"OUI !!! Ce sont bien des lesbiennes qui ont lancé le slogan : "Mouvement des femmes année Zéro" dans la revue Partisans..."

samedi 16 juin 2012
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"OUI !!! Ce sont bien des lesbiennes qui ont lancé le slogan : "Mouvement des femmes année Zéro" dans la revue Partisans… "

Michèle Larrouy [1]

Dans l’histoire officielle du MLF, NOUS n’apparaissons que très récemment et grâce à l’analyse de lesbiennes politiques. La dimension politique des courants lesbiens, ou faut-il dire lesbianistes, n’est pas prise en compte ni celle des croisements entre lesbianisme et féminisme, et cela jusqu’aux années 2000.

M’appuyant sur les slogans créés aux différentes périodes pour des évènements politiques précis, j’essaie de comprendre pourquoi, encore aujourd’hui, le lesbianisme politique, ses différents courants ne sont pas pris en compte, ni même nommés dans les débats autour des 40 ans du MLF.

Les analyses du courant "Lesbianisme radical" apparaissent dans les années 1979/1980. Pourtant à la relecture du premier journal Le Torchon Brûle (1971), tout est déjà là.

Alors, d’abord un peu d’humour et de provocation : OUI !!! Ce sont bien des lesbiennes qui ont lancé le slogan : "Mouvement des femmes année Zéro" dans la revue Partisans [2] : les hétéros féministes ayant en références des féministes illustres depuis plusieurs centaines d’années, le début du MLF était pour elles une nouvelle vague (après les suffragistes par exemple ou les mouvements de femmes anti guerre).

Mais les lesbiennes elles ? Rien avant l’Année 0, année de visibilisation !!! Et qu’est-ce qu’elles voulaient ? TOUT !!! [3].

Elles veulent Tout et elles parlent de tout (ou presque).

Un journal va paraître en 1971 c’est Le Torchon Brûle (6 numéros).

Qui sont les militantes ? En majorité, elles sont "blanches", jeunes et très jeunes, plutôt de la petite classe moyenne ou bourgeoise, ayant souvent fait des études supérieures, ce qui détermine une certaine manière, personnelle comme collective, de se projeter dans la société et d’envisager sa vie de femme autonome. Elles sont lesbiennes ou hétérosexuelles cela semble importer peu en tout cas aux hétéro-féministes : C’est ce qui est retracé dans les premiers livres sur l’histoire du MLF ; c’est le début du mouvement et pour certaines le mouvement va bouleverser leur vie (LE PRIVE EST POLITIQUE ! LA SEXUALITE AUSSI !).

Les Gouines rouges se sont créées à cette époque, puis ont décidé de se fondre dans ce grand mouvement. Marie-Jo Bonnet en parle ici.

Les premiers slogans féministes comme : "Notre corps nous appartient, prenons notre vie en main" nommaient le corps des "femmes" et appelaient à sa réappropriation. Toutes les composantes du Mouvement -lesbiennes conscientes comprises- pouvaient se retrouver dans cette réappropriation. ON peut même affirmer que nombreuses ont été les lesbiennes à créer ces slogans :

  • ROULEE PAR LE PATRON - BAISEE A LA MAISON ;
  • FAMILLE = POLLUTION. A BAS LE POUVOIR MALE ;
  • VIOL DE GAUCHE - VIOL DE DROITE - MEME COMBAT.

Lors des journées de dénonciation des crimes contre les femmes, en mai 1972, à la mutualité, les lesbiennes se manifestent publiquement en distribuant un tract, signé des gouines rouges : 

« FEMMES QUI REFUSONS LES ROLES D’EPOUSES ET DE MERES, L’HEURE EST VENUE, DU FOND DU SILENCE, IL NOUS FAUT PARLER (1972)". C’est une affirmation politique, la dénonciation de la place imposée aux femmes dans la famille et dès l’enfance. Mais le lesbianisme n’est pas nommé.

Dans Le Torchon Brûle n° 1, on peut retrouver un texte qui fut à l’époque interdit par la censure et dont les auteures furent inculpées pour… pornographie. Son titre : "Le con est beau". Le texte et les photos de vulves qui l’accompagnent décrivent le sexe féminin, le clitoris sort de l’anonymat, et les différents moyens de plaisirs possibles. Là, c’est la levée d’un tabou : la masturbation et les jouissances des femmes. Il est clair qu’au début du Mouvement, luttes, résistances, sexualités et politique sont liées.

