compte rendu rencontre 2014

vendredi 27 juin 2014
popularité : 13%

La Rencontre 2014 était organisée par le CEL de Marseille.

Cette rencontre a fonctionné à guichet fermé, avec 102 participantes, au-delà des capacités du lieu retenu. Il a fallu se serrer un peu : 5 dans chaque Bungalow au lieu de 4 et recourir aux hôtels locaux.

Elle s’est caractérisée par la mixité des âges des participantes et de leur provenance. On regrettera toutefois qu’aucune Lilloise n’ait eu le courage de s’aventurer plein sud.

Organisations lesbiennes ou féministes où des participantes sont actives

Bagdam Espace Lesbien Toulouse http://www.bagdam.org/

Caram’elles Nice
http://caramelles06.free.fr/programme.html

Cibel Paris

CQFD Fierté Lesbienne Paris

Collectif Droit des Femmes 31 Toulouse

Collectif National pour les Droits des femmes Paris http://www.collectifdroitsdesfemmes.org/

Collectif Solidarité et Lesbianisme Clermont Ferrand

C.L.F. Coordination Lesbienne en France Paris http://www.coordinationlesbienne.org/

FièrEs Paris http://fieres.wordpress.com/

ELEA Avignon
Femmes solidaires Avignon

La Barbe Paris http://www.labarbelabarbe.org/

La Lune Strasbourg http://www.lalune67.fr/

Le CEL Marseille http://celmrs.free.fr/

Les Lesbiennes Dépassent les Frontières Paris

Les Voies d’Elles Grenoble

Let’s Dyke Metz http://www.letsdyke.com/

Prendre le droit Rennes http://prendreledroit.org/

Liste féministe pour une Europe Solidaire Paris http://www.feministespouruneeuropesolidaire.eu/

Repaire de Jubilation Romans

Réseau Anarcha Féministes Rhône Alpes

0rganisations lesbiennes qui ont souhaité participer à la Rencontre, mais n’ont pu se libérer

Les Archives Lesbiennes (ARCL) Paris

Organisations LGBT dans lesquelles des participantes sont investies

AGAYRI Drôme

Couleurs gaies Metz

David et Jonathan Nice

InterLGBT Paris

Les oubliés de la mémoire Paris

SOS homophobie Paris

1° journée : vendredi 9 mai 2014

JPEG - 19.8 ko

14H : Accueil et installation au hameau

Les organisatrices du CEL, les représentantes de la CLF et de la Lune étaient sur place dès le jeudi pour préparer les lieux. Ce village de vacances est situé à 3 kilomètres de la Roque d’Anthéron. Camp d’accueil de harkis de 1964 à 1975, il fut ensuite transformé en site de vacances. Pour plus d’informations sur ce moment d’histoire, consultez
http://www.harkisdordogne.com/article-souvenez-vous-retour-en-arriere-l-arrivee-des-harkis-dans-le-camp-de-forestage-de-la-roque-d-anthero-123768011.html.

La gestionnaire du lieu avait accepté de mettre la piscine en service pour notre séjour : 15° maxi, mais certaines s’y sont risquées.

16H : Atelier – Présentation – Nos pratiques militantes

Tour de table participantes (liste non exhaustive, certaines étant arrivées plus tard)

Les Caram’elles. Nice

http://caramelles06.free.fr/activites.html

https://www.facebook.com/Caramelles06

L’association a été créée il y a 5 ans par Véronique et Annick pour fédérer les lesbiennes de Nice et région autour de la culture et du sport. Elles arrivent à rassembler jusqu’à 80 lesbiennes dans les manifestations qu’elles organisent.
L’association est à l’origine d’une Web série féministe. Elles sont en train de tourner le premier épisode et ont écrit 3 épisodes.

Elles organisent des activités sportives, des WE, le prochain les 14 et 15 juin. Conférences, librairie féministe, film une fois par mois. Soirée jeux une fois par mois.

LE CEL. Marseille

http://celmrs.free.fr/programme.htm

https://www.facebook.com/lilith

Existe depuis 1990. A organisé la Rencontre à la Roque d’Anthéron et l’euroLESBOpride en juillet 2013. Plus de 200 adhérentes.

Programme très riche d’activités. Week end convivial en mai et septembre.

Week end CEL’PRINTEMPS en mars 2014 en partenariat avec Cineffable.

La Lune. Strasbourg

http://www.lalune67.fr/

La Lune a 34 ans.

En matière de militantisme, leur investissement dans le centre LGBTI à La Station de Strasbourg (dont elles furent en grande partie les initiatrices) fut une erreur, selon elles. Aujourd’hui, elles ont quitté la Station et après cette expérience, ne travailleront plus jamais avec des gays. Aujourd’hui, elles trouvent davantage d’aide et de soutien auprès des milieux anarchistes et alternatifs de leur région.

Leurs principales actions :

  • Soutien aux demandeuses d’asile. 6 ont eu leurs papiers. Elles participent à la commission femmes-hommes à la mairie de Strasbourg et organisent des actions avec le planning familial.
  • Rescrit fiscal Janvier 2013. Elles ont demandé via un rescrit fiscal (nom de la procédure) à ce que le fisc valide leur statut d’association d’intérêt général pouvant émettre des attestations fiscales pour les dons reçus (qui rendent ces dons déductibles à 60% des impôts). Ce rescrit fiscal leur a été refusé disant que dans la mesure où l’association ne concernait que des lesbiennes, elle ne pouvait pas être reconnue d’intérêt général. Elles ont fait appel et en sont à leur 3° action en justice pour contester cette décision.
  • Animation du comité de soutien à Pinar Selek.

Elles posent la question du fonctionnement des associations : Plus on est reconnues grâce aux actions menées, moins les adhérentes s’impliquent, elles ont donc le sentiment de se retrouver très seules.

Elles publient un journal périodique : La Lune.

Bagdam Espace Lesbien. Toulouse

http://www.bagdam.org/

https://www.facebook.com/bagdam.org

Leur axe d’action majeure : la culture lesbienne. Elles organisent chaque année le festival du printemps lesbien. Elles ont organisé 6 colloques internationaux d’études lesbiennes dont les 6 actes sont disponibles à la bibliothèque universitaire de Paris.

Lors du printemps lesbien de 2013 elles ont fait 1000 entrées (dont 12 hommes, les hommes ne sont pas intéressés par ce que font les femmes). Les événements sont donc largement non mixtes bien que situés dans des lieux mixtes, ce qui permet aussi de délégitimer la mixité. Ont ainsi instauré une tradition de la non-mixité qui a été reprise par des féministes.

Les Voies d’Elles. Grenoble

Association créée en 1992.

Elles publient un journal périodique : Lesbrouffe.

Elles soutiennent des réfugiées lesbiennes

Parce qu’il y a une vie après le mariage, elles se sont mises en réseau avec des organisations qui traitent de la précarité et avec les réseaux de femmes de la région Rhône Alpes.

Elles s’investissent dans les recherches sur les lesbiennes pendant la deuxième guerre mondiale. Soldates/ résistantes/.

Elles ont rencontré le réseau anarcha en 2003.

ELEA. Avignon

Maïté a créé cette activité autour du Cinéma (L-Ciné au début) et débats (public lesbien) au départ au sein d’une association LGBT où elle ne s’est pas sentie bien. Elle est donc allée frapper à la porte de Femmes Solidaires à laquelle il a fallu expliquer le besoin de fonctionner entre nous, sur une non mixité lesbiennes- hétéros. Depuis elles ont compris les difficultés des lesbiennes, que tout n’est pas donné d’entrée et apprécient cette activité. La liste de diffusion fonctionne, mais aujourd’hui, elle recherche une équipe pour reprendre l’activité.

Cibel. Paris – le Croisic

Leurs activités sont menées tantôt à l’Espace Simone de Beauvoir de Nantes, tantôt à Paris.

FièrEs. Paris

http://fieres.wordpress.com/

https://fr-fr.facebook.com/associationFieres/info

Association féministe lesbienne bie et trans. pour l’égalité des droits et la visibilité lesbienne, FièrEs s’est constituée il y a 6 mois et fonctionne dans la non mixité (lesbiennes, bies, trans, fermée aux hommes cisgenres). Les fondatrices étaient investies dans des associations féministes généralistes, mais il leur était difficile de gérer la relation hétéro/ lesbienne. Elles sont très demandeuses de travailler avec d’autres.

A FièrEs les décisions se prennent en plénière au cours d’une réunion mensuelle. Le CA assure les fonctions administratives. Les porte-paroles sont élues pour deux ans. Elles traitent de sujets laissés pour compte par d’autres associations : PMA par exemple avec un regard féministe.

Elles ont organisé un atelier de prévention sexuelle pour femmes ayant des relations sexuelles avec les femmes sur le thème de la prévention mais aussi du plaisir. Elles recherchent des subventions pour réitérer cette expérience. Elles ont organisé un happening pour l’enterrement du courage politique du gouvernement qui a été relayé par les médias.

Prendre le Droit. Féministes pour un monde sans viol[s]* Rennes.

www.prendreledroit.org

L’association nouvellement créée par 3 femmes dont 2 à l’AVFT veut accompagner des femmes victimes de violences sexuelles sur le plan juridique. Elles les accompagnent également pendant les procès.

Elles font aussi de la formation pour les bénévoles dans un premier temps et envisagent également de former les professionnelles (médecin, avocate, police, psychologue) dans le futur. 9 administratrices au CA qui se réunit une fois par mois. Campagne d’adhésions en cours.

Les Anarcha féministes. Saint Etienne, Lyon, à la campagne, à Grenoble.

Elles ont une longue pratique de la vie collective et en sont très fières.

Elles ont organisé une rencontre trans-gouines en donnant les points de vue de lesbiennes et de trans pour établir sur quels points se mettre d’accord.

Autres centres d’intérêts : Résistance autour du mariage. Comment avoir une parole politique intéressante.

Les Lesbiennes dépassent les frontières. Paris.

Lesbiennesdepassentfrontieres@gmail.com

Le collectif existe depuis 2012, accueil et soutien des lesbiennes réfugiées pour être à leurs côtés dans la procédure de demande d’asile mais aussi pour partager ensemble nos cultures lesbiennes.

Une manifestation de soutien devrait être organisée au Tango à la rentrée comme cela a été fait l’an passé.

La CLF

Clf.inf@yahoo.fr

http://www.coordinationlesbienne.org

https://www.facebook.com/lebeos.prid

La CLF est l’émanation des organisations et individuelles qui la composent. Elle est animée par une équipe de coordination issue de CQFD Fierté Lesbienne.

Elle a organisé la Rencontre des organisations Lesbiennes en Euro Méditerranée (dans le cadre de l’euroLESBOpride (portée par le CEL de Marseille).

