CLF - Coordination lesbienne en France - enjeux 2013

jeudi 10 octobre 2013
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La Coordination lesbienne en France est un mouvement national qui touche environ 2000 lesbiennes. Elle a été créée en 1997 sous forme d’association :

- Pour regrouper les associations lesbiennes féministes et individuelles en assurant un lien permanent entre toutes et coordonnant les actions au niveau national ;
- Contre la lesbophobie et toutes les discriminations ;
- Pour la visibilité et les droits des lesbiennes ;
- Dans une société solidaire, égalitaire et laïque.

La CLF, ainsi que ses associations membres, sont féministes et abolitionnistes.

Le besoin de coordination a toujours existé. Informel dans les années 1970 et 80, il a depuis pris la forme d’une association qui s’est d’abord appelée Coordination Lesbienne nationale pour évoluer vers Coordination lesbienne en France.

Créée en 1997, à l’apogée du mouvement lesbien, cette association a pour mission de faire vivre le lien entre toutes, individuelles et organisations, mais aussi avec les mouvements féministes, avec les mouvements LGBT et les pouvoirs publics.

Jusqu’en 2003, ce lien passait par une grande Rencontre annuelle, ouverte à toutes les lesbiennes. Le souvenir en est encore vivace tant elles étaient grandioses et intenses. Dans le même temps, la Coordination gagnait en audience, en particulier auprès des pouvoirs publics. Citons par exemple tout le travail réalisé pour créer et populariser le concept de lesbophobie au début des années 2000.
Puis avec la fin des Rencontres nationales en 2003, sous l’effet d’un contexte plus difficile et du recul général du mouvement, ce lien si précieux s’est peu à peu distendu. C’est ce que nous avons fortement ressenti lorsque notre association CQFD/fierté lesbienne a été appelée à assurer la présidence tournante de l’association en 2007.Une remarque nous a interpellées : la CLF se serait individualisée au fil du temps, fonctionnant comme une nouvelle association autonome. Le message était clair : nous nous trouvions devant un double risque, celui de devenir une institution à laquelle les associations adhèrent pour la forme, mais sans pour autant s’y investir, et celui de nous couper des lesbiennes...

Alors, il a fallu remonter la pente glissante. Comment ?

1° étape : Reconstruire le lien entre les lesbiennes. La CLF avait organisé en 2007 un grand colloque sur la visibilité/l’invisibilité des lesbiennes. Franc succès et atmosphère chaleureuse. L’envie de garder le contact entre les participantes était forte et a pris la forme très modeste d’une liste de diffusion. Toujours vivante aujourd’hui, elle constitue bien sûr un outil d’information puissant, mais aussi de solidarité très efficace entre lesbiennes.

2° étape  : Reconstruire le lien avec les associations lesbiennes féministes. Un challenge pour l’équipe de Coordination que nous sommes qui a alors cherché à rencontrer chacune pour imaginer ensemble des actions communes. Toutes n’ont pas abouti, mais beaucoup ont réussi.

- Le retour en 2011 des rencontres annuelles, ouvertes à toutes, grâce à Henriet et Monik de Repaire de jubilation. Puis, l’année suivante, grâce à la Lune de Strasbourg et aujourd’hui, en 2013, avec cette Rencontre où nous ouvrons nos horizons à l’espace euro-méditerranéen, dans un travail commun avec les Locs, Lesbiennes of color, la Lune de Strasbourg et la participation de la plupart des associations membres de la CLF.

- L’innovation avec cette toute première EuroLESBOpride initiée et portée par le CEL, Centre Evolutif Lilith de Marseille.

- La création d’un réseau dédié aux questions d’asile et de migration auquel participent 3 organisations : Les lesbiennes dépassent les frontières, la Lune de Strasbourg et les Voies d’Elles de Grenoble, mais aussi d’autres lesbiennes à Clermont Ferrand, à Metz, en Bretagne etc.

- Le lancement de groupes de travail au long cours : sur la Chronologie Lesbienne qui fonctionne avec les Archives lesbiennes (ARCL) depuis 2010 et plus récemment sur les droits propres.

- Sans oublier le travail constant de lutte contre la lesbophobie avec chacune des associations sur son propre terrain et avec CQFD fierté lesbienne qui gère le fonds de solidarité lesbienne chargé de financer les frais d’avocate dans les procès en lesbophobie.

3° étape : Il ne fallait pas pour autant abandonner les autres terrains

- La relation avec le milieu LGBT. Catherine s’y est investie au sein de l’interLGBT pour y faire entendre la parole des lesbiennes, trop souvent noyée dans l’univers gay ou la fausse universalité LGBT. Une expérience pas très facile mais où nous avons confronté le lobby pro-GPA et créé de s alliances avec les militantEs qui partagent notre position pour éviter que cette organisation ne prenne position en faveur de la légalisation de la GPA.

- La relation avec les milieux féministes : Jocelyne Fildard y a consacré beaucoup d’énergie avec une belle victoire en 2005-2006 puisque les violences lesbophobes sont désormais prises en compte parmi les violences faites aux femmes. Car jusque là, les lesbiennes étaient avant tout associées aux gays avec des remarques du type « vos revendications, mais allez donc les faire porter par les gays ! ».

4° étape : Il reste à faire entendre la parole des lesbiennes féministes aux pouvoirs publics.

Si en région, à Strasbourg, Marseille, Grenoble, les organisations lesbiennes ont trouvé l’écoute des autorités locales, il n’en va pas de même au niveau national. De façon très surprenante, si la CLF était consultée ou auditionnée sous le précédent gouvernement de droite, tel n’est plus le cas avec le gouvernement actuel. Nous ne pouvons que le déplorer.

Perspectives.