De nombreuses militantes du mouvement des femmes participent parallèlement à une organisation politique traditionnelle ou d’extrême gauche ; elles vont majoritairement pratiquer l’avant-gardisme (réflexion au sein d’une cellule d’organisation pyramidale, puis propositions d’actions et de réflexions dans les mouvements, les luttes sociales du moment, là, dans les A.G, puis les groupes du Mouvement des femmes). Cela entraîne peu à peu des pressions et des tensions à l’intérieur du Mouvement des femmes, et un rapport de force certain. Des traces en témoignent très tôt dans Le Torchon Brûle dans lequel participent pourtant, jusqu’à la séparation et la fin du journal en 1973, les différents courants, Psychanalyse et Politique (elles écrivent dans le n° 5), comme le courant lutte de classe ou les Féministes Révolutionnaires.

Puis, un nouveau journal va voir le jour en mars 1974, qui se revendique uniquement de la tendance lutte de classes : Les Pétroleuses (animé majoritairement par des militantes de la ligue communiste). Des lesbiennes seront parmi les créatrices mais elles avanceront avant tout une posture "politique lutte de classe" : "Pas de féminisme sans Révolution, Pas de Révolution sans Féminisme". Aucun article ne portera sur le lesbianisme vécu ou politique. En novembre 1974, ce sera le courant Politique et psychanalyse qui sortira un quotidien, peu quotidien mais qui se nomme tel, jusqu’en 76, puis un mensuel en 1977, un hebdo en 79 et des journaux de régions (sud ouest). Aucun texte ne fera paraître les désaccords entre lesbiennes et hétérosexuelles.

Aucun document ne permet de savoir si les hétérosexuelles sont majoritaires dans le Mouvement, mais les lesbiennes y impulsent, à son début, ses actions les plus spectaculaires comme la gerbe à la femme du soldat inconnu (voir les photos qui en témoignent), et elles ont été celles qui ont lié privé et sexuel dans le sens d’une dénonciation des normes d’un point de vue politique.

Un sujet central porté par les lesbiennes, au vu de leur place de personne autonome, a été la dénonciation du viol comme crime et continuum des violences intra-familiales :

  • VIOL DE NUIT TERRE DES HOMMES ;
  • UN MALE = DES MAUX ;
  • LES FEMMES VIVANTES SONT EN DANGER DE MORT (1976).

Rappelons les contextes de l’époque.

Fin de la guerre d’Algérie en 1962 ; fin des colonisations des pays africains ; début des indépendances à partir des années 1960. De Gaulle depuis 20 ans puis encore la droite et en 74 une montée du chômage sous Giscard, et, bien sûr, un clergé très prégnant dans toutes les régions. L’homosexualité est une perversion et un crime, l’avortement aussi.

Après 1973, les lesbiennes participant au MLF pourront de moins en moins avancer leurs vécus, leurs slogans et encore moins leurs analyses politiques. Des slogans du début des "Années Mouvement" : "NOS LUTTES CHANGENT LA VIE ENTIÈRE", "LE PRIVE EST POLITIQUE" vont être portés, durant plusieurs années, par une grande majorité des féministes, hétérosexuelles et lesbiennes, quand elles dénoncent la famille patriarcale, même dans la classe ouvrière (prolétaires, qui lavent vos chaussettes ? slogan belge). Mais elles refusent d’aborder la question de l’hétérosexualité (le terme hétérosocialité ne sera créé que fin des années 70) en tant que norme.

Ni les différentes classes sociales ni les différences dites culturelles au sein du mouvement ne sont analysées (elles ne le seront pas avant les années 80). La tendance est d’affirmer une grande SORORITE très piègeante car faussement uniformisante. Ce sont les différentes postures politiques qui vont entraîner les ruptures.

Il faut attendre 1977 pour que la coordination des femmes noires se regroupe et se visibilise politiquement, 1977 pour que le premier bulletin de lesbiennes féministes paraissent et 1978 pour voir le premier journal de féministes racisées "Femmes algériennes en lutte".

Pourtant, le fonctionnement du MLF à ses débuts, repose sur les assemblées générales mais très vite les organisations politiques d’extrême gauche s’emparent des réflexions théoriques qui en découlent et, au sein de leurs organisations, les militantes, en mixité d’abord, puis en commissions femmes souvent mal vécues par les militants, vont développer une théorie et produire une pratique pour la développer ensuite dans le mouvement : soutenir les groupes MLAC, animer les commissions femmes dans les syndicats, impulser des groupes femmes de quartier. Dans une pratique autogestionnaire pour certaines, autonome (on dirait libertaire maintenant), avant-gardiste (plutôt trotskiste) pour la majorité.

En 1973 se crée une revue bruxelloise qui marquera longtemps le mouvement francophone, ce sont "Les Cahiers du GRIF" dont la directrice de publication est Françoise Collin. Cette revue paraît de 1973 à 1978 et reprendra jusqu’en1993 sous un autre format. Le numéro 20 sera consacré aux "Femmes entre elles" !!! Rares sont les revues qui consacrent un numéro entier au lesbianisme mais les lesbiennes sont reléguées au privé et elles se racontent. Fin 78, la revue annonce son arrêt et fait un bilan du féminisme : rien sur le lesbianisme. Dans les différentes revues féministes, très peu de traces de vécus assumés de féministes hétérosexuelles (seul un article que l’auteure assume comme politiquement incorrect est rédigé dans le journal Histoire d’elles).

