Actions non mixtes, une tradition du mouvement lesbien. Quelques exemples dans le contexte des marches LGBT

lundi 4 juillet 2011
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Le rassemblement d’actions lesbiennes R.A.L. du 25 juin 2011 renoue avec une longue tradition d’actions dans le contexte de la marche des fiertés LGBT. Cet évènement nous a donné l’envie de dresser l’inventaire des actions similaires de ces 40 dernières années et d’en analyser les motivations.
Dans le passée ces initiatives avaient principalement deux objectifs : d’une part fédérer et rendre visible le mouvement lesbien non mixte, d’autre part dépasser la seule revendication des droits pour aller vers une remise en cause du système hétéropatriarcal.

Ainsi, au début des années 80, alors que s’officialise la marche LGBT qui à l’époque s’appelle encore « gay Pride », omettant les lesbiennes, le collectif des lesbiannaires conteste son orientation réformiste. Pour elles, il faut s’attaquer au système hétéropatriarcal et non se contenter de revendiquer la reconnaissance d’une orientation sexuelle non hétéro.

De 1995 à 2005, le projet « Fierté Lesbienne » porté par CQFD Fierté lesbienne a rendu visible la force du mouvement des lesbiennes avec, à Wagram, le forum des associations lesbiennes féministes. Là se rassemblaient des centaines d’organisations non mixtes et jusqu’à 3000 femmes pour participer à la grande fête lesbienne, au concert, aux projections, se retrouver autour du char aux couleurs lesbiennes, s’exprimer au travers des débats, ou rencontrer des lesbiennes invitées, venues d’autres pays (lesbiennes québécoises, italiennes, hongroises).

A la fin des années 1990, avec l’élan suscité par la création de la Coordination Lesbienne en France, les associations lesbiennes s’imposent dans les marches LGBT de Marseille, de Lyon et d’autres villes pour y occuper une place autonome et visible au nom des lesbiennes.

De 2000 à 2003, le collectif Lesbienne Rage issu du lieu culturel et politique lesbien féministe non-mixte, la Barbare, se lève pour exprimer une critique acérée de la marche, enfin rebaptisée marche des Fiertés lesbiennes, gay, bi et trans. Elles contestent, son caractère commercial, s’opposent physiquement au défilé d’un véhicule militaire utilisé comme char, déconstruisent la notion d’égalité avancées dans les revendications LGBT, démontent la vision sociale portée par les organisations gay, et invitent à inventer une autre société.

A la fin des années 2000, c’est le groupe Locs (Lesbiennes of color) qui reprend le flambeau avec l’organisation de points fixes lesbiens et, comme aujourd’hui, avec le rassemblement d’actions lesbiennes (R.A.L).

Chronologie des Actions lesbiennes dans le contexte des marches LGBT

1980 – Paris – 21 juin 1980. La toute première "Dyke March" a lieu à Paris le samedi 21 juin 1980, à 14 h, la même date et heure que le défilé mixte mais sur un autre parcours (de Gobelin à Saint-Germain des Prés). Elle était appelée par le groupe dit "les Lesbiennes de Jussieu" auxquelles se sont jointes des lesbiennes de Beauvais, Amien, et autres villes. La marche, non mixte donc, était suivie d’une rencontre qui a eu lieu dans un grand local de la Place des Fêtes à Paris, les 21 et 22 juin 1980, avec fête le samedi soir. Un des thèmes de réflexion était la nécessité de créer un regroupement politique de lesbiennes.
L’année suivante, le Front des Lesbiennes Radicales est né.

1981 - Paris - 4 avril 1981. Distribution du tract « Attention à la marche », et refus de participer à la marche. nationale organisée par le CUARH (1 an avant la première « gay Pride » officielle).
Des Lesbiennes résistantes au pouvoir hétéropatriarcal protestent contre le CUARH et son cadre légaliste et de masse et une reconnaissance d’une « orientation sexuelle » et contre l’hétéroféminisme qui est une collaboration de classe.
Le tract est signé des Lesbianaires, un collectif du front lesbien et « parce que nous pensons que le lesbianisme politique est la seule lutte radicale contre le système hétéropatriarcal, nous refusons de participer à cette manifestation et appelons toutes les lesbiennes à une réunion le 5 avril rue de Vaugirard ».

1983 - Paris - 18 juin 1883. Un cortège lesbien ouvre la marche mixte du CUARH avec les mots d’ordre « Pour que vivent nos amours ». « Le lesbianisme est politique ». ; pour la première fois, des chars commerciaux défilent. Initiative des groupes Espaces, les Feuilles vives, Lesbia, MIEL, le TREFLE.

1995 - Paris - 17 juin 1995. Par une coïncidence de calendrier, une Fête de Lesbia Magazine se transforme en événement lesbien de la Lesbian & Gay Pride / Paris. C’est la naissance de la « fierté lesbienne », un ensemble d’événements destiné à visibiliser les lesbiennes en juin de chaque année au moment de la marche des fiertés.

