, été une diminution du salaire de presque la moitié, la suppression de ses responsabilités au sein de son travail, la rétrogradation dans ses fonctions, un abaissement important de sa note administrative. Travaillant en brigade, on lui a imposé des horaires difficiles.

Malgré une pétition réalisée sur son lieu de travail, pour le maintien dans ses fonctions, le chef de service dont elle dépendait a usé de ses pouvoirs pour imposer toutes les discriminations précédentes. Après une intervention auprès des syndicats, aucune aide véritable n’a pu lui être apportée car elle n’était pas politisée.

Une autre femme a pu l’affirmer sans problèmes ; distribuant même des tracts d’homosexuels sur son lieu de travail, recevant des copines lesbiennes. Mais elle sait que des discours homophobes ont lieu quand elle n’est pas là.

L’affirmation du lesbianisme est fonction de la position sociale de la lesbienne dans son travail ; elle ne se fait bien souvent qu’après avoir prouvé ses compétences pour son travail et elles dépend surtout de l’attitude du chef hiérarchique.
Les raisons principales pour cacher son lesbianisme sont la crainte de perdre leur emploi, la crainte des brimades et celle de mauvais rapports que cela pourrait engendrer avec leurs collègues, surtout avec les femmes, craignant d’être accusées de les "draguer".

Des discours racistes sont, souvent constatés à l’égard des "pédés” mais jamais à l’égard des lesbiennes. Ceci pose une fois de plus la négation des lesbiennes.

3)Le lesbianisme dans le milieu ouvrier ?

Des exemples ont été apportés par une des femmes présentes à la commission. Elle connaissait des lesbiennes qui avaient été contraintes à se marier, n’ayant pas d’une part une autonomie financière suffisante pour vivre, et d’autre part subissant la pression morale de la Société.

NOS REVENDICATIONS

L’abrogation de l’article 16 de la Fonction Publique concernant la bonne moralité dont doivent faire preuve les fonctionnaires.

- Non aux discriminations face à l’embauche.

- Non aux discriminations et aux brimades pour homosexualité.

- Non aux licenciements pour homosexualité.

Nous n’avons pas de revendications plus détaillées, ni d’actions déterminées ; le temps nous ayant manqué pour en débattre plus profondément.

Compte-rendu du débat, en A.G. concernant cette commission.

Il faudrait créer des structures lesbiennes en ce qui concerne le travail par exemple des corporations de lesbiennes dans tel ou tel métier. Divers arguments s’opposent à cette idée : il est plus difficile de faire changer les mentalités dans de telles structures, problème de créer une structure qui permette à chacune de vivre, ce qui implique une certaine compétitivité, risque de retomber dans des cadences infernales. Certaines n’ont pas envie de se couper du monde, elles ne veulent pas travailler nécessairement : en dehors des structures existantes.

- Problème de la dévalorisation des professions quand elles se féminisent. Ceci dû au fait, pour certaines, que les femmes n’ont pas le même rapport à l’argent que les hommes, elles exigent moins pour d’autres, c’est le patriarcat qui convainc de la dévalorisation des métiers féminins.

- Problème de certains secteurs où l’on préfère embaucher des hommes (absentéisme, congé de maternité). Certaines femmes artisanes ont du mal à trouver un emploi parce qu’elles sont femmes, pour d’autres cela ne pose pas de difficultés.

- Dans la médecine, lorsque le personnel est salarié, on trouve beaucoup de femmes ; lorsque la profession est libérale, on trouve beaucoup d’hommes.

- Le problème des lesbiennes dans le travail relève de façon plus générale de l’inclusion des femmes dans le monde du travail. La commission aurait pu soulever les problèmes du temps partiel, du travail sous-payé des femmes, etc. ce qui avait été avancé dans la commission "lesbianisme et travail" au M.I.E.L.

La proposition est faite de créer une commission nationale sur les problèmes des lesbiennes dans le travail ; il faudrait qu’il y ait, à ce sujet, des discussions dans les groupes.

Compte-rendu de la commission “STRUCTURES DE VIE”

Un grand, lourd, gros silence, puis nous avons remis en question le terme “structures". Nous lui avons préféré bien vite celui de “choix”de vie. Disons-le tout de suite : pour mener notre vie de lesbienne, le couple n’est pas des plus "’côtés". Quant au fusionnel, il est carrément catastrophique. C’est pourtant autour de la notion de "couple", que se déroule la discussion. Pour ou contre, il reste le Centre ; la référence que l’on accepte ou que l’on rejette.