La tendance psychanalyse et politique qui se répand aussi dans le sud de la France va s’approprier le sigle MLF et le déposer en 1979 comme une marque de bière ! [4] En 75-76, la loi sur l’avortement et la contraception est votée grâce à de gigantesques mobilisations des groupes de femmes féministes et lesbiennes des quartiers. Elles participent au mouvement des femmes et la composition des groupes y est plus large au niveau des classes sociales partout en France. Mais il reste que peu de féministes et/ou lesbiennes issues des migrations forcées y sont présentes.

Dans le Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception, MLAC, une autre dimension a peu été prise en compte, avec celles de l’information sur LES sexualités, c’est la situation des femmes des migrations forcées, confrontées à un avortement et au choix d’une contraception : la guerre d’Algérie a cessé en 1962 et nous ne sommes qu’en 1972… Ainsi que l’analyse Angela Davis dans Femmes, race et classe (édition française 1983 - réédition 2008), des femmes des migrations forcées, confrontées à des massacres et des viols massifs durant la guerre l’occupation par les militaires français, peuvent bloquer sur une contraception. Mais bien sûr le poids de la famille et du mari pèse comme pour les femmes rurales, les femmes très isolées, les femmes de familles catholiques par exemple.

En 1978, des militantes, dans la perspective d’une lutte féministe et anti-raciste créent un journal : Femmes algériennes en lutte : 2 numéros parus en 1978 à Paris. Les années 80 verront réapparaître des luttes antiracistes autour de SOS racisme mais les féministes et lesbiennes au sein de cette mouvance y seront stigmatisées !!

Peu à peu, les choix de luttes politiques féministes, dans la mixité, vont se limiter aux revendications, M.L.A.C. oblige, liées à l’avortement et à la contraception "UN ENFANT SI JE VEUX, QUAND JE VEUX". Le sexuel devient-il uniquement procréatif également pour les féministes ? Il est à noter que de nombreuses féministes vont décider de faire des enfants seules ou en couple à cette époque.

En 1975 des slogans lesbiens apparaissent de plus en plus dans les défilés du mois de Mai, à coté des slogans les plus radicaux contre le viol :

  • NOTRE PLAISIR EST REVOLUTIONNAIRE !
  • QUAND LES FEMMES S’AIMENT LES HOMMES NE RECOLTENT PAS ! (1976) ;
  • UNE FEMME SANS HOMME, C’EST COMME UN POISSON SANS BICYCLETTE ! (1975) ;
  • AVEZ-VOUS CHOISI D’ETRE HETERO ? (1977) ;
  • LE DROIT A LA CARESSE ?
  • VIOL DE NUIT - TERRE DES HOMMES.

Si nous analysons les photos prises où nous retrouvons ces slogans nous reconnaissons des militantes s’affirmant lesbiennes qui les fabriquent et les portent durant les défilés.

A partir de 1975/76, quand les axes prioritaires dans le MLF se restreignent, les lesbiennes vont s’organiser en groupes autonomes, et la fracture est ouverte. C’est la création du Groupe de lesbiennes de Paris et de Lyon et la parution de la revue : "QUAND LES FEMMES S’AIMENT" 1978 (voir texte de Suzette Triton et des "femmes de Lyon" dans le livre Mouvement de presse) ; il est à noter que certaines n’ont jamais milité dans le Mouvement des Femmes, leur visibilité étant refusée par la tendance devenue majoritaire Lutte de Classes, mais aussi parce qu’elles s’étaient construites, disent elles, comme homosexuelles et ne se revendiquaient pas féministes. Un ostracisme des lesbiennes "masculines dites jules" se développe : elles nuiraient à l’image du MLF !

Un journal est créé pour affirmer la tendance Lutte de classe femmes travailleuses en lutte 1974-1978 qui regroupe des groupes femmes des entreprises et du tertiaire. Il est soutenu par les féministes des organisations d’extrême gauche.

L’analyse de ce courant étant que les femmes des classes dites populaires, au-delà de l’information sur la contraception, ne peuvent pas recevoir, concevoir, des débats à propos des sexualités et des plaisirs possibles liés à la connaissance de son corps ; il fallait donc taire le lesbianisme comme sexualité, choix de vie, et d’autant plus comme choix politique et ne pas porter l’analyse politique dans le mouvement féministe. Les pressions exercées dans le Mouvement pour imposer cette analyse classiste et avant-gardiste se sont révélées être une erreur politique qui a entraîné ensuite d’autres silences politiques et une rupture. Mais c’est aussi à mon avis, une analyse lesbophobe ; le problème étant que des lesbiennes impliquées dans les luttes féministes développèrent également cette lesbophobie intériorisée.

