UN PAS EN AVANT, TROIS PAS EN ARRIERE

vendredi 1er octobre 2010
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La COORDINATION lesbienne en france (CLF) revient sur les cas de lesbophobie
En 2009, une série d’agressions et de violences lesbophobes dont récemment un viol punitif à Béziers ont ému une partie de l’opinion publique. La Coordination Lesbienne en France revient sur ces cas de lesbophobie avérés
(texte paru en 2009 dans Lesbia Magazine)

UN PAS EN AVANT :

DES MEDIAS PLUS EFFICACES POUR VISIBILISER DES AGRESSIONS LESBOPHOBES

Depuis quelques années, les associations mixtes LGBT telles par exemple l’inter-LGBT, le CCH, SOS Homphobie….et le mouvement féministe, s’impliquent davantage pour dénoncer les violences et discriminations lesbophobes. A présent, les discriminations, agressions et violences subies par les lesbiennes suscitent des réactions rapides et unanimes : messages de soutien, communiqués de presse relayés par des dizaines de sites d’informations LGBT (on peut d’ailleurs s’enthousiasmer ici sur la puissance d’Internet et les possibilités d’action que le bon usage de la toile procure aux associations militantes) fusent de part et d’autre.

Ainsi le travail persévérant de la Coordination Lesbienne en France (CLF) pour nommer la lesbophobie dès 1998, en explicitant ses spécificités ne fut pas vain.

De plus, la presse généraliste et audio-visuelle, jusqu’alors plutôt frileuse sur le sujet, s’est emparée du sujet comme ce fut le cas dernièrement du Parisien, du Républicain, de France 2 et France 3 pour l’affaire d’Epinay sous-Sénart.

C’est un grand pas en avant qui sensibilise le grand public et montre bien que si l’on s’attaque à l’une d’entre nous, l’affaire sera portée au grand jour et une chaine de solidarité pourra se mettre en place.
Pour toutes les lesbiennes qui vivent aujourd’hui des situations de lesbophobie, l’exemple médiatisé du procès gagné d’Epinay -sous-Sénart et des autres affaires relayées ces dernières années par la presse pourrait les encourager à résister à leur tour et intenter une action en justice

un autre pas à franchir : une attitude et une communication responsable

Si nous pouvons nous réjouir de ces avancées, nous regrettons la tendance actuelle qui est de pointer certaines populations et catégories sociales.
En effet, des écrits, des discours culpabilisant, amplement repris par les médias, dénoncent de nouvelles sorcières : les banlieues présentées comme responsables de tous les maux.

Or, la lesbophobie et toutes violences discriminatoires s’expriment dans toute la société, dans toutes les classes socio- culturelles, certes sous des formes parfois différentes. Si des lesbiennes sont agressées en Banlieues, elles le sont tout autant ailleurs lorsqu’elles vivent dans la visibilité. Pour preuve la série d’agressions lesbophobes de ces derniers mois qui ont eu lieu dans les villes de : ALBI, METZ, SEGRÉ, BEZIERS et pour la banlieue parisienne en deux endroits seulement : BONDOUFLE et ÉPINAY-SOUS-SÉNART. On pourrait ajouter à ces villes comme en témoignent les procès de ces dernières années soutenus par la CLF : AMIENS, LILLE, MONTPELLIER et pour la banlieue la seule place de MONTREUIL.!

Optons pour une communication responsable : nous ne sommes pas là, en tant qu’association pour hurler avec les loups ! Et à titre individuel, méfions nous de ceux ou celles qui en appellent aux affects et non à l’intellect de leurs lectrices-lecteurs ou de leur auditrices-auditeurs, parfois à des fins manipulatrices. Ne créons pas de nouveaux ghettos.

DEUX PAS EN ARRIÈRE, UN RENDEZ-VOUS MANQUÉ...

On serait tentées, par ailleurs, de penser, - c’est d’ailleurs le sens de certains discours alarmistes et victimisants, - que les violences faites aux lesbiennes ont augmenté ces derniers mois. Cela rejoint l’éternel débat qui concerne les violences faites aux femmes -dont la lesbophobie fait partie- en posant la question suivante : est-ce que les violences faites aux femmes et aux femmes lesbiennes augmentent ? ou est-ce que les femmes et les femmes lesbiennes se manifestent davantage ? »