MAIS QU’EST-CE QUE LE COUPLE ?

C’est, finit-on par s’accorder, le “choix” où les femmes entretiennent une relation sexuelle exclusive. Le partage d’un même lieu d’activités communes n’est pas un critère suffisant. Le couple, c’est celui de l’appartenance sexuelle basée sur les sentiments d’exclusivité et de propriété. C’est celui par lequel, et pour lequel, le scandale de la jalousie arrive.

Personne du coup, n’ose parler de son couple. Une femme de Grenoble nous assure pourtant, que 70% des lesbiennes de sa ville vivent en couple. Il en est sans doute de même ailleurs. Alors ?

Une femme de la campagne nous parle alors de sa solitude. Je crois comprendre qu’une femme, une seule, lui serait un véritable bonheur. Et tant pis si cela fait un couple. Cette femme-là embrasse la terre de ses mains et de ses pieds, jour après jour. C’est une manuelle, à la fois proche des habitants des alentours, et pourtant si différente.. Mais l’image du couple, s’éloigne au profit de celle du groupe défensif face aux schémas hétéros, particulièrement hostiles à la campagne.

Une autre femme de la campagne, elle aussi, vit par contre son homosexualité, sans peur et sans reproche.. "C’est tellement loin de ce qu’ils vivent qu’ils ne peuvent l’imaginer". Mais cette fois-ci, la copine est institutrice. On ne comprendra jamais rien aux “intellos" ! Allez donc savoir ! Sûr que c’est plus facile d’appartenir à une autre planète, avec une légère aura d’étrangeté. J’aime l’humour de la copine institutrice. Çà ravigote ! Et puis voilà qu’elle parle enfin de souffrance, de jalousie et de respect face à l’autre. Je sens revivre mes tripes…

Les tripes, ce peut être d’exiger la carte de réduction couple – S.N.C.F. et autres avantages du genre. C’est au besoin de vivre une solide base affective comme tremplin vers le social ou le professionnel. C’est animer le couple d’un projet commun qui devient son moteur. Mais ce n’est en aucun cas se croire le tout de l’autre.

Puis quelqu’une parle de DESORDRE LESBIEN. Légère panique ! J’ai des visions de corps entrelacés tous azimuts. On me dit que je n’ai compris que dans ce sens-là n’est pas forcément sexuel. Que simplement, on y vit sans repères ni normes, qu’il n’y a plus de mots sur les relations, qu’on veut sortir des schémas. Je respire, mais je ne vois toujours pas très bien.

On se demande ensuite si LE DESIR EST CANALISABLE ? Si on peut vivre tout son désir dans une relation unique qui témoigne d’un tel besoin de sécurité qu’on vous enlèverait, volontiers dans l’heure, toutes vos médailles de lesbienne subversives.

C’est que le groupe a l’œil, mine de rien. La reconnaissance sociale du lesbianisme dont il témoigne se paie cher par ailleurs. La pesanteur, dans le couple, du droit de regard sur l’autre, je veux bien. Mais celle du droit de regard des autres n’est pas des mieux. A l’étouffement de la conjointe se substitue la morale lesbienne du groupe. Car figurez-vous, il y a de bonnes et de mauvaises lesbiennes avec de bonnes et de mauvaises relations (j’allais dire fréquentations). Cela s’est dit, texto.

Alors ? Les RELATIONS MULTIPLES, comme alternative au couple ?

Pourquoi pas ? mais c’est plutôt un faux problème. Dans les deux cas, il s’agit d’histoires de couple(s), avec ou sans "s" : Car toute relation est duelle, le temps de sa durée. Multiplier ou non les relations à deux, c’est une question de sensibilité, d’aspiration et de capacité personnelles. Et là, les copines, il serait temps d’être honnêtes ! De ne surtout pas vivre au-dessus de nos propres limites affectives et sentimentales, au nom de je ne sais quelle morale ! Sinon, je ne suis plus, je claque la porte ; parce que les copines qui craquent certains soirs de "fête”, dans leur coin, sont peut-être les victimes d’ un terrorisme sous-jacent.

Et puis, a-t-on jamais imaginé qu’une autre alternative au(x) couple (s) puisse être soi-même ? Qu’une relation puisse être remise en question, non pas systématiquement par une ou plusieurs autres !, mais par soi-même et pour soi-même ?

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