Vers 1978, le premier collectif contre le viol existe déjà depuis deux ans et les luttes pour dénoncer les viols et les violences masculines se développent. Des divisions dans le mouvement se font très vite jour sur les pratiques : ce sont majoritairement les groupes aux pratiques "réformistes" qui feront pression pour que l’État ouvre des lieux d’accueil pour "femmes battues" et de nombreuses militantes y seront salariées (le terme victimes de violences viendra après). C’est après 1981 que le viol sera qualifié comme crime. Mais ce courant, légitime, a aussi lutté contre la tendance la plus radicale.

Car seule une minorité de militantes -souvent lesbiennes mais pas que- continueront à dénoncer les violences, les nommeront masculines et les analyseront comme un continuum de l’hétérosocialité. S’imposeront peu à peu des priorités réformistes ne remettant pas en cause la structure du couple et de la famille ; elles porteront essentiellement sur la surexploitation des femmes : double journée, demi-salaire, travail ménager non partagé, avortement, contraception, lieu d’hébergement d’urgence. Cela entraînera des analyses et des pratiques tendant à ne percevoir les femmes QUE comme des victimes, sans nommer le groupe qui bat, viole, opprime et sans proposer d’alternatives (quittez votre mec, divorcez, battez vous, ne baisez plus, aimez les femmes…toute proposition qui au début du MLF était courante, à lire Le Torchon Brûle).

1978 : le programme commun du PS/PC échoue aux élections. Des centaines de féministes et lesbiennes quittent les organisations d’extrême-gauche, se regroupent et analysent les contradictions où elles se trouvaient. Elles se nomment les dissidentes. Mais dans ces bilans et ces analyses sur les contradictions à militer, ET dans une organisation, ET dans le Mouvement des Femmes, n’apparaissent pas les silences, petit à petit installés, autour du lesbianisme politique. Peu de journaux en font part. Seule une brochure va paraître, conclusion d’un an de rencontres et d’échanges.

De nombreux journaux ont été créés à cette époque : Il est à signaler que dans les journaux féministes pas d’article nommant ou analysant le/les lesbianismes et ses différents courants ; pourtant les années 80 voient clairement se dessiner des tendances : Lesbianisme féministe, femmes entre elles, plutôt homos dans la mixité, mille et une tendance parce que toutes lesbiennes et lesbianisme séparatistes plutôt italiennes, lesbianisme radical…

Les bulletins et journaux lesbiens francophones vont foisonner entre 1977 et 1983 (voir le livre Mouvements de presse) :

  • Le journal des lesbiennes féministes (1977) ;
  • Questions féministes (1977) ;
  • Quand les femmes s’aiment Lyon- Paris (1978) ;
  • Masques (1979) ;
  • Désormais (1979) ;
  • Homophonies (1980) ;
  • Paroles de lesbiennes féministes (1980) ;
  • Clit 007 (1981) ;
  • Amazone d’hier lesbienne d’aujourd’hui (1982) ;
  • Espaces (1982) ;
  • Chroniques aiguës et graves (1982) ;
  • Lesbia (1982) ;
  • Vlasta (1983).

Après les élections municipales de 1978, où de nombreuses féministes se sont mobilisées, surtout celles du PCF et du PS (voir les journaux "Allons voir sous la rose" et "Elles voient rouge"), une grande majorité des "lesbiennes revendiquées", issues de différentes tendances politiques, ont quitté le Mouvement féministe. Le slogan de Nicole Brossard, écrivaine québécoise : "UNE LESBIENNE QUI NE RÉINVENTE PAS LE MONDE EST UNE LESBIENNE EN VOIE DE DISPARITION" devient le Manifeste d’un grand nombre de lesbiennes politiques, féministes, radicales. Elles nomment le lesbianisme comme voie politique, luttent et se regroupent. De nombreux lieux sont créés même s’ils se nomment Maison des femmes comme à Lyon ou Aix (plus de 25 groupes dans toute la France voir l’Agendienne 1983).

Au début des "Années-Mouvement", le slogan : "LESBIENNE, LA BOURGEOISIE TE FAIT LA FÊTE, DÉSORMAIS, FAISONS LA NÔTRE" pointait la bourgeoisie dans une analyse marxiste des classes sociales ; dix ans après, les lesbiennes mettent en avant les classes de sexe et vont privilégier cette analyse. Après 1978, dans le journal "Quand les femmes s’aiment", les lesbiennes, celles du Groupe lesbiennes de Paris, "dénoncent clairement leur oppression dans le mouvement : négation, culpabilisation, utilisation comme terrain d’expérience, contraintes au silence au nom des priorités" (Lesselier 1989 p. 53).