1996 - Paris - Juin 1996. Relayées par la plupart des associations lesbiennes de Paris et des régions, Cineffable, organisatrice du Festival « Quand les lesbiennes se font du cinéma » et le journal Lesbia Magazine initient la « Fierté Lesbienne », la salle Wagram, choisie pour son cadre accueille l’événement : forum associatif lesbien et féministe et grande fête.

1996 – Lyon - Juin 96. Sous la banderole « Fierté lesbienne » réalisée de la Coordination lesbienne et qui se transmettait d’une marche à l’autre, des lesbiennes prennent la tête de la marche LGBT à Lyon , malgré l’opposition des organisateurs.

1996 -Marseille - Juin 1996. Un défilé sous la bannière « Fierté Lesbienne ne se mélange pas à la marche homosexuelle et depuis 1997 aux années 2000, le CEL n’appellera plus ses adhérentes à défiler.

1997 - Paris - Juin 1997. L’Europride versant lesbiennes, une palette d’événements culturels. Cinéma lesbien, concert, forum des associations lesbiennes et féministes fête, 3 000 participantes à Wagram. CQFD-Fierté Lesbienne/Paris est créée pour porter le projet Fierté Lesbienne en collaboration avec d’autres organisations lesbiennes.

1998 – Lyon - Juin 98. Les lesbiennes, sous la grande banderole :" Proles hétaïres de tous les pays, gouinissez-vous" avec un fourgon forcent le passage et prennent la tête de la marche LGBT malgré l’opposition des organisateurs.

1998 - Paris – juin 1998. Visibilité lesbienne plus grande à l’occasion de la Lesbian & Gay Pride / Paris. 2 semaines de cinéma, un concert, le char de la Fierté Lesbienne aux couleurs lesbiennes jaune et mauve, des débats, un espace vidéo, le forum avec 70 stands et 1100 visiteuses, 2 500 femmes pour faire la fête à Wagram et la présence de nos amies canadiennes.

1999 - Paris - Juin 1999. Des lieux superbes. Bobino pour le concert (association Stryge), MK2 Beaubourg pour le cinéma (Cineffable) et bien sûr l’espace Wagram pour la fête, le forum des associations lesbiennes et féministes, l’espace vidéo, un salon littéraire et la présence de Monique Wittig et un débat qui interroge les commissions lesbianisme et homosexualité des partis politiques. Portée par cinq associations lesbiennes, la manifestation s’étend sur 3 week-ends en marge de la Lesbian & Gay Pride / Paris.

Fin des années 90, début 2000 - Paris. Des lesbiennes organisent sur la rue et le trottoir au niveau d’Odéon, un espace lesbien bien délimité dans lequel seules les femmes peuvent passer.

2000 - Paris - Juin 2000. CQFD-Fierté Lesbienne/Paris décide de consacrer les excédents des fêtes Fiertés Lesbiennes au financement d’actions contre la lesbophobie. Dans la marche de la Lesbian & Gay Pride, le char Fierté Lesbienne affirme que « la lesbophobie est un fléau social » puis, à Wagram, un débat très suivi aborde ce thème sous un angle pratique. Le traditionnel forum des associations lesbiennes donne un coup de projecteur aux initiatives lesbiennes et féministes et accueille une représentante des organisations lesbiennes hongroises. Et toujours cinéma, vidéo et fête.

2000 - Paris - Juin 2000. A l’initiative du collectif Lesbienne Rage, issu du lieu culturel et politique lesbien féministe non-mixte, la Barbare, collage sur la parcours de parcours de la Lesbian & Gay Pride / Paris, de slogans tels que :

  • "Les femmes ont leurs maris, les lesbiennes ont leurs gays, les prisons sont bien gardées", signé "Lesbiennes en liberté".
  • - "Le lesbianisme n’est pas un produit de consommation", signé "Lesbiennes anticapitalistes".
  • - "Pour les lesbiennes, rien ne vaut les lesbiennes. Non-mixité, autonomie pour construire nos utopies.", signé "Autonomie lesbienne".
  • - "Publicitaires gays ou hétéros, on vous fera la peau", signé ’Fureur lesbienne".
  • "Ni inséminées, ni assimilées, nous ne reproduirons pas le système", signé "Lesbiennes en liberté".
  • "Nous ne porterons pas les enfants dont les gays rêvent pour s’intégrer", signé "Lesbiennes contre la maternité".
  • "Bite et bar et boîte et fric. A bas l’hégémonie gay", signé "Lesbiennes anticapitalistes".
  • "Mysogyne, on te coupera la pine", signé "Promesse de lesbienne".
  • "Tant les lesbiennes ramaient et payaient, que les gays empochaient la monnaie", signé "Lesbiennes réalistes".
  • "Portons nos paroles lesbiennes plutôt que les enfants des gays", signé "Lesbiennes contre la maternité".
  • "Lesbienne, je t’aime", signé "Lesbienne optimiste". Cette action a été suivie d’un piquenique politique le lendemain pour l’organisation future d’une manifestation autonome de lesbiennes.