Il est difficile de répondre à cette question faute d’enquêtes et de données de comparaison, les deux suppositions sont possibles : une plus grande visibilité lesbienne et une plus grande médiatisation des procès pourraient exposer à la répression des femmes libres et sexuellement indépendantes du pouvoir des hommes. Cette nouvelle visibilité pourrait, aussi , inciter les lesbiennes à dénoncer les agressions qu’elles subissent.
Toutefois, la prudence serait de se contenter de dire que la lesbophobie est bien vivante et perdure et de poser cette autre question : Est-ce que tout a été fait ou est fait pour combattre la lesbophobie ?
La réponse est évidente : c’est NON ! Grâce aux luttes des associations LGBT, nous avons vu, depuis quelques années, s’étoffer le corpus législatif pour réprimer les violences et discriminations commises en raison de « l’orientation sexuelle ».
Toutefois, il ne s’agit quasiment que d’un volet pénal.. La répression, n’est pas tout. Il faut sensibiliser, changer les mentalités, ce qui demande d’agir en amont. Il est urgent de légiférer pour instaurer une politique éducative qui préconise une éducation non sexiste, non lesbophobe et non homophobe, qui combatte les stéréotypes, qui soit dispensée aux enfants dès le plus jeune âge (et aux adultes aussi ?! ….)

A ce sujet, la CLF déplore que la proposition de loi intitulée « Violences faites aux femmes : Renforcer la protection des victimes, la prévention et la répression » votée le 25 février dernier à l’Assemblée Nationale, n’ait pas intégré des mesures éducatives concernant la lesbophobie. La mission d’évaluation, à l’origine de cette proposition de loi, avait auditionné la CLF à l’occasion de ses travaux préparatoires. Mais celle-ci s’est sentie trahie par des « représentant-e-s du peuple » qui, dans un premier temps, avaient entendu et reconnu ses préconisations mais ne les ont pas prises en compte dans le texte de loi final. Hélas, l’affaire de lesbophobie de Béziers confirme qu’il y a urgence. Quand les lesbiennes seront-elles considérées comme des femmes et des citoyennes à part entière ?

UN PAS EN AVANT : LA SOLIDARITE LESBIENNE

Dans le cas d’Epinay sous Senart, l’affaire s’est réglée au cours de deux procès, le premier public et le second à huis clos pour juger les trois mineurs. Epreuves difficiles pour Cynthia et Priscilla puisque victimes et agresseurs se retrouvent presque cote à cote sur les sièges réservés à l’assistance avant de comparaître à la barre. Lors du procès public, le contraste était frappant, l’agresseur s’est présenté sans avocat, dans une grande solitude alors que les deux jeunes femmes étaient entourées par leurs parents, les représentantes de la CLF bien sûr et un groupe de jeunes lesbiennes qui les ont accompagnées tout au long de ces 4 mois de stress et d’angoisse.
Manifestation concrète de sa solidarité active, la CLF, associée à l’une de ses associations membres, CQFD/Fierté lesbienne, a supporté la plus grande partie des frais de justice en prenant en charge les honoraires des avocates. CQFD/Fierté Lesbienne se réjouit de voir le fonds de solidarité, constitué de longue date, servir une fois de plus la cause des lesbiennes. Il a pour origine les excédents dégagés par les grandes fêtes lesbiennes-féministes organisées à son initiative jusqu´en 2005 à Paris, les soirs de juin des marches des fiertés LGBT.
On mesure aussi, dans ces circonstances d’urgence, quelle force représente le réseau d’organisations lesbiennes non mixtes, actives sur le terrain et prêtes à se mobiliser. En témoigne l’initiative des associations Cineffable, le "Vendredi des femmes" du centre LGBT de Paris, les Bénines d’Apie et la Dixième Muse pour organiser une soirée au Tango en soutien à la CLF pour financer ses actions contre la lesbophobie.

ENCORE UN PAS EN AVANT :

les actions concretes enrichissent nos pratiques et notre réflexion
Partie civile au procès d’Epinay sous Sénart, les représentantes de la CLF ont du passer plusieurs journées au tribunal. Côtoyer de près la façon dont la justice est rendue en France, pose question sur la pertinence des jugements et sur la capacité des peines à éclairer et faire évoluer les accusés. Ce constat a conduit la CLF à se poser en force de proposition, construisant, avec l’appui de l’association Contact Ile de France, un projet à but éducatif, alternative constructive aux travaux d’intérêt général imposés aux mineurs.
Et, il est urgent que les responsables des programmes et actrices/acteurs de l’éducation ainsi que les politiques réfléchissent et mettent en place des actions d’informations et de sensibilisation contre les discriminations, en travaillant en collaboration avec les associations de défense des droits des LGBT.

Pour La Coordination Lesbienne en France (CLF) :
Marie-Josèphe Devillers, Jocelyne Fildard, Catherine Morin-Le Sec’h



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