1979-1980, le collectif de rédaction de Questions FEMINISTES, revue créée en 1977, composée de chercheuses, toutes féministes radicales et matérialistes, certaines lesbiennes, certaines hétéros, va se dissoudre (Lesselier 1989 p. 50). C’est la réunion de lesbiennes à Jussieu qui a mis le feu aux poudres et qui a entraîné la scission du collectif. Avaient été publiés au même moment, dans QF n° 7, l’article de Wittig, analysant explicitement le lesbianisme et l’hétérosexualité et celui de Lesseps. Un mouvement de lesbiennes radicales se développe autour de la théorie classe d’hommes - classe de femmes et avance une rupture totale d’avec le mouvement "hétéro-féministe". Cela entraînera des contradictions plus ou moins surmontables. Les slogans avancés par le groupe de Jussieu lors d’une manifestation autonome en Juin 1980 sont "Lesbiennes guérillères contre la classe des hommes", "Déchirons notre silEnce, reprenons notre violence" Plusieurs affiches sont créées dont une ; son slogan : "MOBILISATION CONTRE TOUS LES HOMMES". Elle est composée comme les affiches officielles de mobilisation des hommes pour la guerre. Là, ce sont toutes les femmes, la classe des femmes qui sont interpellées.

C’est la période ou le courant des lesbiennes radicales est très prégnant dans le mouvement lesbien. Région parisienne nord de la France, mais aussi dans la région PACA, Aix-Marseille (plus de 400 participantes lors des rencontres).

Elles vont publier une revue : ESPACES pour toutes les lesbiennes, qui fera paraître 21 numéros entre 1982 et 1983.

Mais, c’est mon point de vue, le comportement des militantes, en région parisienne, comme groupe avant-gardiste dans le mouvement lesbien, et son refus de pratiques de solidarité concrètes avec des femmes subissant des violences masculines, ou des interventions controversées dans ses rangs, contre les violeurs, entraîneront des ruptures entre militantes. Une revue paraîtra qui donnera trace de cette rupture : Chroniques aigües et graves, 4 numéros.

En 1981, le gouvernement PS. arrive au pouvoir ; les militantes n’avaient jamais connu de gouvernement, dit de gauche, et nombre d’entre-elles, lesbiennes politiques comme féministes, veulent croire que la politique classique peut être réinventée et beaucoup vont participer à ce gouvernement en abandonnant la lutte et les pratiques de groupe de pression.

A partir de cette période et conséquence aussi des ruptures idéologiques au sein du mouvement des femmes, de nombreux journaux féministes vont disparaître. Va disparaître aussi la vision de rédaction collective des articles publiés.

En revanche, avec la dépénalisation de l’homosexualité, le milieu lesbien va développer des lieux partout en France et créer des magazines et des revues : le journal Désormais, puis Lesbia (devenu depuis Lesbia Magazine) avec le slogan "kiosquez Lesbia" c’est à dire acheter Lesbia en kiosque et visibisez-vous !

Après quelques avancées, la création d’un Ministère aux droits des femmes, supprimé en 1986, au moment où la droite revient au gouvernement, donne la possibilité d’une plus grande visibilité lesbienne, ce gouvernement va "digérer" tout désir d’utopie, de subversion, de révolutions. Des pratiques de luttes féministes, lesbiennes, et d’autres mouvements sociaux vont devenir réformistes, voire disparaître. Ce sera le début de nouvelles revendications gays portées sur la place publique et des lesbiennes penseront avoir leur place pour faire naître un mouvement lesbien DANS la mixité. Le début du virage intégrationniste commence-t-il à cette époque ? Homophonie n° 1 (1980) prend des positions très politiques qui dénoncent les courants de droite au sein du mouvement. Nous ne verrons plus cette radicalité 10 ans plus tard (même dans le mouvement lesbien large). Catherine Gonnard en témoigne.

Après 1981, les lesbiennes qui poursuivent et affirment une non-mixité, vont développer une visibilité associative et culturelle CRÉONS NOS ESPACES LESBIENS est un slogan revendiqué par les lesbiennes de Jussieu dès 1979, et il aura durant plusieurs années des répercussions. Les Archives lesbiennes ainsi que de nombreuses associations, telles Saphonie, le MIEL (mouvement d’information et d’expression lesbienne) sont créées ; des revues comme Lesbia et Vlasta naissent à cette période. La maison des femmes de Paris, celle de Toulouse, de Marseille accueilleront des associations et groupes lesbiens.