Depuis 2010, elle a repris les Rencontres lesbiennes annuelles.

Elle anime des groupes de travail transversaux :

  • contre la légalisation de la GPA (mères porteuses)
  • pour la mise en œuvre des droits propres
  • la chronologie lesbienne avec les archives
  • vieillir lesbienne - l’Internationale lesbienne.

Elle assure la relation avec le mouvement féministe au niveau national et avec les institutions.

Elle est très fière de l’euroLESBOpride 2013, mais en même temps regrette de n’avoir pu créer de relations personnelles avec les représentantes des associations présentes en raison du déluge de difficultés rencontrées suite au fiasco de la LGP (organisatrice de l’EUROPRIDE).

CQFD Fierté Lesbienne. Paris

Elle gère le fonds de soutien aux lesbiennes destiné à financer les actions en justice de lesbiennes victimes de lesbophobie ou d’apporter un soutien financier à des organisations lesbiennes dans le monde, ce qu’elle a fait récemment pour Sourire de Femmes au Sénégal.

Elle assure aussi un réceptacle au fonds de soutien des lesbiennes réfugiées géré par Les Lesbiennes Dépassent les Frontières.

Repaire de Jubilation. Romans

Ce groupe porte depuis longtemps le projet d’un lieu de vie lesbienne, non mixte, solidaire, transgénérationnel et réservant une place pérenne aux plus âgées.

La Barbe. Paris

Mais aussi dans d’autres villes et même en Australie et Amérique Latine. Il s’agit de repérer les événements par exemple colloques où les femmes ne sont pas représentées, des militantes montent sur l’estrade avec des barbes pour féliciter sur un ton emphatique les hommes présents.

19H : Apéro offert par le CEL et concert improvisé par Martine Scozzesi

Martine Scozzesi, pour entendre ce qu’elle chante : https://myspace.com/martinescozzesi


22H : Projection

"12minutes : vidéo Marche de nuit Marseille Eurolesbopride 2013

Réalisation Tabet Carima

Image Julie Garcia"

2° journée : samedi 10 Mai 2014

8H : Activités de plein air

Rando avec Rosa

Qi Gong avec Marylou

Yoga avec Florence

atelier clown avec Rustine


10H30 : 12H 30 : Solidarité Lesbienne - animée par Les Lesbiennes Dépassent les Frontières

Faïna (Lesbiennes Dépassent les Frontières) : Paroles de bienvenue aux femmes présentes à l’atelier…

Faïna (Lesbiennes Dépassent les Frontières) propose de ne pas détailler les diverses procédures, car ce sujet avait déjà été abordé lors de précédentes rencontres, elle demande aux femmes présentes de poser les questions qui les interpellent, afin de démarrer l’échange.

Explications sur l’OFPRA et l’importance de donner la parole aux femmes. Les associations qui se sont retrouvées avec des femmes lesbiennes, en situation irrégulière et qui ont été obligées de fuir leur pays à cause de leur homosexualité (Les Lesbiennes Dépassent les Frontières, Les Voix d’Elles, la Lune, le CEL,) insistent sur la nécessité de traiter chaque situation de façon très distincte et de ne pas mettre en doute la parole de ces femmes.
Chaque femme, chaque situation est différente. Et même si l’expérience peut servir parfois, chaque dossier doit être décortiqué minutieusement afin de donner à ces femmes le maximum de chances de réussir le long parcours qui les attend.

Irène (La Lune) parle de la souffrance, de la détresse de ces femmes quand elles arrivent à nous. L’importance de la solidarité pour qu’elles puissent vivre le quotidien, logement, vêtements, paperasseries administratives….

Faïna explique la peur de ces femmes. Elles ont été agressées, violées, persécutées à cause de leur homosexualité et il faut respecter leur choix quel qu’il soit… Elle nous détaille la différence entre les femmes réfugiées qui demandent l’asile en tant que lesbiennes persécutées, et celles, lesbiennes sans papier, qui cherchent d’autres solutions pour être régularisées en France, sans demander l’asile (une des raisons pour ne pas demander l’asile : l’impossibilité de retourner dans son pays d’origine après l’obtention du statut de réfugiée).

Sylvie (Les Voix d’Elles) rappelle le parcours depuis leur entrée sur le territoire français : Préfecture- OFPRA-CNDA. La Cour Nationale des Droits d’Asile est favorable dans 11% des cas. Le refus de l’OFPRA est de 91% des cas. Elle nous explique l’immense difficulté pour ces femmes qui étaient invisibles dans leur pays en tant que lesbiennes, pour ne pas risquer leur vie, de passer à une grande visibilité, obligées de présenter des preuves sur leur orientation sexuelle devant tous ces organismes (et souvent avec que des hommes en face d’elles !)

Marie Josèphe Devillers (CLF) Souligne l’importance des associations pour faire les dossiers, il y a plusieurs possibilités et toujours la possibilité d’ouvrir un autre recours : maladie, regroupement familial etc. et le fait que ces dossiers et les procédures prennent beaucoup de temps, par exemple l’ATA (aide de 300 euros / mois) met 6 mois à être mise en place, entre temps les femmes doivent se débrouiller.

Faïna : Bien expliquer aux femmes en quoi consiste la demande d’asile. Il faut leur expliquer qu’elles seront coupées de leur pays avec l’impossibilité d’y retourner.

Catherine (CLF) : Il faut bien expliquer aux femmes tout le processus, il faut du temps et beaucoup de courage pour tenir et faire confiance aux personnes chargées de leur dossier.

Suite à des questions sur l’ARDHIS :

Marie Josèphe : A Paris il y a 36 lesbiennes en attente d’avoir leurs papiers qui participent au collectif Les Lesbiennes dépassent les Frontières. Elles sont des femmes autonomes et se sentent bien plus à l’aise avec d’autres lesbiennes qui peuvent comprendre leur histoire, leur vécu et peuvent ainsi les aider à écrire leur récit de vie. Elle nous raconte les problèmes d’une femme qui avait été violée et les difficultés à se raconter face à un homme…

Faïna : nous parle des problèmes avec l’ARDHIS et sur l’hébergement (mixte en général). Les Lesbiennes Dépassent les Frontières ont fait le choix de la non-mixité.

Marisa : Problèmes de traduction entre ce qui est raconté par les femmes et les interprétations stéréotypées de l’interprète homme. Par exemple, une jeune femme qui avait fui son pays avec son amie plus âgée, pour l’interprète, ce ne pouvait être que « parce qu’elle avait de l’argent », la réalité : la femme plus âgée avait vendu sa maison pour pouvoir fuir avec son amie. Suite à cette « interprétation » de l’interprète, le dossier de la demandeuse d’asile a été rejeté par l’OFPRA…

Faïna : Problèmes avec les logements et les aides de l’état. Parfois les CADAS (centres d’accueil pour demandeurs d’asile) sont très loin des villes et les femmes restent isolées avec de grandes difficultés pour rencontrer les associations qui pourraient les soutenir. Problèmes particuliers avec les anglophones.

Sylvie (Les Voies d’Elles) : Nous parle du logement solidaire à Grenoble et de l’importance des lettres de soutien des associations (qui attestent de la participation de ces lesbiennes aux activités de l’association) dans les dossiers.

Catherine : Insiste sur l’importance des associations pour aider ces femmes qui arrivent en France car il y a des réseaux pas toujours très nets pour ces femmes (religieux, prostitution).

Question sur les cours de langues si elles arrivent en cours d’année, expériences sur la difficulté de donner des cours de français aux étrangères.
Une brochure est en préparation afin de donner les bonnes informations et les démarches à suivre pour aider les associations qui, tôt ou tard, seront confrontées à l’arrivée de ces femmes dans leur ville.

Téona : Nous témoigne de son vécu dès son arrivée en France. Georgienne, les problèmes avec la langue, difficultés de raconter son homosexualité devant les officiers de l’OFPRA.
Une femme lui donne un numéro de téléphone, c’était celui de Marie-Josèphe. A présent son statut de réfugiée en poche, un nouveau départ, son engagement militant, un travail où elle s’épanouit.

Mokhtaria nous raconte son arrivée à Marseille venant d’Algérie.
Refugiée chez un homme qui est devenu violent par la suite. Elle se demande comment prouver qu’elle est lesbienne, elle se pose sérieusement la question de demander ou non l’asile…

Anita (CEL) : Effectivement, Mokhtaria se demande comment prouver qu’elle est lesbienne, mais elle pense que son implication, son intégration et son bénévolat au CEL sont déjà des preuves. Il ne faut pas se fier à l’apparence vestimentaire, par exemple, pour la Nigériane qui nous a contactées, à cause de son look, certaines des copines doutaient qu’elle soit lesbienne.

Soda : Jeune femme sénégalaise nous raconte spontanément son parcours. Elle a fui son pays et sa famille sans rien dire, elle arrive à Paris chez une cousine qui lui était très proche mais ne lui a jamais raconté la vraie raison de sa fuite de son pays. Tout se passe bien jusqu’à ce que le père de la cousine téléphone à sa fille et en apprenant que Soda est chez elle, lui parle de l’homosexualité de sa nièce et des vrais motifs de sa fuite. Sa cousine la met immédiatement à la porte sans lui laisser le temps de s’expliquer. Elle se retrouve avec des grosses valises dans la rue et doit abandonner une grande partie de ses affaires. Elle passe par la CIMADE et l’ARDHIS. Elle remercie la solidarité entre femmes et maintenant elle ne veut plus nier son lesbianisme : elle est lesbienne et fière de l’être. Témoignage très émouvant.

Marie Josèphe : Nous précise, qu’autant à l’OFPRA qu’à la CNDA, les interprètes de langues maternelles de demandeurs/euses sont presque toujours des hommes et qu’ils se concertent avec les officiers de l’OFPRA sur les réponses !!!!

C’est fréquent que le fait que les lesbiennes demandeuses d’asile qui en plus sont mères, pose d’énormes difficultés pour la reconnaissance de leur homosexualité, cela les dessert ; les officiers de l’OFPRA ne sont que rarement sensibles aux contraintes à l’hétérosexualité (une lesbienne peut tout à fait se retrouver à être mariée de force, mais ce fait peut nuire à la crédibilité de son récit – l’officier de protection pourrait penser que la demandeuse d’asile n’est pas une lesbienne parce qu’elle a été mariée).

Faïna : Attire l’attention sur les fausses preuves de « lesbianisme » que les femmes utilisent parfois pour essayer d’être plus convaincantes. Cela ne leur rend pas service…Les juges utilisent des pièges et sont assez malins pour différencier le vrai du faux. Si les femmes ont la moindre crainte de ne pas être acceptées comme réfugiées, la manière de raconter leur vécu, leur histoire est toujours plus facile à défendre si elles disent la vérité sans être obligées d’en rajouter. De là l’intérêt des permanences de LDF à la Maison des Femmes de Paris.