2001 - Paris - Juin 2001. Fierté lesbienne très festive et politique. Nouveauté, l’espace Wagram abrite un espace artiste. La lutte contre la Lesbophobie demeure au premier plan avec une table ronde où des responsables institutionnelles (députées européennes, syndicalistes, responsables associatives …) apportent des réponses concrètes à des situations de discrimination. Et encore, char, cinéma, fête …

2002 - Paris - Juin 2002. Point fixe organisé par le collectif Lesbian Rage. Utilisant un abri bus pour surplomber la marche des Fiertés LGBT, le collectif déploie ses banderoles : "L’égalité ça vous tente ? " signé "Lesbiennes subversives" ; "Le modèle hétéro ne sera jamais notre modèle". L’une d’entre elles, en signe de protestation, se couche en travers de la rue devant un véhicule militaire utilisé comme char dans la parade.

2003 - Paris - 27 juin 2003. Marche lesbienne "pour lesbiennes seulement" organisée par le collectif Lesbienne Rage, la veille de la marche des Fiertés LGBT. Plusieurs centaines de lesbiennes ont participé à cette marche de la porte saint Martin à la place sainte Catherine sur le thème : "Pour une marche indépendante et pas une marche commerciale"."Nous sommes fortes. Nous sommes nombreuses, nous serons là, solidaires et actives".

2004 - Strasbourg. L’association lesbienne La Lune a accepté de faire partie de la marche LGBT de Strasbourg. Après cette marche, elle avait organisé un apéro non mixte pour recevoir et discuter avec toutes les femmes venues des quatre coins de l’Alsace et plus loin ... Mais l’équipe d’organisation de la marche, en place à ce moment là, a refusé d’inscrire cet évènement non mixte au programme, le qualifiant de discrimination sexiste. Heureusement, les réseaux des lesbiennes ont fonctionné et cet apéro fut un superbe succès.

2008 - Paris - 27 juin 2008. LDR (Lesbiennes contre les Discriminations et le racisme) lance un appel à un point fixe de lesbiennes solidaires lors du cortège de la marche des Fiertés LGBT : musique, chants et slogans au menu. Un rassemblement bruyant de notre énergie.

2009 - Toulouse - 20 juin 2009. Bagdam Espace lesbien appelle les lesbiennes à participer à la Marche des Fiertés sous les couleurs de l’ADSL (Alliance des solidarités lesbiennes), fédération de 15 associations lesbiennes, donc non mixtes, de Toulouse et du Grand Sud-Ouest : Air-libre, Bagdam Espace lesbien, Les Estivalières du Pouy, Fifalia, Folles Saisons, La Grimoire, la Luna Loca, Mondès, Prat Sisters, Saouis, Sorcières, Les Toon’s, les VidéObstinées, Violette et Marguerite, Zerose.
Un petit train touristique de Toulouse, décoré est transformé en un convoi hilarant de 20 mètres d’espace lesbien, soit 3 wagons + leur « locomotive » aux multiples surfaces d’exposition de nos réalisations et de notre humour.

2010 - Paris - 28 juin 2010. Espace lesbiennes of color organise son 1er appel pour un point fixe exclusivement lesbien sur le cortège de la marche des fiertés LGBT au niveau de Maubert Mutualité devant l’abribus au 51 bd saint germain et ce fut un succès : de nombreuses lesbiennes les ont rejointes pour une solidarité sans frontières contre le racisme, le sexisme, la lesbophobie et les fondamentalismes et pour un droit d’asile à toutes les lesbiennes qui s’enfuient. La CLF, dans le cortège, a marqué l’arrêt pour saluer ce rassemblement "féministes lesbiennes".

2011 - Paris - 25 juin 2011. Initié par le groupe Locs et rejoint par un collectif de groupes et associations lesbiennes, un point fixe exclusivement lesbien est organisé sur le parcours de la Marche des fiertés LGBT devant l’Institut du Monde arabe à Paris à 14h.

  • Pour la solidarité entre les femmes et les lesbiennes du monde entier ;
  • Contre les oppressions-répressions-discriminations des femmes et des lesbiennes : lesbophobie, capitalisme, racisme et intégrismes ;
  • Pour la résistance au contexte politique nauséabond et aux discours : antisémite, xénophobe, islamophobe. Participent à ce rassemblement Lesbiennes Bulldozer, Batucadykes, CLF (Coordination lesbienne en France), Outsisters, les Archives lesbiennes.

Recensement réalisé le 25 juin 2011 par :
- la CLF (groupe de travail chronologie de la Coordination Lesbienne en France).
- ARCL les Archives lesbiennes

Merci d’adresser toute précision et complément d’information à clf.info@yahoo.fr



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