1985, le début de l’épidémie du Sida aurait dû porter de nouveau sur le devant de la scène des réflexions politiques sur les sexualités (impositions des normes et du rapport d’oppression des hommes) et sur la résistance lesbienne. L’analyse de la contrainte à l’hétérosexualité faite à la grande majorité des femmes aurait dû être portée dans les luttes. Mais, SILENCE = MORT (slogan d’Act-Up), cela n’a pas eu lieu. Alors que les hommes homosexuels, terriblement touchés par l’épidémie, remettent en cause, pour un temps, certaines pratiques et comportements sociaux, comme sexuels, les féministes hétéros n’auront que tardivement un discours théorique sur la maladie, et les lesbiennes se sentent peu concernées ; paradoxalement, beaucoup d’entre elles se sont engagées dans les associations de lutte contre le sida et auprès des populations gays ! Elles ne saisiront pas ce funeste contexte pour avancer le lesbianisme comme pratique sexuelle et résistance politique. Il faudra attendre 1990 pour qu’une campagne se développe, grâce aux militantes de la commission femmes d’ACT-UP, auprès des femmes. Lesbia et le groupe santé lesbienne de l’association SAPHONIE avaient, à leur petit niveau, commencé l’info dès 1986.

Mais ces années voient surtout se développer une militance lesbienne de plus en plus culturelle d’affirmation avec le ciné-club 1987 puis le festival "Les lesbiennes se font du cinéma" créé par l’association Saphonie en 1989. C’est aussi une militance de la convivialité, de rencontres qui se développe. De nombreux groupes se créent en régions. A cette période peu de journaux se créent mais des feuilles d’infos au format A4 plié diffusent les informations des groupes de régions. Ainsi Amiens, Rennes, Grenoble…

1990, La guerre du Golfe est un grand traumatisme et une minorité de lesbiennes va se mobiliser et descendre dans les rues avec les mouvements anti-guerre et sera présente avec ses propres banderoles. Ces lesbiennes poursuivront leurs actions durant la guerre en Bosnie, avec ou sans les féministes, car là encore les dénonciations autour des viols massifs des femmes ET des lesbiennes ne sera pas pris en compte dans le mouvement féministe et créeront des ruptures.

En 1997, la CLN, Coordination Lesbienne Nationale verra le jour et regroupera une vingtaine d’associations et des militantes lesbiennes indépendantes. Elle a pour objectifs de promouvoir la visibilité et la culture lesbienne, de faire légitimer les droits des lesbiennes, de lutter contre les discriminations, de créer des réseaux, d’exiger le droit d’asile. Une feuille d’infos et des bilans de rencontres seront publiés.

A cette époque de nouveaux groupes voient le jour créés par des lesbiennes et féministes de Lyon avec comme revues : "Et ta sœur", "Madivine" qui ne paraîtront qu’une ou deux fois. Elles se réfèrent aux journaux premiers comme Le Torchon Brûle, elles ont souvent moins de 30 ans.

Mais il faudra attendre 1998, pour que soit posé le racisme intégré des lesbiennes blanches, en tant que groupe de même qu’en tant que personne, lors d’une rencontre de printemps de la CLN. Le groupe du 6 Novembre verra le jour après ces débats : ce groupe est composé de lesbiennes issues des migrations forcées, des colonisations présentes ou passées, de l’esclavagisme Elles créeront une brochure puis une feuille d’infos. Car si les lesbiennes sont des personnes sexuées, minorisées refusant, pour beaucoup, mais pas toutes, loin de là, l’identification aux femmes, elles peuvent être de la classe dominante, ou racisées et classisées ce qui détermine AUSSI leurs places dans la société raciste et libérale. Selon ces différentes "places" les lesbiennes seront plus ou moins intégrées, admises, isolées, stigmatisées, ou surexploitées et opprimées. Cette analyse ne s’est jamais faite à grande échelle dans le mouvement des femmes.

Aujourd’hui, les lesbiennes se revendiquant politiques ou pas, ne sont pas lesbo-centrées, loin s’en faut, et on peut les retrouver dans tous les types de luttes : humanitaires, syndicales, dans les luttes contre les violences masculines, pour les papiers et les droits des femmes réfugiées et immigrées, dans les luttes anti-mondialisation, féministes réformistes, ainsi que dans les structures associatives. Ce sont souvent des lesbiennes de la classe moyenne qui travaillent ou sont en retraite. Mais ces engagements sont sans affirmation lesbianiste, c’est à dire sans posture politique collective.

Des lesbiennes, "jeunes" ou très jeunes se regroupent dans différentes régions sur des bases politiques, lesbiennes, autonomes ; elles ont organisé ces dix dernières années des manifestations (8 mars, Visibilité lesbienne, manifs de nuit, Lady Fest dans différentes villes). Elles créent des journaux, "Et ta Sœur" à Lyon en 1997, puis "Madivine" réseau de lesbiennes ayant créé une plaquette de textes critiquant et analysant le racisme inconscient et omniprésent dans les mouvements féministes et lesbiens, à Lyon, encore. Puis en région parisienne mais vous en parlerez, Lesbiennes of Color.