Sylvie : souligne les problèmes avec les associations LGBT, propos sexistes pas très encourageants pour les femmes. Très souvent après l’obtention des papiers, celles-ci disparaissent du « réseau » LGBT.

Catherine : Nous fait part de ses craintes sur les attestations de soutien par les associations sur la participation des femmes dans le milieu LGBT, il est possible que ces attestations soient utilisées par des réseaux de prostitution, ou autres, pour que les femmes immigrées de façon clandestine puissent avoir des papiers et ainsi favoriser leur exploitation.

Faïna : Importance de faire sa déclaration d’impôts et autres papiers administratifs…bail, factures, etc.… pour ensuite justifier sa présence sur le territoire.

Irène : Accompagner les femmes dans leurs démarches administratives mais sans se substituer à elles. Il faut qu’elles deviennent autonomes et responsables de leurs actions.

14H : Lesbiennes antispécistes - L’on ne naît pas bête

Appel pour l’atelier :

Si vous avez toujours pensé que l’antispécisme était incompréhensible : "la construction sociale de l’inégalité des espèces"... mais que veulent-elles dire ?
D’un point de vue de lesbienne politique, il nous semble important de comprendre et agir contre toutes les dominations, qu’elles soient basées sur le sexe, la race, l’espèce ou autre.
Elles semblent provenir d’une matrice commune : la construction de catégories binaires hiérarchisées et naturalisées.
Cela vous intrigue, vous intéresse ? Venez en discuter avec nous.

"Les animaux du monde existent pour des raisons qui leur sont propres. Ils n’ont pas été faits pour les humains, pas plus que les noirs n’ont été faits pour les blancs ou ; les femmes pour les hommes". Alice Walker

Ivora commence en présentant notre groupe : Cécé, Henriet, Isabel, Ivora, Jo, Monik, Sylvie.

"Nous sommes des lesbiennes antispécistes qui étions poussées par l’envie de créer un groupe à l’intersection de nos luttes.

Certaines d’entre nous ont eu la chance de se retrouver aux "Estivales de la question animale" cet été.

Cette occasion nous a permis de concrétiser notre désir d’ouvrir le lesbianisme à l’antispécisme et de nous inscrire en tant que lesbiennes féministes dans le mouvement animaliste. Nous avons donc créé le groupe des lesbiennes antispécistes : lesbantispe@lists.riseup.net

Nous avons aussi alors constitué un groupe avec les féministes présentes : feministantispe@lists.riseup.net

Si nous sommes sept ici présentes, cet atelier est soutenu par la pensée et les luttes de nombreuses autres lesbiennes antispécistes.

Henriet va maintenant présenter notre atelier".

L’on ne naît pas bête [1]...

Pour toutes les générations de féministes libertaires que j’ai rencontrées, être antispéciste est une évidence qui n’a pas besoin d’être précisée, tout comme être antiraciste, être contre toutes les dominations.

En même temps, pour la plupart d’entre nous, lesbiennes politiques, lesbiennes féministes, rien n’a filtré, jusqu’au mot même dont la difficulté à le prononcer pour la première fois évoque l’entrée dans un univers de pensée inconnu.
Quand j’en parlais à Michèle Causse, le découvrant, elle s’exclama : "Mais, je suis antispéciste". Ivora revient d’une lecture de Monique Wittig à Nice ; l’évocation du titre de notre atelier a interpellé, enthousiasmé celles qui découvraient ici et maintenant l’antispécisme.

Nous connaissons l’invisibilisation de nos luttes, de nos écrits, de nos existences. Y aurait-il toujours plus invisible que... ?

Depuis de nombreuses années, beaucoup de féministes se sont engagées dans ce mouvement. Mais très peu en francophonie. Les traductions sont longues à venir. Une féministe Carol J. Adams a écrit en 1990 "the Sexual Politics of Meat" ; elle n’a toujours pas été traduite. Qui d’entre nous connaît Frances Power Cobbe, militante des droits des femmes et des animaux née en 1822. Marti Kheel créatrice de "féministes pour le droit des animaux" née en 1948 ; et tant d’autres contemporaines ?

C’est pourquoi j’ai voulu lancer cette formule "l’on ne naît pas bête" comme une bombe, comme ces bombes lancées par Beauvoir, Wittig qui ont permis de disperser de la pensée aux quatre coins de l’impensé.

Cependant, avant d’aller plus avant dans cette présentation, je tiens à situer notre réflexion sur le plan chronologique, en insistant sur l’importance du substrat conceptuel, de ce qui s’offre ou pas pour penser, déconstruire ce qui nous empêche d’avancer.

J’étais étudiante en psychologie quand on m’enseigna les expériences de Harlow qui se présentaient comme des recherches sur l’amour. Pour cela, on séparait des nouveaux-nés de leurs génitrices et les isolait pour étudier la force du lien affectif.

Il m’en reste la trace indélébile du désespoir de ces enfants. Si vous ne connaissez pas Harlow, vous devez vous demander : comment a-t-on pu isoler des nouveaux-nés et les conduire au marasme ? Rassurons-nous, ce n’était pas des nouveaux-nés humains mais des singes rhésus.

A cette époque, je n’ai pu exprimer politiquement l’illégitimité d’une telle recherche. Ma révolte contre ce que l’on faisait subir à ces êtres "in-signifiants" n’a pu s’exprimer que dans l’antipsychiatrie, pour d’autres insignifiants, ceux que l’on déclare insensés. J’étais, sans le savoir, proche de Louise Michel, qui a écrit : "Au fond de ma révolte, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes ».

En 2002, à la rencontre de la CLF à Autrans, nous avons diffusé ce texte que Cécé va lire (annexe en fin de texte).

A cette époque, j’étais antispéciste depuis déjà dix ans. Cependant, nous n’avons pu faire que ce minimum centré sur l’alimentation. Le climat était tel que même le duo que nous avions imaginé, sur des textes et mise en scène antispécistes, n’a pu voir le jour..

Aujourd’hui quelque chose aurait-il changé ? Pourquoi me sentirais-je maintenant une légitimité pour affirmer "l’on ne naît pas bête". L’on ne naît pas bête, mais on peut le devenir.

Quel rapport, pourrez-vous penser, tout cela avec notre lesbianisme, notre féminisme ?

En effet, la plupart de nos maîtresses à penser ne nous ont pas appris à ’inscrire la domination sur une autre espèce que la nôtre dans notre champ de réflexion, puisque leurs spéculations s’arrêtaient là-même où nous aurions eu besoin qu’elles se poursuivent. Qu’est-ce donc qui nous a aidées à dégager le frein puissant qu’était le manque de légitimité ?

Nous ne sommes plus seules à dire que le moment est venu.

Monik a découvert récemment une intervention d’Angela Davis qu’elle va lire (annexe fin de texte).

D’autres féministes racisées, telle Breeze Harper, font le lien entre sexage, esclavage et traitement des "animots" que je pourrais nommer "bestiage".

Le moment est venu peut-être aussi en raison d’une crise des rationalités dominantes. Tout le vivant est marchandisé.

La production de chair doit être maximalisée, par l’insémination, l’eugénisme, l’inoculation, l’implantation d’embryons, la stimulation ovarienne, la création de nouveaux "modèles" d’êtres plus performants, etc... Cela n’évoque-t-el pas pour nous féministes d’autres pratiques, d’autres corps devenus l’enjeu des stratégies politiques, des corps toujours perfectibles soumis à des normes de santé, sexualité, beauté, longévité ; des corps qui devraient être intégralement disponibles au service du biopouvoir et de sa gestion du vivant et de la mort, des corps dont les capacités physiologiques deviendraient insuffisantes face aux injonctions de la biotechnologie.

Les éleveurs sont devenus des mécaniciens spécialistes de machines, machines vivantes, avec pour tâche de les "faire fonctionner au maximum de leur potentiel biologique". N’oublions pas que ces machines à produire sont le plus souvent des "femelles".

Le vivant est matière première, "minerai", nécessaire mais cependant gênant. Car devoir respecter quelques critères de ce que je n’oserais appeler le bien-être, liés au fait que la machine est -encore-vivante, restreint le profit.
La machine fonctionnerait paradoxalement mieux si l’objectivation était totale, irréversible, que le statut de vivant ne lui soit plus opposable.

Tout comme dans la logique du capitalisme néolibéral, il faudrait éliminer les excédents, les déchets, ce et celles qui ne sont pas exploitables : les pauvres, les vieilles, les "impropres", les chômeuses longue durée ,... qui forment une humanité excédentaire, les rebuts du monde.

Pour toutes ces raisons, le moment est venu. Nous ne pouvons plus nous taire. Il nous faut franchir la ligne de démarcation. Il en va de notre courage politique.

Ce lien entre notre engagement lesbiano-féministe et antispéciste, nous avons envie de vous le proposer, à vous qui savez que dans l’assignation à être une femme, une bête, une handicapée, une racisée, s’énonce le diktat d’être une non-homme, une non-humaine, une non-blanche, une non-valide, bref, une dominée.

Elsa Dorlin dit : "… les dominants produisent le monde le mieux adapté à leur domination grâce à la stigmatisation de catégories altérisées".

Dans la longue histoire des dominations, la catégorie "animale" est une des premières frontières créée pour altériser.

Derrida pourrait ajouter "pour parquer un grand nombre de vivants sous ce seul concept, parquer dans ce grand territoire de la bête ».

(Je ne peux m’empêcher d’associer la phrase de Virginie Despentes : "l’hétérosexualité est aussi naturelle que l’enclos dans lequel on parque les vaches").

L’animalisation, animalisation des humains tout autant que réification des "animots", est utilisée pour stigmatiser l’infériorité, pour rendre l’Autre exploitable, corvéable, consommable, .et l’exclure des droits que le référent-dominant s’octroie.

Ce qui fait dire à une féministe, Laetitia, dont je ne connais que le prénom (ce devait être l’époque où l’on gommait le nom du père !) :"Tant que les hommes auront droit de vie et de mort sur les animaux, les femmes et autres dominé-e-s auront du souci à se faire".

Nous connaissons, nous en tant que catégorisées femmes, les mâchoires du piège de la naturalisation, les mauvais traitements réservés à l’altérité in/signifiante, déshistoricisée, soumise aux injonctions de l’instinct.

Le moment est venu pour qu’un champ de réflexion politique s’ouvre à celles pour qui le lesbianisme a été, est ou pourrait ne pas se contenter d’être un moyen de s’extraire de la catégorie dominée femme, mais comprendre, prendre en compte et rendre compte de toutes les dominations.