Pour réfléchir à nos perspectives militantes, nous devons résolument nous positionner dans une période « post mariage LGBT ».
Sur notre site sont rassemblées les positions prises par des lesbiennes féministes militantes à propos du mariage. Formulées sur le mode critique, elles nous interpellent et posent deux questions de fonds : celle de l’égalité et celle de notre relation au mouvement gay.

Ouvrir le mariage aux LGBT constitue, semble-t-il, une sorte de réparation symbolique consentie par la société face à des siècles de discrimination et de haine. Historiquement, et dans cette idée de réparation, le mariage a été ouvert successivement sourds et aux muets au XII° siècle, aux esclaves, aux couples mixtes, c’est-à-dire au mariage entre blancs et noirs (de façon définitive en 1967 aux Etats unis) et aujourd’hui aux LGBT.

Mais cette mesure, présentée comme une avancée dans l’égalité des droits se limite, de fait, à offrir une mise à niveau entre la situation des couples homesexuels et celle des couples hétérosexuels.

Le mariage, et tous les systèmes de conjugalité officialisés, offrent des avantages : droits de succession favorables, transfert du bail de l’appartement, couverture sociale, pension de réversion. On parle alors de droits dits « dérivés » par opposition aux « droits propres ».

Ces mesures dérogatoires, issues des politiques familialistes d’une autre époque, introduisent une inégalité entre personnes célibataires et personnes en couple. Alors que la société fait constamment appel à notre responsabilité citoyenne et que l’accès à l’autonomie est une revendication féministe, notre système social et fiscal nous considère par le prisme de notre position au sein de la famille ou du couple (imposition conjointe, condition d’accès du RSA liées au ressources des co-habitants….) renvoyant l’individuE à la dépendance. Et nous qui sommes pour une société égalitaire, solidaire et laïque, pour qui l’autonomie est un gage de liberté, nous n’y trouvons pas notre compte.

Aussi avons-nous lancé un groupe de travail sur les droits propres pour avancer dans la réflexion. Il fonctionne par visio-conférence entre des lesbiennes de Nancy, de Romans, de Paris. Ce groupe de travail est un vrai bonheur car la réflexion sur les droits propres nous conduit à reconsidérer tout le fonctionnement de notre société au plan fiscal, social tout en analysant les solutions alternatives telles que : le système danois ou le revenu individuel d’existence etc...

Et puis le thème des droits propres ne laisse pas indifférents les penseurs de la droite libérale qui se bat aussi pour l’individualisation des droits mais dans l’idée d’en réserver le bénéfice aux seuls cotisants : « vous avez cotisé, alors voici vos prestations, vous ne pouvez pas payer vos cotisations, alors débrouillez vous ». Alors soyons extrêmement vigilantes sur toutes ces questions. Les féministes, les lesbiennes féministes et les mouvements en faveur de l’égalité pensent une société où chacune doit pouvoir vivre sans condition, et où joue la solidarité autour de toutes les personnes qui la composent quel que soit leur statut.

La deuxième question est la suivante : Notre relation au mouvement gay dans les années 1970 procédait davantage de notre position commune de contestation des normes hétérosexuelles et hétéropatriarcales que de notre situation de minorité discriminée. Hors aujourd’hui, dans cette période post-mariage, qu’avons nous encore en commun ?

Dans nombre de combats, nous nous retrouvons sur des terrains opposés et le sujet de la Gestion pour autrui en est l’exemple plus révélateur. Nous sommes contre le système d’exploitation et d’appropriation des femmes provoqué par le recours à la gestation pour autrui. Pour cette même raison nous sommes aussi abolitionnistes. Et parmi les organisations LGBT nous nous sommes heurtées à ce que l’une d’entre nous décrivait comme l’homopatriarcat avec la revendication de la GPA comme un droit et la contestation parfois violente de toute démarche contre le système « prostitueur ». Cette situation nous conduit à nous poser la question de nos alliances.

Heureusement se retrouvent sur nos positions les lesbiennes des organisations mixtes, les gays qui ont une formation politique de gauche ou d’extrême gauche, les féministes, c’est-à-dire toutes les organisations qui appartiennent au camp de l’égalité.

Autre combat : Pus que jamais, œuvrer pour la dépénalisation universelle du lesbianisme et de l’homosexualité est une question de vie ou de mort pour des milliers de lesbiennes dans le monde. Dans ce contexte, la solidarité entre lesbiennes est vitale. Elle peut aujourd’hui se manifester concrètement par l’appui aux réfugiées lesbiennes qui tend à devenir un engagement important pour le monde lesbien comme nous l’avons vu hier. Faut-il aussi créer des passerelles avec les organisations lesbiennes qui tentent de se créer dans les pays où l’homosexualité est criminalisée. Grâce à cette rencontre, nous sommes entrées en contact avec des organisations de RDC, Sénégal, Bénin, Népal, Amérique du Sud…. ?

Et aussi, soyons nos propres médias. Reprenant à notre compte ce slogan lancé par les acteurs et actrices des médias libres, nous avons évoqué l’idée de ressusciter Lesbia Magazine, ce journal aujourd’hui en déshérence qui a depuis 1981 accompagné le mouvement lesbien.

Et enfin, tissons ce lien au-delà de nos propres frontières. Nous comptons énormément sur cette grande Rencontre pour inaugurer une nouvelle ère lesbienne, solidaire, créative et impliquée pour faire changer cette société.

Coordination Lesbienne en France (C.L.F.)

Association loi 1901 déclarée d’intérêt général

CLF – c/o CQFD 37 av pasteur 93100 Montreuil

Mél. clf.info@yahoo.fr

Site : www.coordinationlesbienne.org



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samedi 2 septembre 2017

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