Dans les principales villes des feuilles d’infos circulent sur papier ou de plus en plus virtuelles mailées aux adhérentes. En région parisienne l’essentiel des activités lesbiennes est culturel et temporel ; l’affirmation et la référence au féminisme n’est pas toujours facile et certaines fois rejetée totalement. L’anti féminisme s’affirme dans le milieu lesbien.

A Montreuil (93), il existe une Maison des femmes subventionnée par la municipalité et la région sans groupe de lesbiennes présent. Mais durant plusieurs années d’abord à Bagnolet, ville limitrophe, puis à Montreuil, a existé un lieu autogéré, "la Barbare", où les militantes développaient des réflexions autour du privé à la manière des premiers groupes de paroles ; elles intervenaient avec des slogans radicaux dans les manifs.

A Lille, à Nantes, Bordeaux, des Maisons de femmes se créent, encore et souvent dans une non mixité plus ou moins revendiquée mais la visibilité lesbienne y est faible ou absente. Les groupes de lesbiennes choisissent en général et cela depuis leur création, de se retrouver dans les Maisons des Homosexualités quand elles existent.

Des squats s’ouvrent aussi comme à Grenoble avec des personnes jeunes revendiquant une nouvelle non-mixité : Les gouines, pédés, trans, féministes.

ALORS ???

Au delà du fait que chaque personne lesbienne a un itinéraire de vie particulier, en sachant que l’identité lesbienne n’est qu’une partie d’une identité globale définie par l’appartenance à une classe sociale, une ou des cultures, des discriminations liées à un handicap… le lesbianisme est une posture politique (au delà du sexuel même si bien sûr le fait de l’affirmer, ce sexuel, fait toute la différence ( Mais allez demander à une militante non définie par ses pratiques sexuelles de se définir lesbienne et vous verrez sa réaction !).

Vivre son lesbianisme permet à des milliers de personnes de résister à l’appropriation sociale et collective, à l’éducation normative et à la violence des rôles. Le seul choix de refus des rôles normés hommes/femmes est en soit une lutte de classes.

DIFFERENTS LESBIANISMES continuent à exister aujourd’hui (je ne parlerai pas du lesbianisme de droite qui ne se revendique pas mais se vit !) :

  • Lesbianisme intégrationniste (j’aime une femme) ;
  • Lesbianisme mixte avec les gays sur les revendications dites "égalitaires" ;
  • Lesbianisme culturel ;
  • Lesbianisme dit politique ;
  • Lesbianisme féministe ;
  • Lesbianisme radical ;
  • Lesbianisme séparatiste (plutôt rural).

Chaque lesbianisme pouvant aussi intégrer un des autres.

Ces différents "réseaux" lesbiens ne se croisent pas (sauf dans les fêtes et encore). Ils n’essayent pas de construire un lesbianisme où différentes tendances politiques s’exprimeraient. Ils naviguent entre ignorance, consensus ou rupture brutale et impossible écoute.

L’anti féminisme viscéral des courants lesbiens et leurs divisions entre eux est à noter et il serait bien de reprendre des textes pour comprendre. Certains courants lesbiens ont affirmé leur anti-féminisme en avançant que l’hétéro-féminisme, qu’il soit porté par des lesbiennes ou des hétéro, avançait des postures et des propositions de luttes très proches de l’aménagement du système hétéro-normé, comme par exemple la parité, grand cheval de bataille, porté par un courant égalitariste de classe moyenne (dont de nombreuses lesbiennes), maires, députées, chercheuses …

Au vu de l’enterrement des revendications les plus radicales du Mouvement féministe, on peut finalement constater que l’affirmation politique des différents courants lesbiens sera, tout au long de l’histoire du Mouvement féministe/lesbien, dit MLF, difficile à entendre et que cette invisibilisation politique se poursuit encore (voir derniers colloques). [5]

Mais toute la société a changé depuis les années 70. Nous ne pouvons pas coller des analyses passéistes. Être lesbienne ne fait pas automatiquement réinventer le monde mais plutôt s’y enfoncer …

Le regard sur les débuts du/des mouvements lesbiens comme féministes est à porter au vu d’une analyse actuelle de la montée des extrêmes droites européennes, du racisme et de la remontée de l’ordre moral. Et, avec cette donne, de la place des femmes et des lesbiennes les plus précaires, luttes des classes (sociales comme classes d’hommes classe de femmes) obligent !
 
Si les lesbiennes militantes de la non-mixité, en tant que collectifs organisés, ne revendiquent, vers l’extérieur militant, que les points de vue féministes d’autonomie et de résistance de toutes les femmes à l’oppression, sans nommer l’oppresseur et sans avancer la dimension de résistance sexuelle, elles contribuent à invisibiliser le lesbianisme en tant que choix politique. Ainsi, l’imaginaire collectif des femmes en lutte ne pourra pas projeter une autre forme de vie, et ne pourra pas résister à l’hétéro-norme. Une dimension réformiste des luttes féministes et un aménagement du cadre dominant seront alors proposés (Cette analyse a été développée dès le début du mouvement, mais n’a pas été prise en compte).