Nous importe de ne pas être les vecteurs d’une domination que l’on ne verrait plus dès lors que nous en serions les actrices, les bénéficiaires, tout comme nous a importé de questionner notre racisme intégré.

Ce que nous vous disons aujourd’hui ne sont que les prémisses, les balbutiements d’une pensée qui cherche à jaillir, comme le féminisme, le lesbianisme qui n’ont pu surgir du volcan que grâce à la longue histoire des luttes, grâce à celles qui osèrent se lever pour prendre la parole.

Et cette parole, maintenant, je la donne à Isabel, qui va nous faire découvrir les "grandes" directions de ce chantier.

« On m’a souvent accusée de plus de sollicitude pour les bêtes que pour les gens : pourquoi s’attendrir sur les brutes quand les êtres raisonnables sont malheureux ? C’est que tout va ensemble, depuis l’oiseau dont on écrasera la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre (…). Et le cœur de la bête est comme le cœur humain, son cerveau est comme le cerveau humain, susceptible de sentir et de comprendre. »
Louise Michel, Mémoires

L’antispécisme se situe dans la continuité logique intellectuelle et politique des mouvements de libération qui ont fait « tomber », en partie, les justifications des discriminations intra-humaines. Cependant leur racine n’a pas été arrachée. En effet, la mise en question des discriminations envers des « Autres différents » se situe au même niveau que le discours de la discrimination lui-même, celui qui crée ces « Autres différents ».

Les antispécistes ont donné une définition qui exprime avec concision ces questions :

« Le spécisme est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certains au bénéfice d’autres, de son propre groupe identitaire, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier » [2].
Nous remarquons que cette définition essaye de cerner le moteur de toutes les discriminations et qu’elle hérite probablement des recherches féministes, ainsi que des travaux sur le racisme, notamment aux États Unis, dont le féminisme a lui-même hérité.

En effet ce sont les « différences imaginaires » qui évoquent la construction des « Autres ». Celle-ci est longuement analysée par les féministes qui sont même allées beaucoup plus loin en questionnant les différences dites réelles, elles-mêmes, comme toujours, déjà vues par le prisme culturel et participant également à la construction des « autres ». Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différences réelles mais elles sont plus généralement individuelles et, en ce qui concerne les animaux, extrêmement diverses (cela ferait l’objet d’un autre travail).

Pourtant si le mouvement antispéciste n’a pas poursuivi beaucoup plus loin dans cette filiation (ce que nous nous proposons de faire), les analyses féministes en langue française se sont arrêtées, tues, devant la question de la construction de l’animal, qui reste un impensé. Il y a en revanche énormément d’écrits anglo-saxons non traduits.

Aussi ce travail se présente comme le départ d’un chantier, et le lancement de pistes de recherche.

Nous proposons donc de reprendre ces analyses comme un fil conducteur pour penser la condition faite aux « animaux », plus précisément sous l’angle de la domination du groupe des animaux par le groupe des « humains ».

Et peut-être d’extraire la racine des dominations…

Les nombreux mots entre guillemets le sont pour marquer que ce sont ceux d’un discours dominant que l’on dénonce, les nôtres aussi parfois par habitude, par défaut, mais non par choix.

Toutes ces analyses s’appliquent à d’autres constructions telles que « race », « classe ».

Il nous paraît important que les lesbiennes s’emparent d’un sujet incontournable, déjà investi et parfois de manière problématique par des dominants eux-mêmes.

« On ne naît pas bête… » On devine la suite… 

S’il n’existe pas naturellement une catégorie « femme » au service des hommes et dont chaque individue spécimen serait née, programmée pour être épouse, mère, domestique et faire valoir des hommes, avec des « qualités spécifiques » qui iraient avec, existe-t-il une catégorie « animal » « naturellement » au service des humains ? Dont les individus seraient programmés pour être compagnons, faire-valoir de l’humain, esclaves, objets de consommation, d’expérimentation, de distraction, de par des « qualités naturelles » ?

Les animaux, humains compris, présentent de nombreuses, voire infinies différences entre eux. Cependant nous avons admis ou fait à peu près admettre grâce à des luttes que le fait d’avoir un utérus, une certaine couleur de peau, ne peut justifier des inégalités de traitement ayant un quelconque rapport avec ces particularités.

En quoi la marche à quatre pattes, la pilosité, un langage non articulé, pourraient-il justifier d’être capturé, attaché, enfermé, exploité, tué, mangé ?
C’est que pour se faire, ces différences sont essentialisées comme pour les autres catégories, c’est-à-dire transformées en autant de signes d’une différence radicale, d’une altérité qui justifie un traitement différent et mauvais.

En effet, les couples d’opposition « homme/femme » et « humain/animal » sont construits à la manière des catégories « dichotomiques et exhaustives » dont nous parle C. Delphy [3], catégories immédiatement hiérarchisées ou même, dit-elle, hiérarchisées « juste un peu avant ».

« Dichotomique » est un mot plus précis que « binaire », en évoquant une coupure en deux (une action de couper ?), une séparation étanche. « Exhaustive » signifie que tous les individus d’une classe sont différents de tous les individus de l’autre classe. En gros : « tous les hommes viennent de Mars, toutes les femmes de Vénus », et quand on parle des animaux, de qui parle-t-on ? Des escargots, des girafes, des méduses, des abeilles, du protozoaire, de l’éléphant ? En tous cas de tout ce qui n’est pas humain, ce qui ne dit rien de ce qu’ils sont...

Tous les individus des classes « femme » ou « animal » auraient donc une « essence » homogène. Ils ne seraient plus vraiment des individus particuliers, mais des spécimens de leur classe et surtout inférieurs à ceux de la classe opposée.

C’est pourquoi dans l’idéologie dominante : 

Les « femmes » naissant avec la capacité d’enfanter, elles devraient donc le faire, c’est leur nature, leur essence. Leur véritable nature s’accomplit dans la maternité. Elles sont « faites pour ça ».

Elles sont toutes entières définies par cette seule caractéristique : « tota mulier in utero ». Et cette capacité, même si elle n’en n’a pas fait usage ou si elle ne fonctionne pas, la lie à des qualités particulières : proche de la vie, de la nature, intuition, sensibilité.

Le fait que les organes sexuels mâles et femelles permettent la procréation a été interprété comme un commandement de la « Nature » ou de « Dieu » exigeant qu’ils ne servent QU’À cela et non pas au plaisir dans lequel se jettent tous ces « pervers » comme des « bêtes » (la nature c’est bien mais ce que font les bêtes, c’est pas bien.)

« L’anus c’est pour les étrons » a-t-on entendu aussi dans les « manifs pour tous ».

Estiva Reus [4] ajoute qu’utiliser sa bouche pour souffler dans une trompette par contre ne pose pas de problème. C’est bien parce que ce sont les fonctions dites « animales » et dévalorisées qui sont visées.

De même si des animaux « femelles » naissent avec la capacité de faire des petits et du lait, cela voudrait dire qu’elles sont « faites pour cela », qu’on peut les inséminer régulièrement pour cela (ah tiens ! Là, pour le coup, la « Nature », on s’en fout, la technique c’est bien aussi) que c’est une fonction qui est bonne pour elles.

Par contre si on peut leur en retirer les produits c’est pourquoi, pour quelle raison naturelle ? (Parce que beaucoup d’animaux ne s’attacheraient pas à leurs petits ? Ce qui n’est justement pas le cas des vaches. L’instinct maternel serait alors paradoxalement plutôt humain, ah ! Non ! « Féminin » ! Vous m’avez fait peur ! Le féminin c’est de l’humain mais plutôt un peu côté « nature » voyez…
« Les humains » peuvent (capacité, possibilité) être prédateurs, donc ils peuvent (permission, devoir, justification) l’être puisque la « Nature » le prévoit.

« Les animaux » se mangent entre eux, donc on peut les manger (on mange d’ailleurs essentiellement des herbivores...)

Les taureaux deviennent massifs et puissants, donc ils sont faits pour le travail de force [5]. Ils sont faits aussi pour le combat, c’est leur nature (mais pour nous divertir ?) [6]

Ce ne sont pas des catégories descriptives puisqu’elles viseraient une « essence » qui n’existe pas, un classement hiérarchique et une fonction qui n’existent pas non plus dans la « nature », mais elles sont présentées comme telles. Ce serait la « Nature » qui classerait et hiérarchiserait, donc on n’y pourrait rien. En plus ce qui est « naturel », chacune le sait, est également « bien » (donc c’est ce qui doit ou devrait être), normal, a toujours été, « c’est comme ça ! ». Ce discours opère un glissement entre ce qui est (ou serait soi-disant) et ce qui doit ou devrait être [7]. Pour tirer une conclusion morale d’un fait il faut un élément médiateur.

« Femme » et « animal » sont en fait des catégories opératoires qui, étant des catégories d’« Autres » rabaissés, opèrent une « distinction » (aux deux sens de différenciation et valorisation) des « Uns » qui n’ont pas eux, besoin d’être nommés puisque ce sont eux qui norment et qui nomment, les humains et les hommes (plutôt blancs, occidentaux et en pleine possession de moyens matériels, physiques et mentaux). L’idéologie de la Nature s’appuie sur une pseudo-science en faisant percevoir des méthodes de rangement en fonction d’un but comme un travail de découverte d’un ordre préexistant : la soi-disant « Nature » comme totalité ordonnée « harmonieuse et équilibrée » vers une finalité bonne et dans laquelle les individus (surtout les « Autres ») sont rivé-e-s à une fonction.

Chacune des qualités des « Uns » est mise en relief par son absence chez les « Autres » : « femme » ou « animal ». L’enjeu est cette définition/distinction d’un sujet supérieur. Il projette et rejette sur l’ « Autre » ce qu’il qualifie de moins important, moins bien, voir « sale » sur un autre qu’il construit ainsi et ad hoc.

« Il », le sujet du discours, n’est pas une mauviette, une femmelette, une brute ou une bête (qui sont équivalents). Non, « Il » est courageux (« a des couilles »), raisonnable et civilisé, vous l’aurez toutes remarqué. La « distinction » masculine tient dans ce que « la femme » n’a pas : phallus, elle n’a « rien entre les jambes », c’est un « mâle manqué » (Aristote) …
L’identité, la « distinction » humaine est construite par rabaissement de l’animal qui n’a pas de raison, pas de langage, pas de liberté, pas de sens de la justice, voire même pas de sensibilité. Il n’a pas de visage, il est « pauvre en monde » ne fait pas d’expérience de la mort (Heidegger).

Pour cela il faut quand même toute une armada de moyens : se fermer à leurs manifestations les mettant à distance maximum. [8]

Ou

en déguisant les similitudes : l’intelligence des femmes devient alors intuition, leur raison est supplantée par la raison pratique (Kant, Rousseau), leur sensibilité est sensiblerie, leur art, un art mineur, leur littérature, une « littérature féminine »… De même, l’intelligence des animaux devient instinct, leurs actes (semblables aux nôtres) des ré-actions uniquement mécaniques, leur conscience « non réflexive », les signes qu’ils envoient deviennent des « signaux » (lien mécanique au signifié, sans représentation symbolique).
A chaque fois qu’un propre de l’homme est remis en question, les différences se raffinent : « oui, ils utilisent des outils mais pas complexes »… A chaque propre de l’homme, un « sale » de l’animal…

Dans ce modèle, « hommes » et « femmes », « humains » et « animaux » appartiennent à deux ordres hétérogènes indissociables. Le sexe et l’espèce sont en fait des marqueurs de division hiérarchique.

Or, si ces différences radicales étaient naturelles, il n’y aurait pas besoin de ces constructions renforcées. Mais c’est d’abord le semblable qu’il faut rejeter pour mettre à distance la possibilité d’identification qui ferait exploser la frontière entre nos intérêts et les leurs.

Ce n’est donc pas, nous dit Delphy, qu’il y a d’abord un « Autre » radicalement différent, étrange, effrayant, ou même adorable ou…mignon (qualificatifs pour les femmes et les animaux) que de ce fait on rejetterait ou classerait dans une catégorie particulière différente et inférieure, mais c’est au contraire le rejet, la classification, qui crée la différence, ou plutôt l’altérité, différence qualitative, essentielle, de nature.

En effet, La conscience de notre parenté avec beaucoup d’ « animaux non-humains » [9] semble première :

Il « ne leur manque que la parole » veut bien dire que tout le reste est commun aux humains et aux animaux et que l’on s’en apercevrait s’il pouvait communiquer sur le même mode que nous. L’obstacle est physique, et l’on ne sait donc pas vraiment dans quelle mesure il est mental.

On se donne beaucoup de mal pour montrer des animaux d’élevage heureux, dans les livres pour enfants, la publicité, ce qui leur reconnaît la capacité de jouir de la vie et que c’est plutôt bien.

Ils sont suffisamment proches de nous pour tester tous les produits que nous utilisons, jusqu’aux psychotropes, alors ont-ils une vie psychique autre que la nôtre ?

Mais ils ne sont pourtant pas assez proches pour avoir notre considération morale et politique, n’est-ce pas paradoxal ?

Estiva Reus remarque : « Darwin a appliqué les mêmes outils à l’analyse de la vie sensible, affective, intellectuelle et sociale des animaux non humains et humains, et il a fait apparaître la continuité entre les deux » [10].

Les connaissances éthologiques et physiologiques modernes confortent les conclusions de Darwin constatant que les « animaux » ont « conscience du plaisir et de la douleur, connaissent la peur, la défiance, la timidité, la colère, l’amour, la jalousie, le désir d’approbation, l’ennui, l’étonnement, la curiosité, le sentiment de la beauté, font preuve d’attention, d’imitation, de mémoire, d’imagination, d’apprentissage, de raison, de coopération, de communications d’informations, d’expressions d’émotions, de capacités à former des concepts généraux ».

(Note : Toutes ces connaissances ne sont pas nécessaires à une position antispéciste, même si les animaux, ou des animaux n’avaient ou n’ont pas cette proximité avec nous, même si le spécisme n’avait rien à voir avec le sexisme. Le seul fait que la façon dont se passe leur vie leur importe, suffit).

Mais un discours idéologique n’a que faire de la réalité puisqu’il peut en construire une pour servir ses intérêts.

Un cas exemplaire :

Qui n’a pas grandi en ayant en tête que le taureau est un animal agressif (sous-entendu tous les taureaux, toujours et dans toutes circonstances, c’est-à-dire par « essence » ou « nature ») ? En fait, ce que les humains ont appelé « taureau de combat » est une pure construction, réalisable que sous certaines conditions « culturelles ».

La tauromachie est apparue en situation relationnelle de domination : dans les abattoirs, pas dans la nature. Pour construire cet « animal », des humains (des hommes) ont opéré des sélections de bêtes, mères et petits, selon leur caractère plus affirmé, tous les autres étant alors plus vite dirigés vers l’abattoir (comme dans toutes constructions de « races ». Ce « racisme » imprègne en totalité les relations que les humains ont avec les animaux [11]).

Ce ne fut pas une grande réussite, les animaux sélectionnés ayant encore des caractères individuels, pouvant être des taureaux dits « fuyants » et même « lâches » (ce modèle viriliste serait-il naturel ?) S’il faut parler de nature, alors il faut dire que les taureaux ne tuent pas car ils sont herbivores.
Alors, les taureaux sont mis dans des conditions dans lesquelles leur seule issue devient le combat. Jusqu’à ce qu’ils ne puissent faire autrement.
Fadgen [12] est le nom d’un taureau dit « de combat » qui dans une autre histoire individuelle, un autre type de relation avec les humains est devenu un individu calme et sociable. Non seulement son agressivité était provoquée mais en plus, n’était absolument pas définitive, contrairement à ce que veut la construction de l’« animal » qui agirait par un instinct commun à tous les individus d’une « espèce » et censé ne pas évoluer dans une histoire.

Et en effet il faut bien tout cela car la tâche est d’autant plus rude que les « Autres » sont rétifs à rester dans une « nature » qui devrait pourtant être immuable :

Des femmes ont toujours écrit, peint, créé… Leurs œuvres ont alors été ignorées, cachées, mises dans un type particulier ou confisquées pour pouvoir dire ensuite : « voyez ! Les femmes ne sont pas faites pour ces choses-là ». [13]

De même, des animaux utilisent des outils, possèdent au moins la raison qui permet de relier des idées entre elles en vue d’une action. Ils ont des comportements sociaux et des langages élaborés, des comportements moraux, une sexualité extrêmement diversifiée.

Mais les documentaires, livres d’enfants montrent essentiellement leurs comportements prédateurs, leur « brutalité » (qui n’équivaut en fait qu’à un faible pourcentage par rapport à leurs comportements de coopération [14]), la domination des mâles, leurs fornications hétéro-reproductives… ainsi peut être dit ensuite : « vous voyez bien ! Les animaux sont bien comme on vous dit qu’ils sont ».

Ce raisonnement circulaire est encore renforcé par une circularité matérielle. L’altérisation, et son intériorisation mentale, ainsi que les conditions matérielles et sociales qui sont faites aux « Autres » ont des effets sur eux, les altèrent réellement. Cette altération (Delphy, idem) permet de confirmer en retour leur altérité.

Les « femmes » sont moins nombreuses à être créatrices, intellectuelles à cause des conditions mentales, sociales et matérielles qu’implique l’altérisation. [15]

Elles s’orientent souvent plus mal que les hommes dans l’espace mais c’est parce qu’elles sont confinées dans des espaces réduits. Elles sont plus petites et moins fortes que les hommes, parce qu’elles sont moins nourries et ont moins de possibilités d’activités physiques.

les « « femmes », les personnes racisées, les homosexuel-les ont des tendances paranoïaques…Ils-elles croient qu’on les persécute…ces peureux !
les homos sont « immatures » (rapports amoureux décalés dans le temps parfois, et pour cause !) les lesbiennes sont « sauvages », asociales, radicales…
les « malades mentaux » tournent en rond, ont des comportements stéréotypés. Ils sont donc vraiment malades…

De même :

les animaux des zoos tournent en rond, ont des comportements stéréotypés,

les mêmes que les humains privés de liberté (balancements etc.) … de vrais fauves…

les taureaux deviennent réellement agressifs,

les cochons deviennent sales,

les moutons restent dans le troupeau,

les chiens deviennent serviles et « bêtes »,

les rats de laboratoire font ce que l’on attend d’eux [16].

La continuité biologique animale (donc humains compris) a pourtant été plutôt généralement reconnue au moins intuitivement dans l’histoire des idées, bien avant Darwin. Dès l’antiquité où l’« homme » est d’abord vu comme un animal, puis avec quelque chose en plus (pour Aristote, l’homme est un animal politique, social). C’est justement à partir de cette parenté première, la continuité biologique, que les philosophes de l’Antiquité ont inventé simultanément « l’humain métaphysique » c’est à dire ayant une particularité au-dessus du physique : l’âme, l’esprit, la pensée, distinction pratiquement essentielle d’un degré tellement important qu’elle est égale à un saut qualitatif.

C’est à partir de la pensée dualiste (nature/culture, corps/esprit) que sont définis des « êtres de nature » (« femmes » « noirs », « animaux ») et des « êtres de culture », les mêmes qu’indiqués plus haut.

Ainsi cette pensée a conduit à mépriser et rejeter tout ce qui vient du corps, des fonctions organiques, de la sexualité ce qui a été projeté sur l’animalité et les animaux comme étant « sales » et sur les femmes, l’odorat est dévalorisé, les odeurs du corps sont de mauvaises odeurs. Les animaux sont sales et bestiaux. « Brute » signifie animal.

Pensée dualiste, renforcée de religieux (âme/corps) qui verra son apothéose avec Descartes et qui influence encore grandement nos classifications et notamment celle Humain/Animal malgré la quantité de découvertes infirmant cette dichotomie.

Malebranche, philosophe disciple de Descartes donnait des coups de pieds dans le ventre de sa chienne enceinte et déclarait que ses réactions étaient du type même de celles d’une horloge programmée pour sonner à tel signal. Ce qui a permis de justifier également la vivisection. Réduire l’animal à une chose, à une simple machine, altérité suprême par rapport au vivant animé, permet de tout lui faire en étant délivré « du soupçon de crime » [17]. Ce moyen est bien connu : Aristote disait des esclaves qu’ils étaient des « instruments animés ». On peut lyncher des noirs (origine du mot pique-nique, fête associée au lynchage : « pick a nigger ») on peut « casser du pédé », avoir une envie de « chair fraiche »…

Pour le regard masculin la femme EST un corps, un sexe, elle est vue et montrée (dans la publicité entre autres) comme corps sexué morcelé. On dit d’une « femme » qu’elle est « appétissante, à croquer, qu’elle va passer à la casserole… »

Les femmes ont une place à part dans l’idéologie de l’humain métaphysique (en fait elles n’en font pas vraiment partie historiquement au moins) [18], proches de la nature, de l’animal, les produits de leurs corps sont sales, eux aussi.
Pour le regard humain l’animal EST un corps carné présenté morcelé : on mange de la viande, du bœuf et non pas une certaine vache, et aussi du mouton, de la friture, du « filet mignon », une côtelette, du museau, tête de veau, pieds de cochons, de la cervelle, des cuisses de grenouilles…

Les femmes et les animaux sont également objets de « concours de beauté » (les « miss », le salon de l’agriculture…)

Carol Adams fait observer que dans ces représentations, les individus « femmes » et « animaux » sont des « référents absents » [19]. Il est nécessaire qu’elles et ils soient absents en tant qu’individu-e-s pour être traité-e-s comme des choses.