Si le sexuel lesbien, le plus souvent nommé homosexuel, est visibilisé SANS la dimension de résistance féministe et de solidarité à toutes les femmes, les hétéros, même les plus politiquement corrects et proches, vont lier lesbiennes et homos hommes, leur renvoyer cette image, et donc réduire leur résistance à la seule dimension d’une sexualité AUTRE, pas si loin de la leur d’ailleurs, si on ne veut considérer QUE les pratiques sexuelles en refusant de les relier au social, et en considérant que c’est un privé intime qui doit être toléré, voire admis. Cela ne les obligera pas à se questionner sur leur hétéro-socialité.

Un courant de lutte contre l’oppression des femmes et des lesbiennes, une dénonciation du pouvoir du groupe social des hommes ne se construira qu’avec les lesbiennes ET les féministes les plus politiques, autonomes (sans mec) souvent dans leur vie.

Car si l’affirmation "Une lesbienne n’est pas une femme" de Wittig, a permis à un lesbianisme politique d’exister et a donné une grande force aux personnes l’affirmant, les conséquences dans les pratiques militantes qui en ont découlé ont souvent tendu vers un anti-féminisme primaire et un repli vers des revendications ne réinventant plus "le monde". Cela a pu nous dédouaner de toute analyse de notre place objective en fonction de nos classes sociales puisque nous pensant "Autre".
Car que faisons-nous de la classe des femmes de sa/notre ? Paupérisation comme de son/notre degré croissant d’asservissement ? Et pensons-nous en faire toujours partie ?

Merci en particulier à Nicole Claude Mathieu et à Claudie Lesselier ;

Merci au collectif des ARCL sans qui plus rien n’existerait ;

Merci à vous toutes présentes dans ce livre, nommées ou non.


[1Michèle Larrouy, enseignante en collèges. Vit et travaille en Seine Saint Denis 93.

Militante : collabore aux Archives Lesbiennes depuis 1990 (ex. présidente). Participe au CA de l’association "Maison des femmes de Paris". Anime des groupes de paroles collectives contre les violences masculines.

Plasticienne engagée : développe des recherches graphiques et plastiques autour des représentations du corps des femmes. Expositions collectives et personnelles depuis 1983.

Écrits

Texte sur les contradictions entre le mouvement féministe et le mouvement lesbien dans un Essai collectif publié à l’Harmattan en 2003, "Lesbianisme et féminisme, histoires politiques", sous la direction de N. Chetcutti et C. Michard.

Texte autour de l’œuvre de Artémisia Gentileschi dans la revue du 4ème colloque du printemps lesbien de Toulouse Bagdam lesbien en 2004. Dans le même ouvrage, texte sur le rapport aux corps d’une plasticienne lesbienne.

Participation au livre collectif : "Disent-ils" en avril 2006 publié par les éditions AHLA et Bagdam Espace lesbien Toulouse avec un texte essai/fiction sur le regard posé par des plasticiens du XXe arrondissement (Paris), la plupart sur des corps de femmes.

Dernière parution en 2009 : "Mouvements de presse des années 1970 à nos jours, luttes féministes et lesbiennes". Edition ARCL. En collaboration avec Martine Laroche et les Archives Recherches Cultures Lesbiennes.

Écrits poétiques et politiques accompagnant les œuvres exposées dans les lieux d’accrochage. 

Créations graphiques et plastiques depuis 1983.

Dernières expositions à l’Espace Belleville-Paris : rétrospective personnelle 2009 ; exposition collective de plasticiennes 2010.

Depuis plusieurs années et particulièrement pour la célébration des 40 ans du MLF, contribue activement à la promotion avec le collectif des ARCL du fonds de ce centre de documentation, grâce à des expositions d’affiches et de couvertures de revues prouvant ainsi l’existence effective de l’apport des lesbianistes au MLF (durant l’année 2010, 9 lieux différents en région parisienne).

[2Partisans numéro spécial 54/55 en automne 70, L’idiot international - Mai 70, L’idiot Liberté n° 1- Déc.70

[3TOUT "ce que nous voulons : Tout" n°12 Avril 71

[4(Voir le livre Mouvement de presse ARCL 2009, le livre de Françoise Picq Les années mouvement et les textes de Liliane Kandel dans Pénélope en 1979).

[5Le Lesbianisme politique est annulé pour nommer un regroupement de personnes lesbiennes dans le mouvement féministe. Cela entraîne l’annulation des pensées et réflexions théoriques élaborées. Cette annulation de la portée subversive du choix et de la résistance est aussi portée dans le réseau lesbien lui-même.



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samedi 20 mai 2017

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