Et pour que des « Autres » puissent être des choses, il faut les traiter comme des choses. Ainsi violer une femme est une façon de dire « tu es une chose dont je peux user » [20], c’est une étape du meurtre, chosification finale. Manger la viande, devenue synonyme de « chair animale » est une façon non dite, voire non consciente mais bien agie, de considérer l’individu animal comme de la matière.

Les choses peuvent être appropriées. Les res nullius, choses sans propriétaire, sont appropriables par tous. Une femme non mariée (« mademoiselle ») est objet de concours pour tous les hommes qui sont tous susceptibles de l’« acquérir ». Un animal sauvage en période de chasse et non protégé en tant qu’espèce est la proie de tous les chasseurs.

La métaphore de la chasse est largement employée pour la drague. On part en chasse, les femmes sont des « proies ». Dans les deux cas, l’important est que les rôles ne soient pas réversibles, car c’est l’asymétrie qui en fait le « charme ».
Ce que nous dit Colette Guillaumin [21] des femmes, appropriées en tant que classe et appropriables individuellement par la classe des hommes est vrai pour les animaux appropriés par tous les humains et (sauf mesures spéciales uniquement écologiques, pour les humains), appropriables individuellement par eux.

Car ce n’est pas seulement la force de travail des femmes qui est ou fut appropriée par les hommes mais la totalité de leur personne. Cela est encore bien plus flagrant en ce qui concerne les animaux. Dans le droit civil il n’existe que deux catégories : les « biens » et les « personnes ». Les animaux sont considérés en tant que « biens ». Les femmes jusqu’en 1965 étaient considérées comme la propriété de leurs maris.

Nous avons vu à peu près quelles fins poursuivent ces idéologies (mais ne peut-on pas dire cette idéologie ?). Des fins de valorisation identitaire et des fins matérielles et économiques. Et ces deux finalités sont indissociables et s’auto-renforcent : plus les « Autres » sont maltraités, exploités plus c’est le signe de leur infériorité traduite matériellement et inscrite symboliquement. Et plus ils sont « inférieurs » effectivement, et plus on estime avoir la légitimité de les exploiter. Et réciproquement, les « Uns » engrangent proportionnellement les plus-values symboliques et matérielles, sont très à l’aise dans leurs baskets et partout…Pour ce qui est de l’exploitation identitaire au sein du régime politique hétérosexuel, Ti Grace Atkinson parle de « cannibalisme métaphysique » [22].

L’animalisation première de l’animal lui-même pourrait être cette racine que nous cherchons. La matrice des dominations pourrait être la frontière Homme/Animal. Le démontrer nécessiterait un grand travail de recherche du type de celui d’Elsa Dorlin dans La matrice de la race, mais nous en avons une petite idée…

Cela a été observé maintes fois [23]. Le curseur de cette frontière se déplace au sein de l’« espèce humaine ». L’animalisation de l’humain se fait sur la base de l’animalisation de l’animal lui-même, c’est-à-dire une projection de l’animalité pensée comme part mauvaise, qui consiste en un rabaissement de l’animal que l’on refuse de connaître.

Animaliser c’est alors réifier, rendre disponible. L’animal est celui à l’égard duquel on n’est soumis à aucune obligation, dont on peut disposer librement en étant délivré du soupçon de crime, tuer un animal n’est pas mal, ni interdit en soi.

Chronologiquement cette frontière apparaît comme la dernière frontière à abattre, mais elle serait première sur un plan logique, celle à partir de laquelle sont déclinées les autres frontières de discrimination.

En conséquence il pourrait être intéressant de ne pas se contenter d’une stratégie extensionniste (étendre la communauté morale et politique aux animaux) mais d’en penser également une autre intentionniste, qui questionne le centre, celui qui s’est placé lui-même au centre, qui a tracé la frontière qu’il déplace au gré de ses intérêts : l’être de culture par excellence, l’étalon de mesure de l’humanité.

Les femmes historiquement n’ont pas fait partie de cette définition métaphysique de ce que toutes les philosophies occidentales nomment « l’homme ». Aujourd’hui, par leurs luttes, elles s’y sont imposées. Elles y sont tolérées si elles font leurs preuves par rapport aux caractères « masculins » valorisés. Elles doivent « avoir des couilles », « porter la culotte », maîtriser leur sensibilité, être rationnelles et compétentes bref, dominantes. (Tout en restant quand même comme « on » les aime : belles, douces et d’efficaces domestiques).

Mais voulons-nous vraiment être ou devenir des humaines ?

Ce qui pourrait passer pour un anthropocentrisme est plutôt selon le mot de Derrida un « carnophallogocentrisme » [24]. L’« homme », maître et propriétaire, s’est constitué à partir de la « carnivorité », du sacrifice d’animaux effectué en vertu du primat de la parole et de la raison (logos), primat établi par une société phallocratique.

L’homme n’est homme qu’en tant que supérieur à l’animal et à d’autres « humains » comme les femmes.

La violence et le meurtre de l’animal en soi et en-dehors de soi est un rite d’entrée ou d’appartenance à l’humanité, à une humanité définie par le « masculin » et qui est, a toujours été, autant excluante qu’incluante en ce qui concerne les considérations morales et politiques. Ce rite est en même temps un rite de passage à la virilité : quand on est un mec on dévore de gros steaks bien saignants. Les jeunes toreros s’entraînent à tuer des veaux [25].

L’enjeu de ce rite de passage est d’autant plus fort pour les hommes dont la virilité peut être mise en doute. La violence, le courage de mettre à distance sa sensibilité est alors normal et bien [26]. D’où la difficulté de faire reconnaître la violence contre les femmes et aussi contre les animaux (qui bénéficient d’exceptions liées à la tradition).

La domination est aussi système de concurrence, système clos qui tourne en rond, s’auto-renforce. Si on n’est pas dominant, on est dominé.

Les dominants doivent dominer pour ne pas être dégradés de leur « distinction », ils ont le sort des dominé-e-s tout le temps sous les yeux et savent ce qui les attend s’ils n’ont pas le comportement de leur camp. Les dominés peuvent hériter des insultes du groupe « au-dessous » en plus de celles de leur groupe. Ainsi siffler ou violer des filles, ridiculiser, violer les lesbiennes, ratonner les étrangers, les homos ainsi que les spectacles de meurtres d’animaux procurent l’assurance que l’on ne fait pas partie du groupe ainsi traité, mais partie du groupe dominant.

Nous n’avons vraiment pas envie d’être traitées comme sont traitées les bêtes. Il est donc nécessaire de s’assurer que les bêtes soient maltraitées car ainsi ce n’est pas nous.

Les dominé-e-s peuvent essayer de monter en grade en … dominant, tentation première parfois d’aspiration à l’égalité : dominer d’« Autres » pour essayer de « passer » dans l’autre groupe. On peut ainsi être homo, juif ou musulman et au front national.

Le spécisme peut être comme le sexisme instrumentalisé à des fins racistes.

D’où l’intérêt de comprendre et attaquer le mécanisme de domination partout. Si on l’alimente sur une catégorie, on l’alimente partout.

En tant que femmes lesbiennes nous sommes dans deux catégories d’« Autres », ET aussi dans des catégories d’« Uns » qu’il n’est pas habituellement nécessaire de nommer puisqu’ils sont la norme évidente.
Questionnons ces évidences de nos appartenances aux « Uns », identités de dominant-e-s des personnes racisées et des animaux « non humains ».
Alors, féminisme et animalisme, même combat ? Si le mécanisme de construction de la domination est le même, peut-on maintenir la validité d’un tel système pour une seule catégorie ? Et pourquoi le ferait-on ?


Annexe Angela Davis

A la 27e Conférence Empowering Women of Color (2012), Angela Davis a dit :
"En général je ne mentionne pas que je suis végétalienne, mais ceci a évolué. Je pense que c’est le bon moment pour en parler, car cela s’inscrit dans une perspective révolutionnaire - comment pouvons-nous non seulement découvrir des relations plus compassionnelles avec les êtres humains mais comment pouvons-nous développer des relations compassionnelles avec les autres créatures avec lesquelles nous partageons cette planète, et cela voudrait dire mettre en question tout le système capitalo-industriel de production alimentaire.".

La plupart des gens ne pensent pas au fait qu’ils mangent des animaux. Quand ils mangent un steak ou du poulet, la plupart ne pensent pas à l’horrible souffrance que ces animaux subissent pour simplement devenir des produits alimentaires à être consommés par des humains. …

Je crois que l’absence d’engagement critique avec les aliments que nous consommons démontre combien l’idée de produit est devenue notre façon principale de percevoir le monde (...) nous ne pensons pas aux relations que cet objet représente et qui étaient importantes pour la production de l’objet, que ce soit notre nourriture ou nos vêtements ou iPads ou toutes les matières (...) Cela serait vraiment révolutionnaire de développer l’habitude d’imaginer les relations humaines et non-humaines derrière tous les objets qui constituent notre environnement."

Et dans une vidéo sur le blog Vegans of Color, elle a déclaré :

"Je n’en parle pas souvent mais je vais le faire aujourd’hui parce que je crois que c’est vraiment important. Ce que nous mangeons masque tellement de cruauté. Qu’on puisse s’asseoir et manger un morceau de poulet sans songer aux conditions abominables de l’élevage industriel dans ce pays est signe des dangers du capitalisme, comment le capitalisme nous a colonisé les esprits. Qu’on ne regarde pas plus loin que la marchandise elle-même, qu’on refuse de comprendre les relations qui sous-tendent les biens qu’on utilise quotidiennement. Aussi, la nourriture c’est pareil."

Elle suggère de regarder le film Food, Inc. :
"Après, demande-toi à quoi ça ressemble de s’asseoir et manger cette nourriture qui est générée seulement pour le profit et qui crée tant de souffrance ? …
Je crois qu’il y a un lien entre - et je ne peux pas m’expliquer plus loin - notre façon de traiter les animaux et notre façon de traiter les gens en bas de la hiérarchie. Regardez comment les gens qui commettent de telles violences sur d’autres êtres humains ont souvent appris comment s’en amuser en infligeant des violences sur les animaux. Il y aurait beaucoup de façons d’en discuter."
 


Annexe Autrans 2002

A qui ai-je droit ?

Personne ne m’a demandé jusqu’à présent, quand j’annonce que je suis lesbienne : à qu(o)i j’ai droit. Est-ce que je peux coucher uniquement avec des femmes, avec des lesbiennes, des hétéro, des bi, des trans, etc…

Par contre quand j’annonce que je suis végétalienne, on me demande presque systématiquement "A qu(o)i j’ai droit ?"

A force, nous en sommes arrivées à nous interroger sur cette question et sur ce qu’elle pouvait véhiculer. Ce qui est souligné est-il le droit que l’on a de manger certains aliments ou le fait que manger ne serait pas un choix d’aliments mais une contrainte que l’on subirait et qui s’exercerait à notre encontre de même que la contrainte à l’hétérosexualité ?


A quoi ça (c)rime ?

Quand on est gouine on redéfinit, on étire de ses doigts, de ses ailes, de ses griffes, la maille de fer qui voudrait nous emprisonner. Ces chaînes que nous refusons comment accepter que d’autres les subissent ? Nous savons que personne ne veut l’exploitation, la torture, la souffrance ; alors une façon de les justifier, c’est d’établir un droit à la vie pour certain(e)s c’est-à-dire nous les humain(e)s, parce qu’elles(ils) sont plus ceci ou moins cela.

A ce qu’il nous semble, cela paraît fonctionner de la même façon que le racisme qui a utilisé la terreur et l’innommable au nom de la supériorité d’une race. De même, au nom de la supériorité de l’espèce humaine on fait subir la terreur aux animaux. Eh bien nous, nous n’acceptons pas, surtout qu’il est relativement facile de refuser cela en ne mangeant pas d’êtres qui pour arriver à notre assiette ont subi l’abominable.

Si "laissez-les vivre" nous contraint à vivre à n’importe quel prix, nous ne voulons pas vivre à n’importe quel prix. Nous ne voulons pas nous épanouir envers et contre tout et dans notre envie de vivre il y a le droit de ne pas être complice de la domination et de l’exploitation des autres, l’envie d’éviter la souffrance et de construire notre vie en ne subissant pas une norme qui nous impose une image de notre corps, de notre force, de notre santé, de notre sexe soumis à la loi d’un marché qui nous veut lobotomisées et serviles.

"Une femme sans homme c’est comme un poisson sans omnivore"

Au fil des coordinations, on a pu constater que des antispécistes(1) étaient parmi nous, à côté de nous -et cette année, nous avons toutes mangé végétalien. Certaines ont pu le vivre comme une frustration, d’autres comme une découverte. Pour nous c’était un plaisir de pouvoir manger toutes ensemble, sans être exclues, et pouvoir rester les yeux ouverts sur les assiettes qui nous entouraient.

Grâce à cette visibilité, certaines nous ont interrogées et l’envie de poursuivre cette réflexion avec d’autres a émergé.

Atelier lesbiennes antispécistes

Des Vegouines - Lesbiennes solidaires des animaux

16H : L’internationale lesbienne

L’internationale lesbienne, ce terme est né de l’imagination du CEL dans l’enthousiasme de l’euroLESBOpride. Depuis ce terme nous plaît bien et exprime notre volonté d’entrer en relation avec les organisations lesbiennes d’Europe et Méditerranée, et bien au-delà.

Cette préoccupation ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 2000, des lesbiennes hongroises avaient été invitées à participer à Paris à la Fierté Lesbienne organisée par CQFD Fierté Lesbienne tandis qu’une délégation partait marcher au côté des lesbiennes italiennes lors de l’Europride à Rome et, l’année suivante à Neuchâtel (Suisse) pour la marche des fiertés LGBT avec l’association genevoise LESTIME. Puis, en 2002 la CLF, par l’intermédiaire de l’association CQFD Fierté Lesbienne, s’est investie dans la création d’un Réseau Lesbien Européen pour mieux porter les revendications des lesbiennes au niveau des instances européennes et continuer à tisser des liens avec d’autres groupes.

Une première rencontre de ce réseau a eu lieu à Marseille les 28 et 29 mai 2005 dans le cadre de la réunion Européenne de la marche mondiale des femmes avec 80 participantes de France, Italie, Espagne et Catalogne. Du débat il était ressorti la volonté de faire vivre un réseau lesbien pour :

  • Échanger les informations.
  • Appuyer les initiatives lesbiennes locales : festivals de films (France, Italie), les semaines de réflexion lesbienne (Espagne-Allemagne) pour les visibiliser au-delà de leurs frontières.
  • Organiser les échanges des travaux sur les revendications.

Mais pour mettre en œuvre un tel projet, des difficultés avaient été soulignées :

  • les moyens financiers pour organiser les rencontres ;
  • la nécessité de se connaître au préalable pour agir ensemble ;
  • les différences d’expériences, d’analyse entre les groupes ;
  • les réalités sociales différentes entre les pays européens ;
  • des approches différentes de la mixité/non mixité.

Cette initiative, hélas, n’a pas eu de suite, faute d’énergie suffisante pour faire vivre un tel projet, mais aussi sur le constat qu’il faut se connaître au préalable pour agir ensemble.

Et nous voilà, semble-t-il, face à un projet analogue voire plus large d’Internationale lesbienne. Plus large parce que, grâce au soutien aux lesbiennes réfugiées, nous sommes davantage sensibles à la situation faite aux lesbiennes dans le monde et nous limiter à l’horizon européen et méditerranéen ne nous paraît plus suffisant.

Le succès de l’euroLESBOpride, en rassemblant 24 organisations lesbiennes en Europe et Méditerranée (avec le partenariat apprécié des LOCs) et en nous mettant en contact avec des organisations lesbiennes en Afrique, en Asie et Amérique du Sud nous donne un nouvel élan et constitue, de fait, l’acte constitutif de cette Internationale. On regrettera cependant que la situation de crise permanente où nous a plongées la défaillance de la LGP, organisatrice de l’Europride à Marseille, ne nous a pas laissé la latitude de nouer des liens proches avec les représentantes des organisations lesbiennes présentes.

Comment avancer maintenant ? Comment faire vivre ce projet sans s’épuiser ? Comment le réussir ?

Depuis l’euroLESBOpride, la CLF a poursuivi le contact avec ces organisations :

  1. le fichier des intervenantes a été transmis à chacune
  2. lors de notre invitation au Parlement européen à participer, en novembre 2013, au séminaire sur les droits des lesbiennes en Europe, nous avons insisté, et obtenu, que les organisations lesbiennes de type fédératif (telles Lesbenring en Allemagne et LOS en Suisse) soient aussi invitées à ce séminaire. A cette occasion, nous avons pu rencontrer des représentantes de Labrith en Hongrie, de Lesbenring en Allemagne et d’un réseau Russe des organisations LGBT.

Deux axes sont retenus au cours de cette rencontre pour poursuivre ce projet :

- Chaque organisation lesbienne d’ici, assure la relation avec une organisation lesbienne d’ailleurs :

  • La Lune Strasbourg correspond avec LLaci - Côte d’ivoire
  • CQFD Fierté Lesbienne correspond avec Sourire de Femmes - Sénégal
  • Le CEL correspond avec Lesbenring - Allemagne
  • Bagdam correspond avec Fuori Campo - Italie

- En 2015, nous participerons à un événement lesbien organisé ailleurs et inviterons nos homologues à y participer. Auparavant, nous devrons recenser ces événements.

17H 30 : Repaire de jubilation - Vieillir ensemble solidaires

Le projet Repaire de Jubilation ne peut se réduire à être un projet d’habitat groupé, qui n’aurait pour but que l’habitat collectif et pourrait se limiter à être un îlot de privilégiées.

Repaire est porteuse de valeurs de lesbiennes politiques et veut nous permettre de vivre dans une non-mixité politique revendiquée, surtout à des périodes de la vie où l’âge, ou d’autres raisons, peuvent nous fragiliser.

Mais aussi un lieu dont ne soient pas exclues celles qui n’ont pas de capitaux financiers. Le vote récent du statut de "coopérative d’habitat" nous offre maintenant la possibilité de sa réalisation sur le plan juridique.

D’autre part, si nous voulons offrir aux plus âgées la pérennité, pour qu’elles échappent au broy/âge institutionnel, ce lieu se veut aussi transgénérationnel.

Chacune aura un espace privé et le loisir de partager des espaces collectifs. Des possibilités de séjourner temporairement pourront se concevoir dans cet habitat écologique et bioclimatique. La localité sera déterminée en fonction des opportunités, sachant que la plupart souhaitent résider à proximité d’une ville, ensoleillée.

jubilaction@orange.fr

18H : Apéro concert à nouveau

Un apéro concert qui se transforme en bal champêtre !!


20H : Repas du soir

22H : la Fête

3° journée : Dimanche 10 Mai 2014


8H : Activités de plein air

Les mêmes que la veille.

10H30 : Les droits propres  :

une autre façon de penser nos droits sociaux

A l’origine, une insatisfaction quant à la revendication du mariage pour tous et toutes.

La question des droits propres s’est précisée pour nous à l’occasion du grand débat sur le « mariage pour toutes et tous ». Celui-ci était présenté partout comme une avancée vers l’égalité. Or il amène tout au plus une égalité entre couples hétéro et couples homosexuels, mais ne fait pas réellement avancer l’égalité entre individuEs c’est-à-dire entre personnes autonomes et responsables dans cette société.

En revanche la réflexion sur les droits propres offre des pistes concrètes en faveur de l’égalité réelle en nous obligeant à revisiter l’organisation sociale, fiscale, juridique de nos sociétés.

Un groupe de travail s’est constitué au sein de la CLF. Sa première action fut d’animer l’atelier « Famille » aux "Etats-Généraux des femmes" en décembre 2013, organisé par le CNDF (Collectif National pour les Droits des Femmes). Le thème des droits propres y fut largement débattu.

Les droits propres, petite explication rapide.

Le droit de vote est un droit propre par exemple, il nous est octroyé en tant qu’individuE. Le droit à la sécurité sociale est tantôt un droit propre, pour celle qui cotise, tantôt un droit dérivé pour sa compagne si elle lui est liée par l’un des contrats de conjugalité (Pacs, mariage, concubinage déclaré) et si bien sûr elle, ou il, ne cotise pas. Dans ce deuxième cas, le bénéfice de la couverture sociale est lié au statut conjugal et non à la personne. Il disparaît donc quand le couple se sépare officiellement. En matière sociale ou fiscale, un nombre important de droits sont des droits dérivés. Ils consacrent peut-être la solidarité entre les membres du couple, mais créent un lien de dépendance. De plus, ils introduisent une inégalité flagrante entre personnes en couple officialisé et personnes vivant de façon autonome. Inégalité et dépendance sont les handicaps de toutes les mesures qui conditionnent le bénéfice de la solidarité à un statut de couple. Egalité et autonomie, voilà les objectifs des recherches que nous conduisons.

Les droits propres : oui, ça existe quelque part dans le monde.

Le pays le plus avancé en matière de promotion des droits propres est le Danemark. L’homme et la femme y sont d’abord et avant tout perçu-e-s comme des individu-e-s appartenant à une collectivité. Leurs droits et leurs obligations sont identiques. Pour y parvenir, la société doit créer les conditions de leur accès à l’indépendance économique. Aussi prend-elle à sa charge la garde des jeunes enfants et le soin aux personnes âgées. A l’opposé le Royaume-Uni considère que l’homme est le gagne-pain de la famille, à ce titre, il est le titulaire des droits sociaux. Au lieu de décharger les familles de la garde des jeunes enfants ou des soins aux ascendants dépendants, on considère que ces fonctions incombent aux familles et donc essentiellement aux femmes, situation foncièrement inégalitaire. En France le système est à mi-chemin entre ces deux positions extrêmes.

Attention, dans la réflexion sur les droits propres au niveau européen s’affrontent deux écoles de pensée.

Les travaux d’harmonisation des régimes sociaux et fiscaux au niveau européen ont posé la question des droits propres comme fil conducteur des réformes à venir. Mais il est clair que deux tendances radicalement opposées s’affrontent :

Les tenantEs d’une société solidaire mettent en avant le système danois comme un modèle à généraliser. Mais un tel modèle ne peut être mis en œuvre que graduellement afin que les titulaires de droits dérivés ne basculent pas dans la précarité à l’occasion de la transition entre les deux systèmes. Il suppose en préalable que la prise en charge de la petite enfance et des personnes âgées soit gérée socialement et que logement, transports, éducation et culture soient accessibles à toutes et tous.

Les penseurs de la droite libérale se battent pour l’individualisation des droits dans l’idée d’en réserver le bénéfice aux seul-e-s cotisant-e-s : « vous avez cotisé, alors voici vos prestations, vous ne pouvez pas payer vos cotisations, alors débrouillez-vous ». Dans cette logique, les systèmes de solidarité ne sont pas créés, les droits dérivés disparaissent, les femmes en font les frais en premier et le niveau de précarité explose sur « fond de chacun pour soi ».

On le voit bien, deux modèles de société vont s’affronter et s’affrontent déjà. Soyons en alerte !

Quelques mesures concrètes sont envisageables dès maintenant pour dissocier droits et statut familial.

Les couples mariés et les couples pacsés sur option effectuent une déclaration fiscale conjointe. Ça n’est pas l’individu qui compte aux yeux du fisc, mais le « ménage ». Passons sans attendre à la déclaration individuelle des revenus ! D’autant que la déclaration commune avantage, par le mécanisme du quotient familial, la personne qui a le revenu le plus élevé dans le couple, autre injustice.

Le niveau des droits de succession est aujourd’hui fonction du degré de parenté. Les transmissions entre époux et partenaires pacsés sont exonérés de droits de succession. Or il est possible de raisonner autrement. Autorisons chaque personne à désigner la personne (où les personnes) de son choix comme héritierE, sans référence aux liens de parenté, en bénéficiant de droits de succession très réduits, mais à hauteur d’une somme plafonnée restant à déterminer et uniquement sur le patrimoine constitué et non sur le patrimoine hérité.

Mais que faire, dans notre monde où la mondialisation capitaliste raréfie les emplois, donc la possibilité de cotiser sur les revenus du travail pour acquérir des droits propres ? Des pistes de réflexion s’ouvrent là aussi qui nous conduisent à repenser la notion de travail en questionnant les approches des années 1970 qui liaient l’émancipation des femmes à l’autonomie financière et donc à l’emploi.

Les féministes avaient revendiqué le droit à l’emploi comme source d’indépendance. Emploi = Salaire = Autonomie.

Mais, dans la situation économique actuelle, il y a une différence entre travail et emploi. Tout le monde travaille mais seulement ceux ou celles qui ont un emploi, ont un salaire et tous les droits qui en découlent… Les activités en dehors de l’emploi : études, travail bénévole … ne sont pas reconnues par la société et ne sont pas génératrices de droits.

Or, il existe une autre école de pensée qui s’éloigne de la réflexion sur les droits propres acquis par le biais du travail pour aller plutôt vers l’idée d’un « revenu inconditionnel ». Un revenu de base ou un revenu de substitution est octroyé à chaque individuE, permettant de vivre dignement.

Les partis politiques revendiquent un "revenu minimum", qui ressemble plus à de la charité et condamne à la précarité et non de vrais droits que toute personne devrait avoir pour vivre décemment.

Il faut lutter contre le néolibéralisme qui s’impose et ne pas penser que ce revenu pour tous et toutes est une utopie.


11H30 : Bilan et Perspectives

De cette rencontre 2014 plusieurs décisions et projets :

- Rencontre 2015 dans les environs de Clermont-Ferrand
- Création de nouveaux groupes de travail

  • Les extrêmes, groupe de réflexion pour approfondir notre connaissance de cette tendance qui voit monter les extrêmes droites partout en Europe. Proposer actions et prises de positions, se rapprocher des groupes qui travaillent sur ce sujet.
  • Lesbiennes antispécistes, le groupe va prolonger son travail de réflexion et proposera un week-end

- Orientation des groupes de travail en cours

  • exploiter la documentation rassemblée qui est immense,
  • rencontrer les organisations féministes pour en partager les enjeux d’un point de vue lesbien et féministe.
  • Internationale lesbienne :
    • faire en sorte que chaque organisation lesbienne en France soit en relation avec une autre organisation lesbienne dans le monde,
    • organiser une délégation vers un évènement (festival, semaine lesbienne .....) organisé par l’une des organisations lesbiennes avec laquelle nous serons en relation.
    • établir un calendrier des évènements lesbiens majeurs (ici et ailleurs).

Remerciements vifs et émus à toutes les participantes, à celles qui ont proposé des activités (concert en plein air, qi gong, Yoga, clown, arts plastiques,rando), à celles qui ont animé les ateliers (nos pratiques militantes, soutien aux lesbiennes réfugiées, internationale lesbienne, droits propres, lesbiennes antispécistes, projet Repaire de Jubilation...) et puis aussi bravo à DJ Zab qui a animé la fête.

Mention spéciale au CEL de Marseille qui a organisé la rencontre.

Soulignons aussi le besoin de soutien financier et bénévole pour Les Lesbiennes Dépassent les Frontières (RIB à demander à lesbiennesdepassentfrontieres@gmail.com)

12H30 : Pique-nique collectif

13H30 : Intervention surprise de Rustine

14H : Photo finale

On s’agrège pour la photo finale.
Photo tardive, hélas beaucoup sont déjà parties


[1La définition du spécisme était projetée sur un écran : "le spécisme est la discrimination qui se fonde sur l’appartenance à une espèce plutôt qu’à une autre. Cette idéologie a pour conséquence de justifier des pratiques telles que la domination, l’exploitation, la torture et le meurtre qui seraient considérées comme inacceptables si les victimes étaient humaines"

[2Les cahiers antispécistes, disponibles sur internet.

[3Classer, dominer, qui sont les autres ?

[4John Stuart Mill, De la nature

[5« Bêtes de somme », l’origine du mot travail est tripalium qui signifie torture sur le modèle de la barre à trois branches servant à maintenir les bœufs, et instrument servant à ferrer les chevaux rétifs. Beaucoup de modèles de tortures viennent du traitement fait aux animaux, mais n’en portent le nom qu’une fois appliqués à des humains.

[6E. Baratay, Morts dans l’après-midi, la corrida du côté des animaux, Revue semestrielle de droit animalier, 2-2012, p. 303-317.

[7Le « saut » décrit par le philosophe Hume, ou le « sophisme naturaliste » par Françoise Armengaud.

[8C. Bernard « le physiologiste n’est pas un homme du monde, c’est un savant (…) il n’entend plus les cris des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit que son idée et n’aperçoit que des organismes qui lui cachent des problèmes qu’il veut découvrir ». Introduction à la médecine expérimentale, p. 154.

[9Nomination des animaux en négatif par rapport à l’animal humain, issue d’une idéologie dominante et utilisé ici par défaut.

[10Espèces et éthique, Darwin, une révolution à venir

[11Martina Navratilova : « comment pouvez-vous avoir un animal pour compagnon et un autre pour le lunch ? »

[12Fadgen, film de Pablo Knudsen

[13Aurore Evain. L’apparition des actrices professionnelles en Europe

[14Frans de Waal De la réconciliation chez les primates, l’âge de l’empathie

[15V. Woolf Une chambre à soi

[16Vinciane Desprest, Penser comme un rat

[17Descartes, cité par Catherine Larrère, Le contrat domestique, Le courrier de l’environnement n°30, avril 1997

[18Françoise Collin, Evelyne Pisier, Eleni Varikas, Les femmes de Platon à Derrida

[19Carol Adams, Sexual Politics of Meat

[20Emmanuelle Lesseps, L’odyssée d’une amazone

[21Sexe, race, et pratique du pouvoir

[22L’odyssée d’une amazone, éd. Des femmes, Paris, 1975, p.76

[23Levi Strauss, Horkeimer et Adorno, Isaac Bachévis Singer, Florence Burgat…et bien avant : Louise Michel…

[24Derrida

[25Pablo Knudsen , Apprendre à tuer

[26« La virilité se mesure précisément à l’aune de la violence que l’on est capable de commettre contre autrui, notamment contre ceux qui sont dominés, à commencer par les femmes. Est un homme, est un homme véritablement viril, celui qui peut, sans broncher infliger la souffrance ou la douleur à autrui, au nom de l’exercice, de la démonstration ou du rétablissement de la domination et du pouvoir sur l’autre ; y compris par la force. (…) On ne retrouve pas cette configuration chez les femmes. Refuser d’exercer la violence n’est jamais dévalorisant aux yeux des autres femmes. Qu’une femme refuse de commettre le mal contre autrui ne peut être tenu pour un vice que par des hommes qui associent ce refus à de la faiblesse. La faiblesse du sexe faible ce n’est pas de ne pouvoir endurer la souffrance, c’est de ne pouvoir l’infliger à autrui » (C. Dejours, Souffrance en France, p. 116)



Navigation

Articles de la rubrique

Statistiques

Dernière mise à jour

samedi 22 juillet 2017

Publication

218 Articles
Aucun album photo
Aucune brève
Aucun site
2 Auteurs

Visites

11 aujourd'hui
71 hier
196559 depuis le début
3 visiteurs actuellement connectés